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ELJADIDASCOOP

Le sociologue, poète et artiste peintre Mustapha Saha saisit Monsieur Mohamed Amine Sbihi, ministre marocain de la Culture, d’une exposition de peintures sur toile représentant neuf figures emblématiques de la littérature marocaine, Driss Chraïbi, Edmond Amran El Maleh,  Mohamed Zafzaf, Mohamed Leftah, Mohamed Choukri, Mohammed Khair Eddine, Tayeb Saddiki,  Ahmed Bouânani et Fatima Mernissi, dans le cadre du Salon du Livre de Paris où le Maroc est l’invité d’honneur.

 

FIGURES DE PROUE DE LA LITTERATURE MAROCAINE

PAR MUSTAPHA SAHA

CHRAIBI

Driss Chraïbi. Par Mustapha Saha. Peinture sur toile. 100 x 81 cm.

 

DRISS CHRAÏBI

 Avec ses thématiques transgressives de tous les ordres établis, avec sa dénonciation des oppressions ordinaires dans une société marocaine machiste, despotique, fossilisée par des mœurs immuables, Driss Chraïbi surgissait, avec son premier roman « Le Passé simple », comme un ouragan balayant les vestiges d’une civilisation morte. Sa modernité insoutenable sapait les fondements d’une société archaïque qui survivait dans l’immobilisme, l’obscurantisme, la soumission, sous l’aile protectrice d’un colonialisme à bout de souffle. L’auteur révolté exaspéra les nationalistes agrippés à leurs valeurs vermoulues, qui virent en lui une incarnation du diable et le condamnèrent à mort par contumace. Sa critique radicale s’attaquait de front à une société patriarcale de façade, qui soignait ses apparences de respectabilité dans l’analphabétisme, dans la servitude, dans la trivialité, une société orpheline de ses traditions tribales égalitaires, allergique à l’autoritarisme, une société sevrée de sa propre culture orale, fécondatrice de liberté, respectueuse de la diversité sociale et de la dignité féminine. Son roman « Les Boucs » dévoile la face cachée du miroir, décortique la condition immigrée au scalpel. La souffrance chronique génératrice de violences verbales et physiques reflète la déculturation structurelle, le tarissement de la pensée, l‘anéantissement de la communication. L’immigré est une fabrication coloniale dès la révolution industrielle au milieu du dix-neuvième siècle, il est condamné à rester éternellement un immigré, un déraciné, rejeté par les autres et par les siens. Toute l’œuvre stylée, caustique, truffée d’humour noir de Driss Chraïbi s’inscrit dans cette ligne de fracture où l’observation sociologique aiguë n’épargne aucune vérité nue, aucune cruauté, aucun tabou.

EDMOND

Edmond Amran El Maleh. Par Mustapha Saha. Peinture sur toile. 100 x 81 cm.

 

EDMOND AMRAN EL MALEH

 

Edmond Amran El Maleh était l’incarnation vivante du diversalisme culturel, ethnique, spirituel de la société marocaine. Il était lui-même une personnalité plurale, intellectuel communiste engagé et philosophe tendrement enragé, réfléchissant, écrivant sur la condition humaine au milieu du vacarme évènementiel sans en être éclaboussé, Marocain juif revendiquant sa palestinité, Arabe francophile fier de sa berbérité, rivière intranquille glanant mille ruisseaux. Il retissait inlassablement les liens de cette intellectualité ancestrale, imprégnée de sensualité transcendantale, de jovialité spirituelle, qui hante imperturbablement les architectures sacrées et les tombeaux saints, les jardins parfumés et les mausolées profanes. Il confectionnait des repas raffinés pour les amis formant tribu avec le même soin que ses métaphores ciselées comme des tapis berbères. L’arrachement des Juifs marocains de leur terre ancestrale pour l’hypothétique Jérusalem terrestre, absurdité de l’histoire, taraudait sa pensée libre et ses nuits blanches. Son œuvre littéraire charrie, dans un torrent narratif irrésistible, les pierres précieuses d’une culture millénaire sans frontières où les affluents africains épousent les fleuves andalous, où les adjuvants e l’Occident se mêlent avec bonheur aux eaux de l’Orient. L’écriture même d’Edmond Amran El Maleh embaume à chaque tournure la menthe et le jasmin, la jacinthe et la lavande, l’ambre et le santal. Son œuvre est consacrée en grande partie à Essaouira où il choisit sa dernière demeure, où l’art en effervescence mêle allégrement les motifs granuleux du désert aux bleus soyeux de la mer, L’esthète et l‘épicurien qui sut lire la peinture d’Ahmed Cherkaoui dans ses subtilités premières, retrouvait dans ce port d’attache la permanence mouvante de sa propre vie. Dans son récit épistolaire « Lettre à moi-même », il évoque, à la fin de sa vie, avec une mélancolie emprunte d’ironie jubilatoire, des lieux vénérables comme la Sorbonne et le Collège de France, fréquentés avec ferveur et déférente humilité, il joue avec son propre double installé dans une distanciation existentielle où le rétroviseur déroule le chemin parcouru à rebours.

LEFTAH1

Mohamed Leftah. Par Mustapha Saha. Peinture sur toile. 100 x 81 cm.

MOHAMED LEFTAH

 

« La destinée fulgurante de Mohamed Leftah, qui fut l’élève d’Edmond Amran El Maleh au lycée Moulay Youssef de Rabat, bon enseignement ne saurait mentir, se retrouve dans sa fièvre créative, dans sa simplicité provocatrice, dans sa discrétion explosive. Ce littéraire né, lecteur insatiable, égaré dans les méandres scientifiques, plonge avec frénésie dans les nuits parisiennes en plein Mai 68, bat le pavé dans les ruelles inaccessibles, actionne sa fibre poétique jusqu’au vertige. Dès lors, il accumule les expériences mortifères qui l’entraînent dans des détours labyrinthiques sans fin. Les manuscrits des livres qu’il ne fait pas paraître retombent, après sa mort prématurée au Caire, comme des météorites dévastatrices, comme des laves incandescentes surgies d‘un volcan en dormance, comme des roulements de tonnerre dans les nuits de tous les cauchemars. Ses romans racontent des passions ravageuses et des pulsions destructrices dans les enfers urbains de Settat, sa ville natale, de Casablanca ou du Caire, dans les lupanars miséreux et les bars sulfureux, hantés par les spectres de la mort et les tourments du sexe, les tortures psychologiques et les sévices corporels, les désirs dévoyés et les candeurs fourvoyées. La luxuriance de sa langue et la flamboyance de son style transforment l’horreur quotidienne en obscur objet d’éblouissement. Une littérature convulsive, paroxystique, sismique, qui célèbre la fragilité de l’être dans l’enivrement libérateur, qui sublime le geste abominable et transfigure le réflexe animal. Comme disait Charles Baudelaire de la peinture, la littérature peut représenter la charogne et exprimer le beau.

 

Ces trois écrivains désormais classiques, citoyens du monde, arbres déracinés aux multiples racines, défenseurs incorruptibles de la liberté, revisitaient leur pays natal, après de longs exils, en plantant leur plume dans les zones sensibles, dans les fractures profondes, dans les vestiges et les ruines, tout en cherchant désespérément les sources d’émerveillement de leur enfance. Leur regard acerbe, ironique, sarcastique parfois, cachait en vérité une sensibilité incommensurable, une tendresse inimaginable, une mélancolie inconsolable.

 

Mustapha Saha, sociologue, poète, artiste peintre

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