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Par : RABIA FRANOUX MOUKHLESSE  (EL JADIDA  SCOOP)

Alors tant que le 8 mars ne sera pas une véritable journée de prise de conscience des défis encore à relever et à condition qu’il se prolonge toute l’année et soit suivi d’avancées réelles dignes du XXIème siècle, je ne vois pas en quoi cette date aurait de quoi me réjouir et symbolisera un vrai progrès pour nous les Femmes !

Nous sommes officiellement au XXIème siècle, donc dans une période moderne. C’est un monde où tout s’accélère : technologies, échanges, voyages, communications… Tout va plus vite. Pas assez vite ou trop vite mais, c’est ce qu’on appelle le progrès, et il est en marche et ne s’arrêtera pas ou n’est pas censé s’arrêter en tout cas. Pour appeler le Canada, il vous suffit de quelques chiffres pour pouvoir parler avec votre cousine en moins d’une minute là où, avant l’invention du téléphone, il fallait 8 jours à l’aviation postale au mieux ou 4 mois par bateau.

Donc c’est un fait, tout va vite. Le monde est à portée de main avec tous les moyens de transports et de communications à notre disposition. Les échanges sont tels que la dernière coupe de cheveux à la mode de New York ou Los Angeles se retrouvera dans les salons chics de Rabat en moins de 24 heures.

Il est cependant des domaines dans lesquels j’ai l’impression que les progrès et les échanges se font de moins en moins bien, ce sont le domaine des idées et de la pensée. Et plus précisément les idées profondes, celles qui touchent notre âme, la qualité de notre pensée, notre humanité, notre quotidien et son amélioration tel que l’on s’y attend, lorsque l’on évoque la notion même de progrès.

Par exemple et je prends sciemment la date du 8 mars qui s’approche, je ne sais plus vraiment si nous vivons dans la modernité et le progrès ou si nous sommes en pleine régression.

L’Homme a besoin de repère et une date peut en constituer une. Pas seulement pour bénéficier d’un jour de congé ou se donner une occasion de faire la fête mais, dans le fond, chaque date édictée a une valeur symbolique qui nous permet, ce jour-là, de réfléchir à ce qu’elle représente ou célèbre. Notre anniversaire est l’occasion d’un gâteau et d’un cadeau et nous rappelle le temps qui passe et que nous sommes des êtres avec une durée de vie limitée. Les fêtes religieuses nous rappellent à notre propre spiritualité et conception de Dieu (et oui, n’en déplaise à certains, l’Aïd n’est pas que le jour où l’on mange des brochettes, cela représente autre chose). Toutes ont une histoire et en sont le reflet.

Et j’en viens donc au 8 mars. En 1909, la première journée des droits de la femme aux Etats Unis était une revendication pour le droit de vote, le droit au travail et l’égalité des salaires au travail. Cette initiative ponctuelle et locale sera reprise puis diffusée de plus en plus jusqu’à ce qu’elle soit officialisée en 1977 par l’ONU. C’est aujourd’hui une journée de revendication, l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société et de revendiquer plus d’égalité. Plus communément appelée « Journée internationale de la femme », elle est rentrée au calendrier officiel en France en 1982 et semble actée au Maroc depuis les années 70.

Donc si on doit en faire un bilan sur les grandes avancées de la cause féminine au Maroc, je reprends la brochure qu’a éditée la première femme nommée comme ministre, on peut lire officiellement comme constituant des dates importantes pour l’avancée des droits des femmes :

« 1963 Année d’obtention du droit de voter et de poser sa candidature aux élections législatives dans les mêmes conditions que les hommes.

1993 Année d’élection de la première femme.

1998 Mme Fatima BENNIS est nommée directeur général de la Bourse des valeurs à Casablanca.

2004 Année où au Maroc, les Femmes deviennent en matière de droit, presque l’égale des hommes. (ON SOULIGNERA LE PRESQUE)

10 Octobre 2013 Première femme Ministre au Ministère de l’Artisanat et de l’Economie Sociale et Solidaire. »

On notera que cette brochure éminemment politique fait des choix sur ce qui est considéré comme des dates importantes.

Et pour que le panorama soit complet je rajoute 2018, vote de la nouvelle Loi sur les violences faites aux femmes pour laquelle on voit encore une timide avancée sur ce point en écartant bien sur tous les sujets épineux tels que la violence conjugale, les relations extra conjugales, l’égalité en matière d’héritage, la problématique de l’avortement qui écarte le droit de disposer de son corps mais dont le débat se focalise sur le risque sanitaire et tous les autres sujets essentiels qui sont récurrents dans notre société mais que l’on ne veut aborder de front de peur de heurter toute une partie de la population au motif qu’elle est trop traditionnelle ou pas assez éduquée pour bénéficier ou simplement intégrer intellectuellement tous ces changements.

Donc en termes de célébration, bien qu’il fasse se réjouir de toute avancée, un tant soit peu positive, on ne peut que constater que le chemin parcouru au Maroc est bien petit et qu’il reste encore énormément à faire avant que l’on puisse se dire que nous y sommes presque, ou pas loin. Car comme pour tout, nous ne pouvons aspirer qu’à ce qu’il y a de mieux. C’est légitime et souhaitable pour faire avancer les choses. Donc fêter les avancées ? Je pense que nous n’avons aucune raison.

Ne reste donc que la partie revendicative liée à cette date symbolique du 8 mars.

Et sur ce point mon Maroc me laisse perplexe !

