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Par : Abdellah Hanbali
L’homme et l’art dans la ville, est un sujet peu analysé au Maroc.
Quel rapport ont les marocains avec l’art et l’esthétique ?
Certes, la ville est le lieu d’un cumul d’actes et d’histoires qui laissent des traces. C’est en quelque sorte, un registre de masse. Un lieu des mémoires et des oublis. Elle a sa culture, et son art d’embellir et de cultiver la masse.  C’est un espace social et économique en perpétuelle mutation. Un lieu des mémoires individuelles et collectives.

Le patrimoine, quant à lui, représente le miroir d’une civilisation.

Tandis que l’Homme dans la ville (sa ville/ses villes), il a besoin de repères. Il doit trouver (retrouver) les signes de son identité et en même temps, il a besoin de vivre en harmonie avec son temps.
L’art dans la ville est un des moyens qui ont été inventés pour dynamiser le cadre citadin et pour y renforcer la cohésion sociale et surtout cultiver le sens du bon goût, tout en offrant aux individus des stimulants artistiques.
Comment donc produire et « lire » une œuvre qui deviendra étrange dans une culture étrangère ?

Pour en savoir plus sur ce sujet, nous avons posé trois questions à Redouane Khedid qui est anthropologue, muséologue et poète. Né à Casablanca en 1968 et lauréat de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine. Membre de la Direction du Musée « Dar Si Said » à Marakech pendant quatorze ans, puis Conservateur du Musée National de la Céramique de Safi. Ses recherches portent sur les domaines du patrimoine marocain, notamment la muséologie et les arts populaires.

* Redouane Khedid, Pourquoi avoir choisi de parler  de ce sujet et… en ce moment précis ?
Pour maintes raisons, objectives et subjectives. Nos villes sont généralement des cadres physiques qui abritent des populations  inventant et subissant les influences des différentes cultures : citadine, rurale, locale, mondiale, traditionnelle, moderne…

Nous vivons dans un vrai « bain socioculturel » où l’anthropologue se voit invité à cerner une identité qui se décline en une multitude de crises.

Le sens du beau et de l’art, ne sont pas vécus en tant que principes de la vie citadine, c’est-à-dire « l’esprit » d’une ville qui a développé sa propre identité esthétique.
Pour l’histoire de la civilisation humaine, l’invention de la cité n’est pas moins importante, ou plus importante que la création des autres repères culturels et des autres institutions, comme la parenté, la justice, la religion… Cependant, la ville est le lieu qui offre aujourd’hui plus de possibilités pour observer et étudier les faits socioculturels.
La ville est un espace culturel. Elle est aussi, lieu des pratiques sociales et que nous pouvons classer en deux catégories : comportements d’inclusion et  comportements d’exclusion.

On dit que quelqu’un est oueld lhouma (originaire du quartier) oueld lamdina (citadin), et on qualifie d’autres de termes comme : « berrani » (étranger), « boujadi » (novice)…
Les œuvres artistiques subissent aussi des jugements de valeur qui classent les interventions esthétiques « officielles » dans le paysage citadin et sous des qualificatifs comme machi dialna (cette chose n’est pas issue de notre environnement), had chi dialhom (cette chose appartient aux autres)…

Parfois, la conduite gestuelle et comportementale remplace le verbe et la parole, et on adopte un comportement qui se veut aveugle.

Parfois, on voit juste la partie de l’œuvre publiquement exposée et jugée significative.

Dans certains cas, un autre artiste apporte des modifications presque invisibles. L’intervention populaire sur la chose artistique peut être interprétée comme un effort anonyme qui tente d’adapter, par le marquage symbolique, une chose (sculpture, monument…) qui se présentait comme « insignifiante » pour l’imaginaire collectif.
Permettez-moi de rappeler que cette réflexion a pour cadre la ville d’El-Jadida, qui commémore la quatorzième année de l’inscription de la Cité Portugaise (Mazagan) comme patrimoine universel par l’UNESCO en 2004.
*Où peut-on localiser le fait esthétique dans une ville comme El-Jadida ?
Cette question nous guide vers la notion de « ville ». Sa morphologie, ses réalités et ses images, ses limites dans la géographie et dans l’histoire, ses limites également dans l’imaginaire collectif, dans le non-dit, le refoulé, l’inconscience collective.

La ville, toute ville, est un cumul d’actes historiques et architecturaux ordonnés ou désordonnés, homogènes ou bien « impurs », rythmiques ou bien arythmiques.

La ville est le lieu des mémoires et des oublis, de la solidarité mécanique, et de l’individualisme.

La population, elle aussi, a sa culture, son âme, sa manière de manier l’art de vivre, l’art de faire semblant de vivre, et l’art d’embellir et de cultiver un certain goût collectif, celui de sa masse, celui du jeu et des masques, le jeu d’appartenir à un goût dominant.
Une simple promenade dans un quartier populaire suffira pour approcher cette esthétique de masse.
*La chose artistique ne peut donc pas être dissociée de l’identité ?
Exactement. A El-Jadida, nous avons une zone caractérisée par les principes remarqués dans les villes et ayant une longue tradition urbaine comme Marrakech et Fès : c’est le cas des anciens quartiers comme la Cité Portugaise Et nous avons, de l’autre côté, des quartiers qui se présentent comme des espaces physiques et qui sont moins vécus comme des espaces sociaux, ou bien en tant que cadres d’identification.
Nous pensons que pour les premiers quartiers, la chose artistique et, en général, l’intervention esthétique, doit valoriser les principes intrinsèques comme le partage, la solidarité organique, et le don au sens anthropologique…
Dans les deuxièmes espaces, la chose artistique et toute intervention esthétique doit être consciente de l’histoire de la ville et sa culture.

L’art doit être une interprétation intelligente de l’héritage patrimonial, cette intelligence doit être visible dans l’architecture, dans l’aménagement paysager, dans le mobilier urbain et dans tout apport artistique durable.
La ville a un portrait individuel peint par une histoire culturelle, elle est également le cadre d’une psychologie collective.
La cartographie des arts et leur répartition géographique, exigent des lectures socioculturelles de l’esthétique.

Les montages scénographiques, demandent des textes interprétatifs.

Approcher la chose artistique dans une ville ne peut se faire sans la reconnaissance des limites de la perception collective.

 

 

 

 

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