affiches du festival

 Par:Azzedine Hnyen

Ils étaient plus d’une centaine à s’être déplacés. Ils ont bravé ce froid pinçant les corps. Ils sont venus de partout du Royaume et d’outre- mer. De tout âge et de tout bord de l’art, on lisait dans leurs yeux une joie indescriptible. Une joie, non pas uniquement pour participer à cette fiesta artistique  réunissant plus d’une soixantaine d’artistes- peintres et de poètes du « Zajale » représentant 25 pays du bassin méditerranéen, mais surtout de retrouver des visages- amis qu’on n’a plus revus depuis un bout de temps. Ils étaient là, également, pour donner à cette devise du thème choisi « Doukkala, pont de la rencontre des cultures » son véritable sens et pour la mettre dans sa dimension humaine réelle dans un contexte Marocain en mouvance. Le Maroc est devenu une référence culturelle incontournable à traves son patrimoine historique, porteur de germes fertiles au dialogue des civilisations. Les villes d’El Jadida et d’Azemmour, le portail de l’intersection, par excellence, des civilisations, des cultures et de la gouvernance de la diversité se positionne aujourd’hui comme étant un territoire intelligent qui peut assurer la durabilité de toutes ces dimensions

Rendez-vous a été pris les 22, 23, 24 et 25 janvier à El Jadida et à Azemmour, pour savourer les plaisirs d’un voyage sensoriel aux couleurs de 25 pays arabes et européens. Ce deuxième festival sera, encore, le lieu de tous les échanges, de toutes les générations d’origines confondues et où les valeurs de paix et de solidarité, d’ouverture et d’humanisme seront au centre de cette aventure humaine et citoyenne.

L’Association ‘’Azzouhor’’ pour l’Art et le patrimoine d’’Azemmour et l’Association Régionale de l’Art et de la Culture sont le pont des opportunités et des initiatives qui œuvrent pour un Maroc bio, stable et compétitif. La dimension culturelle occupe une place en avant dans les activités de ces deux associations qui se considèrent comme une valeur ajoutée pour la promotion de notre identité nationale et de notre projet de société basé sur les principes de l’identité, de la modernité et de l’ouverture sur l’autre. L’événement est, en fait, une animation culturelle et artistique d’un niveau éminemment professionnel, digne du grand Doukkala.

Quoi de plus légitime, pour sa 2ème édition, que le festival rende hommage à de grands ténors de l’art pictural qui ont marqué de leurs pinceaux cet art aux mille valeurs. Houcine Talal, Abdellah Dibaji, Ahmed Ben Yessef et Hicham Naji ont les heureux élus en attendant d’autres dans les années à venir.

Houcine Talal, peintre de la solitude et de l’essentiel

Les enfants de célébrités sont sommés de se faire un prénom. Houcine, lui, s’obligeait à faire un nom. C’est chose faite et sa reconnaissance est acquise, au point de s’affirmer comme artiste incontournable du paysage pictural marocain. L’homme est taciturne, ténébreux. Est-ce parce que ses « portraits imaginaires », « les artistes voyageurs de nuit » et autres peintures chantent la solitude ? Les couleurs vives mais aussi la sombritude des visages traquent des interrogations où l’onirique et le sensuel s’entremêlent paisiblement. Ne dit –il pas que chaque personnage peint est un état d’âme. Personnage tiraillé et tourmenté, nos sens s’en réjouissent.