Je remercie pour commencer notre classe politique qui a d’autres chats à fouetter et qui n’a pas fait preuve d’un grand courage. Si l’excuse est la peur de bousculer la société traditionnelle et d’entrainer par-là de grands désordres, je les remercie au nom de toutes les victimes du quotidien qui subissent des violences pouvant aller jusqu’au crime sans que cela ne soit perçu comme un véritable désordre pour l’ordre établi. Combien de morts, combien de drames faut-il avant que l’intérêt privé ne devienne un problème public ? C’est un grand mystère que je n’ai pas encore résolu. Mais cela a le mérite au moins de prouver tout l’intérêt de la société civile et des actions individuelles qui peuvent palier dans un premier temps à l’action publique (mais ceci a des limites) et continuer à alerter sur l’urgence non perçue.

En second, j’épargne et comprend toute la frange de la population qui n’a pas eu le loisir ou la possibilité de parfaire (voire de faire tout court) son éducation. L‘accès à l’enseignement n’est pas des plus facile. Les contingences économiques priorisent les droits des femmes après le besoin quotidien de se nourrir. L’emprise culturelle peut expliquer l’acceptation de ces inégalités.

Reste donc la partie plus favorisée de la population. Les CSP (catégories sociales professionnelles) plus, comme on les appelle. La classe moyenne et la classe aisée (voire très, très aisée). Ceux qui ont pu faire des études supérieures au Maroc ou à l’étranger, qui ont une capacité de raisonnement, d’analyse et de critique un tant soit peu développées. Ceux qui malgré les difficultés du quotidien, ne sont pas indifférents au monde et à leur environnement et ne peuvent (ne doivent) restés insensibles au sort de leur prochain, ne serait-ce que pour faire preuve d’empathie envers les autres, de compassion, d’humanité tout simplement. Ceux-là sont malheureusement trop disparates. Notre société est devenue consumériste sous l’impulsion de l’ultra libéralisme occidental érigé en dogme international. Je suis ce que j’achète. Je n’existe socialement que par ce que je possède. Et ceci induit un égocentrisme et un égoïsme assumés malgré les traditions. Oh bien sûr, on donne l’aumône à chaque fête religieuse mais le reste du temps, on est au mieux indifférent au malheur des autres, ou pire on exploite cette misère en traitant le petit personnel comme une sous-catégorie humaine. Donc les violences faites aux femmes, du moment qu’on ne les subit pas nous même, reste un épiphénomène non essentiel. Nous avons donc oubliés nos devoirs envers les autres.

Cependant, j’aime à croire qu’il reste un espoir de faire changer les choses. Les différentes associations qui œuvrent en ce sens me le prouvent. Toutes les individualités qui s’investissent dans cette cause me mettent du baume au cœur. Chacun et chacune se doit d’œuvrer selon ses moyens. Ma plume est un moyen. Les tentatives et les capacités de convaincre par le discours, de manière individuelle ou lors de conférences auxquelles j’ai le plaisir de participer en font parties. L’Art est également un bon moyen de faire passer des messages car pour moi l’Art n’a pas forcément besoin d’être dans la notion du beau mais dans sa capacité à faire réagir, réfléchir le public. Un simple message diffusé sur un t-shirt et promené dans la rue fera, je l’espère, évoluer les mentalités et c’est pourquoi j’ai créé ByRFM. C’est dans ce sens que se situent toutes mes actions, mon travail artistique, mes engagements.

Mais cela est un combat du quotidien et pas seulement un jour par an. Surtout quand ce jour de revendication et de célébration devient un argument commercial. Pensez qu’un bon de réduction ou un petit cadeau offert aux femmes ce jour entrainera une baisse de la violence faite aux femmes le reste de l‘année, est un déni de réalité. Cela est même plus grave selon moi car l’on dévoie ce jour en « noyant » le poisson. On écarte la problématique un peu plus de nos préoccupations.

Sommes-nous le 8 mars 2018, siècle de progrès ou l’Homme (et donc la Femme) devient le cœur de nos préoccupations ? Sommes-nous encore le 8 Mars 1909, date de la conscientisation des intérêts économiques des femmes ? Sommes-nous encore le 8 mars 1550, année où l’homme occidental que nous érigeons trop souvent en modèle a enfin reconnu que les femmes avaient une âme ? Sommes-nous encore le 8 Mars 622 où l’on a commencé dans notre société à dégager un premier statut de la femme qui était une avancée pour l’époque selon les mentalités et les réalités d’alors mais qu’il est temps d’adapter au monde dans lequel nous vivons.

Par moment, je dois avouer que je ne sais plus à quel 8 mars me référer. Les violences faites aux femmes, qu’elles soient directes ou plus insidieuses par leurs aspects psychologiques ou économiques restent une urgence et devraient constituer une cause nationale vu que la population qui en est victime constitue la moitié du Maroc. L’évolution doit se faire. De quoi avons-nous peur ? D’une révolution ? Et quand bien même, pourquoi aurions-nous peur d’une révolution ? Pour le nombre de morts que cela pourrait causer ? Mais nous avons des morts physiques ou intellectuelles tous les jours. En avons-nous seulement conscience ?

Alors tant que le 8 mars ne sera pas une véritable journée de prise de conscience des défis encore à relever et à condition qu’il se prolonge toute l’année et soit suivi d’avancées réelles dignes du XXIème siècle, je ne vois pas en quoi cette date aurait de quoi me réjouir et symbolisera un vrais progrès pour nous les Femmes !

billard

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