ELECTIONS DU 4 SEPTEMBRE DES PRATIQUES CONTRAIRES AU DISCOURS-VÉRITÉ DU ROI DU 20 AOÛT

Municipalité d'El Jadida (2)

Par Azzedine Hnyen

A l’occasion du 62ème anniversaire de la Révolution du roi et du peuple, célébré le 20 août dernier, le roi Mohammed VI avait adressé un discours à la Nation. Le souverain avait abordé dans son discours les échéances électorales tout en incitant les partis politiques et les élus à jouer pleinement leur rôle.

«Les élections communales et régionales, prévues le 4 septembre prochain, seront décisives pour l’avenir du Maroc, au regard des vastes compétences que la Constitution et la loi réservent aux conseils des régions et aux collectivités locales», avait affirmé le roi Mohammed VI. Les citoyens ont le droit de tout savoir sur leurs institutions afin qu’ils décident, en connaissance de cause, et qu’ils fassent le bon choix, avait souligné le souverain.

Dans ce cadre, le souverain a mis l’accent sur les missions et le rôle de chaque institution et son impact sur le quotidien des citoyens en précisant que le gouvernement est responsable d’assurer la mise en application les lois et d’élaborer les politiques publiques et les plans sectoriels au moment où l’administration est mise à la disposition du gouvernement. «L’exécutif, qui a le devoir d’améliorer les prestations administratives et de les rapprocher des citoyens, n’est pas responsable de la qualité des services fournis par les Conseils élus», avait précisé le roi.

« Le citoyen doit savoir que les responsables de ces services administratifs et sociaux dont il a besoin dans sa vie quotidienne, ce sont précisément les élus pour lesquels il a voté dans la commune et la Région en vue d’assurer la gestion de ses affaires locales», avait dit le roi. Il avait ajouté que l’élu parlementaire, contrairement à ce que pensent certains, n’a rien à voir avec la gestion des affaires locales des citoyens. Il est plutôt responsable de la proposition, de la discussion et du vote des lois ainsi que du contrôle de l’action du gouvernement et de l’évaluation des politiques publiques.

«Si des citoyens ne s’intéressent pas beaucoup aux élections, et s’ils n’y participent pas, c’est parce que certains élus ne remplissent pas leur devoir comme il se doit » avait indiqué, par ailleurs, le souverain qui avait rappelé, avec force, que « l’élu se doit de travailler encore plus car il est responsable des intérêts des gens, et n’exerce pas pour son propre compte ».

 

Le souverain avait indiqué, à cet égard, que le vote ne devrait pas favoriser le candidat qui élève la voix plus que les autres ou celui qui distribue quelques dirhams et vend des promesses mensongères, mais plutôt «le candidat qui remplit les conditions de compétence, de crédibilité et de disponibilité à se mettre au service de l’intérêt général».

 

L’élu est au centre de « la nouvelle révolution » que le Maroc est en passe d’entamer, en l’occurrence, la mise en œuvre de la Régionalisation, avancée, appelée à s’ériger en véritable pilier du Maroc de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, de la solidarité inter-catégorielle, de la complémentarité et de l’équilibre inter- régionaux.

«Si chaque étape se distingue par ses hommes et ses femmes, la révolution que nous entamons ne se fera que par des élus sincères ayant à cœur, avant toute chose, de servir leur pays et les citoyens qui leur ont accordé leurs suffrages», avait dit le roi Mohammed VI.

Vendredi 4 septembre, plus de 14 millions de Marocains inscrits sur les listes électorales  seront appelés à élire les 24 655 membres des conseils communaux.  Après le scrutin, seront désignés les présidents des communes de plus de 35.000 habitants, les présidents des six conseils de ville (Casablanca, Rabat, Salé, Tanger, Fès et Marrakech), ainsi que pour les conseils régionaux. C’est là une nouveauté introduite par le projet de régionalisation avancée. Prélude aux législatives de 2016, ce scrutin a été minutieusement préparé par les partis politiques.

Il ne faut pas trop se leurrer. Le déroulement de l’actuelle campagne électorale communale démontre encore une fois l’omniprésence des pratiques déloyales et des irrégularités qui portent gravement atteinte à la démocratie et justifient les déficits qui caractérisent l’action communale.

Les élections de ce vendredi doivent être une étape importante dans la construction démocratique. Le moins que l’on puisse dire est que le rendez-vous est une nouvelle fois raté. La campagne a révélé les mêmes tares, à savoir, l’absence d’un encadrement partisan réel, d’une véritable vision programmatique de l’action des collectivités locales et de déficiences criardes en matière de communication. On peut avancer, sans crainte d’être démenti par les faits, que la défiance des électeurs, vis-à-vis des institutions représentatives, s’est aggravée. L’usage de l’argent, le recours aux intermédiaires véreux ont marqué, encore une fois, cette campagne qui a enregistré des violences, parfois graves, un peu partout. Des élus sortants, connus pour être  véreux, corrompus et corrupteurs ne meublent, hélas, que trop l’environnement. Ne voulant point lâcher les rênes, ces messieurs- là n’ont pas la main morte. La voix jusqu’à ce jour a atteint 300 DH. Un prix qui aura tendance à s’élever pour atteindre son summum le jour du scrutin!

 

Ces événements laissent présager des difficultés pour la deuxième étape. Celle du choix des présidents. Il est impératif d’éviter que cette étape ne se transforme en un souk aux élus dégradant pour les institutions représentatives et la démocratie.
Organiser un scrutin intègre et au-dessus de tout soupçon semble devenir un rêve de moins en moins accessible. L’argent sale, les festins et l’intervention de certains fonctionnaires pour appuyer certains candidats aux élections communales et régionales du 4 septembre continuent, malgré le discours royal. Ce qui laisse avancer qu’il est quasi- impossible de mettre fin à ces pratiques attentatoires à l’intégrité du processus électoral et qui ternissent l’image du Maroc. Tant que ce sont les mêmes visages qui nous reviennent toujours. Des visages s’estimant incontournables (par leur argent sale en fait) jusqu’au point de les trouver siéger dans les collectivités locales, les chambres professionnelles et au conseil provincial !

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