El Jadida souffrirait-elle d’un mal incurable ?

Désormais, nul ne peut contester ce constat clair aux yeux de tous. El Jadida se dégrade de plus en plus. Et c’est parmi les couches sociales les plus défavorisées que le malaise est grand.

L’opinion publique n’y trouve plus son compte au point que ce laisser-aller de la part des responsables de la gestion de la chose publique semble être devenu la norme.

Certes, on ne peut nier que les problèmes conjoncturels dont souffre tout le pays en ces temps de crise sanitaire n’arrangent en rien la situation. Mais la conjoncture est la même dans tout le Royaume, et pourtant, on constate que pendant que certaines villes arrivent à gérer la crise, à El Jadida rien ne va plus.

Il faut rappeler, si besoin est, que la société marocaine est devenue super-connectée et El Jadida n’est pas en reste, car tous les foyers, même les plus démunies, disposent de moyens de communication de telle sorte que l’information se partage à la vitesse grand « V » et via la 4G. Et ce phénomène accentue l’impression des doukkalis d’être très en-deçà du niveau d’autres petites villes, qui ont tout à envier à notre chère cité qui dispose de tant de potentiel, et qui continue pourtant à souffrir d’une précarité toujours insurmontable, notamment sur le plan social.

Rien dans cette ville ne respecte les normes. Tous les secteurs souffrent d’un manque d’infrastructures cohérentes et adaptées à une population en perpétuelle croissance. Pourtant, on avait prédit un avenir florissant pour cette ville.

En effet, en 2015, El Jadida, a été marquée par une accélération soutenue du décollage économique dans cette province qui représente l’un des pôles les plus importants de la région Casablanca-Settat.

La province d’El Jadida, qui regorge de grandes potentialités en matière d’industrie, d’agriculture et de tourisme, s’est engagée, depuis plusieurs années, sur la voie du décollage économique, qui s’est traduit essentiellement par l’orientation de l’OCP vers une nouvelle dynamique importante, à travers l’augmentation de la production de l’acide phosphorique et des engrais agricoles destinés à l’exportation, un véritable atout et une aubaine pour le secteur aussi bien agricole qu’industriel.

Les réalisations accomplies dans le secteur de l’agriculture ont également contribué au progrès économique d’El Jadida. L’activité agricole avait connu une croissance notable dans différentes zones de la province, l’agriculture étant le premier secteur employeur dans la province, qui devrait jouer un rôle important en matière de développement socio-économique aussi bien dans le milieu rural qu’urbain.

En outre, la mise en place du « village de l’agriculteur » à Bir Jdid, sur une superficie de 400 hectares, a contribué à l’amélioration des conditions de stockage et de commercialisation des fruits, légumes et viandes.

Le tourisme constitue également un moteur de la croissance locale qui s’était inscrit dans cette dynamique de croissance, dans le cadre d’une approche intégrée qui vise la promotion du secteur touristique en tant que levier du développement local durable.

Avec tous ces atouts, on est encore à se demander pourquoi, malgré cette croissance économique et ces infrastructures de développement, les résultats escomptés ne sont pas palpables, ou du moins, ne se constatent pas sur le plan social.

On constate que le ravin des inégalités sociales continue de se creuser au point de devenir insurmontable. La situation est alarmante vu le degré de pauvreté et de désœuvrement qui devient de plus en plus intenable, ajouté à l’insécurité portée par la délinquance d’une jeunesse sans avenir.

Alors que faire devant ces paradoxes entre l’économique et le social ? Faut-il baisser les bras? Ou laisser les jeunes céder à la tentation de tenter leur chance ailleurs, quel qu’en soit le prix et les moyens d’y parvenir, même en mettant leur vie en péril en affrontant les risques de l’immigration clandestine ?

Il faut se rendre à l’évidence que les citoyens en ont marre de ces solutions qui ne font qu’atténuer les maux au lieu de s’attaquer aux causes.

Inutile de relater l’état d’insalubrité des rues et des quartiers, ni l’incivisme constant et persistant, ni la corruption, sous toutes ses formes. Combien de temps faudrait-il encore attendre pour voir enfin notre ville sortir de cette impasse ?

El Jadida dispose de beaucoup d’atouts et de potentialités qui lui permettent, grâce à ses richesses naturelles et à sa situation géographique, de connaitre un réel essor économique et social. Le hic se trouve certainement sur le plan des ressources humaines, à conditions que ces ressources aient un brin d’humanisme et de bon sens pour faire avancer les choses.

Khadija Choukaili

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