Essaouira et El Jadida, deux villes voisines à histoire commune…

Essaouira et El Jadida, deux villes voisines à histoire commune, mais la première a damé le pion à la seconde au niveau de son développement.

Mogador ou Essaouira, Mazagan ou El Jadida, deux anciennes cités portugaises, deux villes d’eau, avec une identité ancrée, rivales dans le tourisme balnéaire national, tellement semblables mais cependant différentes.

 Toutes deux ont connu le passage des Portugais qui y ont laissé leurs empreintes. A El Jadida , la cité portugaise et ses belles fortifications.. Essaouira, après avoir été occupée par les Phéniciens,  est devenue le port d’attache des Portugais qui édifièrent, en 1506, une forteresse défendue par d’imposants canons, que l’on peut toujours découvrir de nos jours, qu’ils abandonnèrent devant la résistance farouche de la population locale. On y trouve encore des ruines  du château royal (Castello real) édifié par Manuel II, roi du Portugal, constituées par les douves et une tour en forme de rotonde appelée de nos jours la Scala du Port. Il existe encore une église portugaise, unique dans tout le pays, dont les cloches sonnent tous les dimanches à 10 h.

 Tout comme El Jadida, elle fut ensuite reconstruite  par le sultan Mohamed Ben Abdellah qui confia les travaux à un architecte français Théodore Cornut, qui traça le plan des fortifications à la Vauban, (ingénieur militaire et architecte) ainsi que celui des rues étonnamment larges et rectilignes, à sens unique , où la circulation est fluide et sans stress, qui séduisent d’emblée le visiteur dès l’entrée de la ville. L’une et l’autre sont des villes cosmopolites, multiculturelles, où juifs, musulmans et chrétiens coexistent en complète harmonie, dans le respect, la tolérance et l’ouverture réciproques. Orson Welles y a tourné également des scènes de son film, Othello.

Quand il s’agit de parler des différences, El Jadida la malheureuse a raté le coche du développement. Et c’est le sous-développement qui s’y développe de manière exponentielle pour le moins qu’on puisse dire..Quand Essaouira a gardé son cachet historique et son authenticité, qui se reflètent dans ses constructions et ses nouveaux aménagements qui se sont inspirés de ses ressources patrimoniales, et dans la restauration de toutes ses murailles  dans le même style architectural, El Jadida, quant à elle, est complètement défigurée et a perdu son âme et son charme d’antan. Tout ce qui était beau et dont elle s’enorgueillissait auparavant est passé sous le pic des démolisseurs ou bien menacé par des projets immobiliers sans charme..Toute la ville est dans un état calamiteux, trottoirs,  voiries publiques, infrastructures, hygiène.. déficit en équipements de base… et la goutte qui fait déborder le vase est la ruralisation galopante à un rythme soutenu, avec ce qu’elle entraîne comme lots de comportements sociaux d’incivisme graves.

Elle n’est plus la mythique Deauville, où il faisait bon vivre, agréable aussi bien par ses habitants civilisés que par ses infrastructures patrimoniales, témoins d’un passé glorieux.

 Ville malade et chaotique elle est devenue, par l’incohérence de ses services, la médiocrité de ses infrastructures, le délabrement de ses espaces verts devenus des dépotoirs et des cimetières pour les arbres morts, son désordre  urbain, et j’en passe..Elle est radicalement aux antipodes d’Essaouira, qui ne cesse de s’améliorer grâce aux efforts des autorités locales et à la vigilance des services directement concernés par sa protection et sa mise en valeur, qui ont su exploiter ses potentialités pour en faire une ville culturelle, artistique, touristique attirante par sa corniche d’une beauté exquise  qui longe la plage au sable fin et propre,  aménagée en 2018, avec des murets couverts de marbre blanc, bordée de massifs de fleurs résistant au climat et aux alizés qui caractérisent la ville. Elle offre aux promeneurs une piste cyclable ainsi qu’un espace piétons, sans oublier des toilettes publiques, qui se retrouvent également un peu partout dans la ville. Des espaces verts partout, dotés de systèmes d’arrosage à système du goutte à goutte. Un environnement propre sans ordures qui l’enlaidissent …Bref, une cité bien dessinée, en train d’être rénovée et restructurée complètement.

Pendant ce temps, les gestionnaires de sa voisine El Jadida ne bougent pas d’un iota, malgré toutes les ressources dont elle dispose.

 Elle va à reculons..Et comme qui ne progresse régresse, et tant que des responsables défaillants et véreux resteront en place, la descente aux enfers de la ville aura de beaux jours devant elle…Pourtant, nous appartenons tous à la même nation.. Cherchez l’erreur.

Khadija Benerhziel

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