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De G à D: Ahmed Chahid, Mustapha Lekhiar et Fouad Laroui

Comme veulent le prétendre certains, on n’est jamais prisonniers de notre passé. Tout au contraire, le passé est et restera la plus pure des fontaines de ressourcement et la meilleure  des thérapies contre les maux des changements imprévisibles que nous réservent souvent les aléas du temps.

Et depuis quelques années, ces vicissitudes du temps ont pris le dessus et de manière flagrante sur la ville d’El Jadida, d’où cette impulsion qui nous pousse à nous refugier dans la douceur de cet autrefois.

Dans ce qui suit, j’ai tout le plaisir de vous faire découvrir la teneur de cette nostalgie  imprégnante que même les amoureux fous d’El jadida qui  vivent ailleurs se partagent et s’en délectent.

C’est une rencontre/entretien avec Fouad Laroui, que j’ai réalisée depuis quelques temps déjà mais reste toujours d’actualité que j’offre aujourd’hui à  tous ceux qui veulent

« Voix vives à El Jadida » ! Un festival international de poésie dans cette charmante ville de l’Atlantique Marocain ! C’était un chant de sirène qui ne pouvait laisser indifférent un sentimental comme Fouad Laroui, qui n’avait pas manqué de s’inviter lui-même dans sa propre ville, en parcourant des centaines de kilomètres pour être au rendez-vous de cet événement.

El Jadida dans la poésie était une harmonieuse combinaison du beau et un frémissement des sens que ce Jdidi de cœur ne pouvait rater pour rien au monde, alors qu’il venait tout juste d’être honoré par la distinction Goncourt 2013 de la nouvelle.

Cela a été aussi une belle et merveilleuse occasion pour moi et pour mon confrère Lekhiar El Mostafa (Un intime ami de Fouad), d’aller à la rencontre de cet enfant prodige, qui s’avère être d’une extrême sensibilité lorsqu’il évoque les souvenirs d’une enfance fortement imprégnée par les embruns de ces lieux de références qui habitent tous ses rêves.

Question : Quel est votre premier souvenir d’El Jadida ?

Réponse : Je vais peut être vous surprendre en vous disant que mon plus lointain souvenir de cette ville qui m’a beaucoup marqué n’est autre qu’une boite de sardines. Cela se passait, je crois, vers les années 64 ou 65, j’étais encore tout petit. Mais cette image est encore et toujours vivace dans ma mémoire.

Comme vous le savez, les origines de ma famille chevauchent entre Azemmour et El Jadida. Ainsi donc, dès son retour de Kenitra où il exerçait ses fonctions et après un bref passage par Azemmour, mon père avait finalement opté pour une fixation à El Jadida en louant une maison à Derb Bouhafid. Donc, comme de coutume, avant tout déménagement,  la famille devrait visiter les lieux de sa nouvelle résidence. Et c’est dans le décor insolite d’une maison complètement vide que nous avions dégusté, à même le sol une boite de sardines et un morceau de pain que mon père nous avait fourni à titre de déjeuneur. En mangeant, je me disais que c’était-là dans ce quartier populaire que j’aillais passer le majeure partie de ma vie, ce qui a été le cas d’ailleurs.

Q : Ne me dites pas que vous gardez tous vos souvenirs d’enfance dans une simple et savoureuse boite de sardines ?

R : Loin de là (éclat de rire). Presque tous mes souvenirs sont liés à la splendide plage d’El Jadida. Il faut savoir qu’à l’époque, on a vécu sans Internet, sans vidéo, sans rien du tout. Le seul loisir que nous avions se limitait aux jeux de ballon sur le sable de la plage, aux baignades ou à la lecture. C’état là aussi où on liait des amitiés avec des familles entières qui venaient de Marrakech durant la saison estivale. La plage représentait pour nous l’unique centre de décontraction, d’autant plus qu’à cette époque, il n’y avait pas de Sidi Bouzid. Ce dernier étant difficilement accessible, faute de moyens de transport.

Je garde aussi de bons souvenirs du théâtre municipal devenu aujourd’hui théâtre Afifi, où j’avais assisté à une représentation animée par une troupe française, de Paris-Ciné lorsque madame Dufour et le caissier Salah étaient encore là, de mon premier match de foot-bal auquel j’avais assisté au stade municipal, le D.H.J avait alors emporté la partie haut la main en menant par 3 à 0 face à l’équipe du TAS.

