zizouna

Par : Abdellah HANBALI

C’est à l’occasion d’un récent café littéraire organisé  à El-Jadida, par l’Association Mazagao, que le public  avait rendez-vous avec Jaouad El Benaissi, auteur de « Zizouna ».

Pourquoi un tel titre : « Zizouna » ?

L’appellation interpelle et intrigue à plus d’un égard !

Était-ce parce que l’auteur  savait d’avance, qu’aussi sordide que puisse être le quotidien de « sa » jeune prostituée, son parcours ne sera pas autre chose, qu’une histoire de plus, dans un registre où plusieurs avant lui, ont déjà  puisé, à en épuiser toutes les facettes ?

Et si c’est le cas : sommes-nous alors devant un titre-leurre ? Une sorte d’appât pour âmes sensibles ?

Prostituée et muette de surcroît. Sommes-nous devant un cas de  pathétisme facile et mélodramatique ?  Une sorte de  ‘‘racolage’’ littéraire ?

Autant de questions qui nous traversaient l’esprit, alors qu’on feuilletait le livre. Et autant de ‘‘suspicions’’ qui semblent mal cadrer avec le profil et la réputation naissante de ce jeune romancier, reporter, et journaliste à la fois.

Et à mesure qu’on avançait dans  notre lecture, on se rendait  compte que Zizouna n’est autre qu’un fil conducteur et un prétexte (bouclier ?)  grâce auquel l’auteur pouvait s’introduire aisément dans les bas-fonds de la société marocaine.

De par « sa profession », Zizouna pouvait s’introduire partout. Elle écoutait dire et regardait faire, sans éveiller de soupçons et sans piper mot. Et pour cause…

L’auteur ne pouvait  espérer mieux. Il détenait  sa « Geisha ». Celle qui va lui permettre  d’assouvir  ses ‘‘fantasmes’’. Celle  qui  par  ses craintes et  ses contraintes, lui fera  découvrir l’injustice sociale, la corruption, la hogra, la misère, la soumission, l’analphabétisme, l’hypocrisie, l’ignorance, les laissés pour compte, les opprimés, les exploités…et l’indifférence des intellectuels.

En un mot, elle lui fera découvrir cette politique  de  « Bak Sahbi », dans un pays, dit  de Droit.

i l’on se contente d’une lecture au premier degré, Zizouna n’est autre, qu’ une très jeune petite fille abandonnée  sur un trottoir et recueillie par une famille juive dans le vieux quartier du Mellah, à Séfrou. Peu de temps après, la famille part en Israël. Avec ce départ, le peu d’affection  et de protection qu’elle avait trouvée auprès de cette famille cesse. Zizouna se retrouve seule. Sans autres alternatives. Elle est vite happée par des réseaux de prostitution et des proxénètes. Des  rapaces qui ont pris l’habitude de guetter les proies faciles que notre société jette au quotidien dans ses rues…

Zizouna est victime d’agressions aussi bien physiques que morales. Elle se noie dans la prostitution, elle s’y résigne… faute  d’alternatives, faute d’Humanisme.

C’est le second degré de lecture qui permet d’aller au-delà de ces histoires d’ « amour » et de « séduction » qui se trouvent à la surface.

Dans « le rouge et le noir », Stendhal se sert de la relation de Julien Sorel avec Mme de Rénal pour nous introduire dans l’univers fermé de la classe  bourgeoise et aristocrate. Le lecteur est  informé  sur leurs us et  coutumes  à mesure que le jeune homme en multiplie les découvertes.

Dans « Les égarements du cœur et de l’esprit », Crébillon use du même stratagème : la beauté et la séduction d’un chérubin. Il en profite pour nous parler  de la séparation des classes, de cette  guerre qui a  lieu en arrière fond dans le pays, de la réaction de chaque classe…

Sans  cette lecture au second degré, on risque de passer au travers de toutes ces descriptions historiques, sociales, économiques, religieuses, philosophiques, anthropologiques, esthétiques…que l’auteur cherche à  nous communiquer à travers ses personnages et ses « fictions ».

Le style de Jaouad El Benaîssi est clair. Son discours sincère. Son ton de la narration, sévère. L’ensemble se combine merveilleusement, pour  dégager une  poésie aux odes rafraichissantes.

« La facilité de mon style est délibérée, nous précisa l’auteur. Ce n’est pas un enjeu en soi. Je vise l’association du lecteur dans l’œuvre. A travers ce style et cette association, je cherche aussi à choquer le lecteur, sans toutefois le dégoûter ».

« Zizouna a passé une nuit tranquille chez elle dans les bras de son moustachu de mari. Elle aurait aimé pouvoir lui raconter tout ce qui s’est passé pendant la période de la garde à vue. Comme tout être humain, elle a besoin de parler, bavarder, confesser, conter et être écoutée. Elle a besoin de partager et de soulager son cœur. Car ce n’est qu’en extériorisant les sensations, les envies

Les rêves, les soucis et les angoisses que l’on peut se débarrasser de leur poids…La vie a voulu que Zizouna ne parle pas, et quelle n’entende pas, non plus. La vie a voulu aussi que Zizouna se prostitue ». Extrait de Zizouna, le roman paru en Février 2010 à Paris, aux Editions : Les Points sur les « I ».

Jaouad El Benaissi est le fils d’un collaborateur de la bibliothèque municipale de Sefrou. Et quand il n’était pas à l’école, il se retrouvait toujours auprès de son père, pour lire tous  les classiques de la littérature française, que ce dernier lui mettait sous le nez. Par ce procédé, le papa souhaitait en silence que son fils accomplisse le vœu qu’il n’a jamais pu exaucer : être écrivain.

Jaouad El Banaissi est auteur d’un deuxième roman : « Le Grand Ménage » à paraître en Mai 2011 à Paris aux Editions, Actes Sud.

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