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Par : Abdellah Hanbali

Juste à la sortie d’El Jadida vers Azemmour, un panneau sur votre droite indique une route étroite conduisant à un site historique que les aléas du temps n’ont pas épargné jusque-là et qui risque de disparaitre à jamais si aucune mesure salutaire n’est prise.

Signe prémonitoire : sur le panneau en question n’est inscrit que le nom du phare, « le M’nar de Sidi Mesbah », sans aucune allusion au « Ribat lamjahdine », l’appellation commune du site.

Pour visiter ce site, apparemment condamné à l’oubli, nous avons bénéficié de la contribution de l’ex responsable du M’nar , une « mémoire vivante » du terroir, et qui nous  permis de recueillir les impressions des habitants, que l’intrusion de l’autoroute parait avoir énormément contrariés.

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Un regard sur l’état des lieux :

Il y a une quarantaine d’années, M. El Ouazzani, l’ex-gouverneur de la province d’El Jadida, avait visité le ribat (Lieu de rassemblement des combattants) et y avait inauguré une statue représentant un Moujahid, épée en main. C’est ainsi que fut, enfin, rendu un hommage officiel aux Moujahidines  d’antan et à leur fief. Cette visite avait eu aussi comme apport, la restauration, quoique légère, du chemin menant au Ribat.

Aujourd’hui, le tout n’est hélas qu’un tas de ruines, car depuis lors, le lieu fut livré de façon incompréhensible à lui-même et laissé aux aléas du temps.

Des trous y ont été creusés un peu partout, ce qui rend la place lugubre et triste. Le jeune guide, qui nous accompagnait, nous expliqua qu’il s’agissait de « signatures » (traces) laissées par certains fquihs qui venaient faire des fouilles à la recherche des « Kh’Zaynes » (trésors) susceptibles d’y avoir été enterrés par le passée.

Nous fumes dirigés ensuite vers une sorte de sous-sol, « le tunnel de Sidi Mesbah », qui garde toujours ses secrets, puisque personne ne sait à ce jour ce qu’il avait contenu dans ses entrailles, ni ce qu’il peut  encore contenir.

Au milieu de la place des poutres à moitié brisées, constituent les vestiges de ce qui était jadis une mosquée. A côté de cet ancien lieu de culte, des détritus ont été déversés honteusement et sans aucun scrupule par les employés de la compagnie des autoroutes, d’après ce qui se dit. D’ailleurs, une grande partie du site, notamment quelques composants et annexes du ribat, a été engloutie par l’autoroute El Jadida-Casablanca dont la première station de péage se situe à quelques centaines de mètres de là.

Quant au cimetière adossé au tombeau de Sidi Mesbah, comme il est de tradition, et qui se particularise par le nombre impressionnant des tombes contenant  des dépouilles d’enfants, il vient d’être ceinturé par une clôture du service des travaux publics, comme pour couper les vivants des morts. Il en est de même pour ce qui concerne le M’nar de Sidi Mesbah et d’une partie de la forêt avoisinante.

Un responsable de la délégation culturelle régionale, à qui incombe la charge de sauvegarder les sites régionaux, nous a expliqué, lorsque nous lui avons demandé son avis d’expert, que le préjudice subi par une partie du site était dû au fait que l’ADM (la compagnie des Autoroutes Du Maroc) n’avait pas contacté les services  culturels en place, au moment de la destruction.

Il ne nie pas que le Ribat mérite un intérêt particulier en tant qu’un des hauts lieux de l’histoire du Maroc, qu’un monument phare du patrimoine marocain qui n’a rien à envier à la Koutoubia et au Chellah. Mais, il nous a donné l’impression de disposer de pouvoirs limités devant la puissance des cartels défendant des intérêts plutôt économiques.

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Un rappel historique pour apprécier la valeur du site :

Dans les pays de culture ancestrale essentiellement orale, de nombreux pans de l’Histoire sont occultés ou entachés d’approximatifs. Les recours au regard étranger est souvent nécessaire pour qui veut éclairer ces zones d’ombre.

C’est donc à travers un tel regard que nous avons pu retracer l’Histoire de Ribat Lamjahdine.

