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Par: Driss TAHI

Il est né dans une étable, comme on dit. Son premier contact avec le cheval eut lieu au quarantième jour de sa naissance, lors d’un rituel connu dans plusieurs régions du pays et surtout à Doukkala.

Pour célébrer une naissance, son père monta en selle, le prit dans ses bras malgré l’opposition de sa mère, et fit avancer son cheval au pas ,pour le tour solennel du douar ,fier et l’air presque hautain dans son beau burnous blanc et ses bottes en cuir jaunes. Un cortège en liesse composé surtout de femmes et d’enfants, fredonnant les chants d’un répertoire folklorique. Le cheval en signe de joie participa à la fête, remuant sa belle crinière de haut en bas, au rythme du bendir, dans un mouvement d’une rare beauté.

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Cérémonie de circoncision

Apres, ce fut a l’occasion de sa circoncision , Hamou tout juste quatre ans, en tenue verte et blanche et Tarbouch d’enfant circoncis, debout sur la selle ,tenant déjà les rennes et sursautant presque de joie sur le dos du cheval, retenu par son père, de peur qu’il ne tombe. La communion entre l’enfant et le cheval commença déjà.

Quand il n’était pas à la maison, ce fut entre les jambes de son désormais ami qu’il fallut le chercher ,fatigué de jouer au cavalier ,des fois le petit Hamou s’assoupissait dans l’étable sur un amas de foin. Jamais il ne se fit piétiner par le bel animal.

A partir de cet âge, une parfaite symbiose s’installa pour toujours, entre l’enfant et le cheval.

Quelques années plus tard, Hamou, devenu jeune homme, fit son baptême de feu sur un cheval, offert par ses parents, avec une sarba de vétérans a Sidi Abed.  Ces derniers surpris par les belles prouesses accomplies par ce jeune cavalier courageux et doué, n’hésitèrent pas à lui accorder sa première lettre de noblesse en l’acceptant comme titulaire dans leur troupe. Depuis la tbaourida n’eut plus de secret pour lui. On le nomma par la suite et à l’unanimité  « Allam « une distinction bien méritée, ce qui lui permit de continuer à progresser avec sa troupe.Accumulant les succès et participant à toutes les manifestations organisées durant toute l’année a traves le pays.

Hamou fut aussi connu pour sa générosité à l’égard des autres, dépensant sans compter, il s’offrit ainsi durant sa vie de cavalier, plusieurs folies : de très beaux étalons barbes, et les meilleurs équipements équestres, sans  compter les somptueuses tenues de cavalier en soie. Du coup l’héritage laissé par ses parents y passa jusqu’au dernier dirham.

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Cependant, les années passèrent, les temps changèrent, et beaucoup d’eau coula sous le pont depuis.

Aujourd’hui Hamou âgé de quatre-vingt ans souffre de plusieurs maux, sa santé se détériore chaque jour d’avantage, sans aucune ressource, ne bénéficiant d’aucune indemnité ; il souffre en silence, comme la plupart de ses semblables.

Ces guerriers d’un autre temps, ayant participé corps et âme à la promotion du tourisme ,et à la sauvegarde de nos traditions ,méritent instamment une attention particulière de la part des responsables ,ne serait ce que pour encourager les jeunes à la pratique et à l’amour de cet art équestre, qu’est la tbaourida. Et ce, afin qu’ils prennent la relève et contribuer à la perpétuation de cette richesse du patrimoine nationale et identité culturelle de la région de Doukkala en particulier et le pays en général : la tbaourida.

Rien n’a pu altérer l’esprit de ce cavalier valeureux. Ses  souvenirs sont tellement vifs qu’il est capable de parler : chevaux et tbaourida des heures et des heures sans se lasser, avec nostalgie, la voix tremblante ,le regard triste et de temps en temps une larme à peine perceptible, sur un visage sillonné de rides profondes .

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Une réception en l’honneur de hamou, avec le chanteur Mahmoud Idrissi, Nabil et Driss tahi, en marge du magnifique Moussem de  Sidi Mohamed Ben Daoud, Sidi Abed(qu’il ne faut rater sous aucun pretexte).

« Tant que je pourrais me tenir debout m’a t il confié, « j’approcherais un cheval, je lisserais sa crinière, je m’imprégnerais de sa sueur et de son écume, et, seule l’odeur du baroud et le goût de la poussière dans ma bouche, calmeraient l’ardeur qui habite mon corps, malgré mon âge avancé.  Le meilleure régal pour mes oreilles furent et demeurent : le bruit des sabots, les hennissements des chevaux, les cris des spectateurs et les youyous des femmes, qui exultent tous, amoureux qu’ils sont de fantasia, de salves de baroud  remplissant le ciel… une beauté unique  et une culture qui nous est propre et dont on est fier. »

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