Bien sûr, il y a aussi tous ces micros et petits souvenirs comme par exemple cet aller-retour que je faisais entre le quartier populaire où j’habitais et l’école Charcot où j’étudiais et qui se trouvait dans une zone de villas appelée plateau. En ces temps-là, j’avais presque l’impression de passer du Maroc à la France quatre fois par jour.

Sincèrement, dans l’ensemble, tous les souvenirs que je garde d’El Jadida sont des souvenirs extrêmement sympathiques. Je n’ai pas de mauvais souvenirs, aucun mauvais souvenirs, rien que de bons souvenirs.

Vous savez, c’es très curieux, on peut avoir des dizaines d’expériences dans des pays différents, mais les expériences vraiment formatrices sont celles de l’enfance. Cela vous donne un cadre de référence pour la vie et tout le reste est placé dans ce cadre.

Q : Au-delà de ces réminiscences, qu’évoque en vous El Jadida en tant que cité ?

R : Durant cette lointaine période, El Jadida était encore une petite ville à l’échelle humaine, il n’y avait pas de Jorf Lasfar, pas d’industrie chimiques, on avait l’impression que tout le monde connaissait tout le monde.

El Jadida était ce qu’on pouvait qualifier de ville tranquille qui vivait au ralenti tout au long de l’année pour s’animer subitement en été. A l’époque, la boutique « Bata » représentait le comble de la modernité.

Je me rappelle aussi de cette plage privée à laquelle on avait donné le nom de «  Deauville plage », ce qui m’avait fortement choqué. Je devais avoir dans les 8 ans à ce moment-là et je ne comprenais pas qu’on ait mis des piquets des deux côtés de notre plage. Je me souviens que j’étais resté très longtemps à regarder ces gens-là qui étaient étendus sur des transats, en me posant la question «  pourquoi payaient-ils pour être de ce côté-là, alors qu’on était tous dans la même plage, sur le même sable, près de la même eau et sous la même température ? Pourquoi payaient-ils pour ne pas être avec nous ? C’est peut être à ce moment-là et sans le savoir que j’étais entrain de découvrir cette notion de classe sociale.

Q : Aujourd’hui, El Jadida n’est plus cette ville où vous avez passé votre enfance…Estimez-vous qu’elle a grandi en meilleur ou en pire ?

R : Là, vraiment, je vais réserver mon jugement parce qu’en vérité, je ne sais pas. Cela dépend des jours. Parfois, je me dis que c’est tout à fait naturel, les villes grandissent, on a fait Jorf Lasfar, ce qui est excellent pour le développement du pays, on a érigé de beaux hôtels, d’autres projets grandioses attendent leur tour…C’est dire que tout va bien lorsque le progrès est bien conduit.

C’est très bien d’être optimiste, seulement en référence à notre enfance, on voudrait que les choses restent telles qu’on les avait connues autrefois, je ne voudrais pas venir un jour dans une ville où je me sentirai étranger. Donc, il y a des endroits dans cette ville qui sont emblématiques pour nous et il faut qu’ils restent tels qu’ils sont, sinon, la ville perdrait toute son âme.

Vous savez, je ne défends pas la ville d’une façon théorique ou intellectuelle, mais ma réaction est purement émotionnelle.

Tout au début de notre entretien, j’ai évoqué à quel point l’enfance te donne la structure pour la vie et je vais vous dire pourquoi : l’une de mes premières émotions esthétiques est née de la contemplation de l’ancien bâtiment qui abritait les services du C.R.I. Je me souviens que lorsque je descendais à la plage, à pied, bien sûr, je passais toujours à côté de ce bâtiment que je trouvais très beau, parce qu’il est harmonieux, il n’est ni trop grand ni trop petit et il s’intègre bien dans son environnement. C’est pour cela que j’estime qu’il existe à El Jadida beaucoup d’autres anciens édifices et lieux de mémoire qui doivent être sauvegardés comme cela se pratique dans d’autres pays.

Enfin, il y a lieu de se rendre à l’évidence du fait que les gens qui ne sont pas d’ici et qui détruisent pour construire de très beaux projets, ne peuvent être qualifiés de méchants et nous de gentils, la seule différence entre nous, c’est qu’on ne partage pas les mêmes souvenirs, ni les mêmes repères. Notre rôle, c’est de les sensibiliser, et pourquoi pas, en créant une association, genre «  Mémoire d’EL Jadida » qui pourrait être parrainée par l’O.C.P, ce dernier qui s’et largement implanté à El Jadida a démontré ses capacités à s’ouvrir sur son environnement extérieur.

Propos recueillis par Chahid Ahmed

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