Erigé par le sultan alaouite Sidi Mohamed Ben Abdellah (1755-1790), le site servait  de base avancée, permettant de mener des offensives contre les portugais installés à Azemmour et à Mazagan (El Jadida). Entre 1763 et 1768, il a connu la venue historique du sultan et des moujahidines qui y ont séjourné pendant plusieurs mois. Après le départ des portugais de la région, il n’a jamais été abandonné, mais devenu un  haut  lieu de culture et de pèlerinage pour la communauté dite « Abidates R’ma ».

Ces adorateurs du tir (traduction littérale de « Abidate R’ma », venaient de partout et à des dates précises, pour organiser des fêtes inoubliables, dont les échos sont restés ancrés à ce jour dans la mémoire de la population locale.

Mais la plus belle fête de toutes et la plus grande aussi, était celle organisée la veille  de l’ouverture du Moussem de Moulay Abdellah Amghar, relayé  à son tour par le Moussem de Sidi Moussa (aujourd’hui  Marché de Gros). C’était une grande soirée de chants et de danses (Lila) et portait le nom de Zerda (repas de fête), par référence à tous les délices de l’époque qu’on servait aux visiteurs : Couscous, Terda, Ftate l’Gadra, Baddaz…que les familles des alentours : Gharbiya (derrière Douar Ettagine), Laqmamra et Nouasra (autour du site), et un  peu plus loin Laghnadra (au niveau du premier pont assurant le passage du train vers Casablanca)…venaient offrir aux Abidate R’ma ou partager avec eux.

Ribat Lamjahdine était devenu un véritable Moussem, avec sa fantasia, ses rituels… et qui avaient surtout l’avantage d’empêcher l’abandon des lieux.

Toutefois, le manque d’entretien des lieux et  la non- restauration du site, vont finir par en sonner le glas.

Des habitants contrariés.

Le cimetière étant clôturé, les habitants n’ont plus la possibilité de se recueillir sur les tombes de leurs morts. Cela les contrarie bien évidemment, puisqu’ils tiennent à leurs traditions séculaires. Mais ce qui  les désappointe davantage, c’est  la petite fortune déboursée pour la construction d’une  clôture et qui aurait  mieux servi à restaurer une partie du site.

Ce que subit le site aujourd’hui, est une réelle catastrophe ; une injustice que la majorité des habitants actuels, ne peuvent évoquer sans avoir les larmes aux yeux.

Les Abidates R’ma :

Le « R’ma » signifie le tir au fusil ou à l’arme ; les Abidate R’ma étaient des tireurs dont la principale préoccupation  était l’exercice au tir à la carabine et la disposition permanente à la défense militaire. Ils étaient également des amateurs de chant, de danse et de fantasia et se déplaçaient  continuellement à travers les tribus, pour fêter les Moussems, les débuts de chasse et de récolte.

Vœu….

Pour, soit disant, encourager la culture dans cette ville, l’ancien gouverneur de Mazagan, n’a pas trouvé mieux que d’organiser une multitude de festivals : Jawhara, Malhounytes, Andaloussiyates….et bien d’autres événements qui n’ont à aucun moment constitués un quelconque levier économique ou eu un impact positif sur le volet culturel, économique, social, ou autre.

Tous ces milliards de centimes dilapidés sans programmes préétablis, auraient pu servir, entre autres, à restaurer des sites comme celui de Lamjahdine, Boulaâouane ou autres. Ils auraient au moins pu commencer par doter cette cité d’au moins des toilettes publiques, elle qui en comptait 11 à l’aube de l’indépendance de ce pays et qui n’en compte aucun aujourd’hui.

Des remarques et des vœux qui ont été formulés au temps de l’ancien gouverneur, mais en vain. Espérons qu’avec l’actuel gouverneur, un changement de cap sera opéré dans ce sens et que « Msammer L’mayda », ces parasites et opportunistes qui entourent chaque gouverneur à son arrivée pour, soit disant, « le conseiller’, soient cloués au pilori une bonne fois pour toute…Car ce ne sont pas les compétences et les personnes intègres qui manquent dans cette ville…..

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