Illustre icône de la peinture marocaine contemporaine,  l’artiste Talal a  été décrit par le critique d’art Alain Flamand comme «l’un des plus grands peintres marocains ; peintre de la solitude et de l’essentiel par excellence». Et d’ajouter : «Peintre des foires orageux, peintre des couleurs vives, Tallal sait aussi se mettre à l’écoute de la nuit. Si sa peinture sensuelle est dramatique, si sa peinture intellectuelle est onirique, sa peinture réaliste est franchement tragique». Quant à Jean Bouret, célèbre critique d’art français,  il disait  de lui dans «les lettres françaises», à l’occasion de l’exposition de ses travaux  en 1967 à la Galerie «La Roue» à Paris, en faisant référence à la place de l’imaginaire dans  sa peinture : «Les tableaux réunis ici sont d’une étrange beauté. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait penser à William Blake, mais c’est ainsi et je n’y peux rien, même pas une tentative d’explication».
En 1971, René Huyghe, éminent professeur au Collège de France et à l’Ecole du Louvre de Paris et historien de l’art, lui avait consacré un texte dans le monumental livre qu’il avait publié sous le titre «Les arts dans le monde» chez  Larousse. : «Ma peinture relève de la nouvelle figuration qui sort de l’ordinaire et suscite le choc. Je peins des personnages imaginaires et fantastiques. A l’instar des artistes de la Renaissance, j’essaie de communiquer avec mes personnages un par un. Chaque personnage est un état d’âme, un état d’esprit et un état de cœur. Chaque personnage également a sa vie, a sa place voire un côté de la magie. Il est important de donner  la magie à l’expression. Dans chaque personnage, il y a une étrange beauté », confie Tala. Loin de toute ressemblance ou répétition stéréotypée, la peinture de Tallal, comme écrivait le critique d’art Denise Divrone, est une peinture d’évasion aux frontières de l’art figuratif, une interprétation subjective de la réalité objective. Le spectateur, en abordant son œuvre, doit savoir qu’il va vers la rencontre de cette vision, sinon il ne peut la comprendre. Son acte pictural  n’a pas la prétention de reproduire  la réalité visible, il essaie de saisir la beauté spirituelle édictée dans les états d’âme, en   rendant  l’invisible visible. En 1984, Feu SM Hassan II  lui a écrit : «Ces tableaux qui témoignent du degré de perfection jamais atteint par l’art pictural marocain, grâce à votre labeur acharné et à votre ténacité opiniâtre de poursuivre avec constance, un effort de recherche soutenu  par une maîtrise adéquate de votre technique, honorent le Royaume ».

Abdellah Dibaji ou l’abstrait des contours

Natif d’Azemmour en 1952, Abdellah Dibaji a étudié à l’école des beaux arts de Tétouan avant de rejoindre Liège et son académie des beaux arts. Ses toiles ont fait le tour du monde. L’homme explore l’imaginaire citadin qu’il restitue aux travers de ses rumeurs, ses mouvements et ses lumières. Dans une succession de plans, l’artiste mêle habilement des éléments de composition et des graphismes inspirés de notre quotidien, et met en avant une foule humaine qui suggère à travers ses touches délicates, ses mouvements et ses postures, les maux actuels et la réalité de notre société moderne.

Entre ce que perçoivent l’œil et l’interprétation que le cerveau en fait s’inscrit l’art d’Abdellah Dibaji. Il cherche la convergence entre diverses écoles de l’art plastique.

Sur ses toiles, l’abstrait laisse apparaitre des contours qui font deviner l’architecture figurée et la silhouette des personnages qui se meuvent d’une œuvre à l’autre. Les couleurs vives et chatoyantes s’étalent sous forme de taches tout en caractérisant une zone, exprimant un mouvement ou laissant deviner une émotion. Abdallah Dibaji veut fixer par sa peinture l’insaisissable, cette ambiance dont laquelle baigne l’environnement dans lequel il vit. Les lignes, telles des failles transformantes, participent au mouvement d’ensemble et a l’exagération de l’expression. Elles structurent la toile sans apparaitre, inondées par la couleur qui les transgresse. L’action du peintre s’apparente a la remontée d’un magma profond, agite par l’amour, et qui se met en place. Il faut fixer le regard pour distinguer les formes et les figurants qui occupent l’espace. Brute et envahissante la peinture se saisit de l’espace de la toile: le noir reste pour la masse, la foule, la multitude quand il est compact. S’il s’élève vers les tons pastel c’est pour métamorphoser la rigidité du plan sur lequel l’expression s’effectue en lui donnant une troisième dimension, celle de la profondeur, de l’immensité. L’itération de cette composition met l’ensemble en mouvement. Le peintre joue par touches pour faire vibrer l’atmosphères de ses bruits et de ses sons qui accompagnent le mouvement des occupants de cet espace qui se structure par des lignes enracinées dans le magma profond et élancées vers l’horizon multicolore. Des senteurs se dégagent et donnent a l’œuvre de Dibaji une vie, celle que le citoyen observe dans son quotidien. C’est ainsi que Dibaji exprime son amour, sa peine, sa souffrance, sa révolte ou son espoir. Au risque de se tromper Dibaji est enthousiaste, au moins par et dans sa peinture. L’interrogation que suscite le regard sur la toile s’accompagne d’un optimisme qui se développe au fur et a mesure que la lecture de l’expression artistique arrive a distinguer les choses communes, connues et reconnues dans cette ambiance ou la ruralité se dispute avec l’urbanité: métamorphoses de l’espace dans l’attente de celles de ses occupants. Une ligne électrique qui coupe l’horizon avec un lampadaire qui éclaire ou une ligne sur laquelle sèche le linge devant des bâtiments construits en ruche et prives de soleil, alors qu’il éclate rougeoyant et flamboyant au dehors. Une multitude qui se rue ou des cavaliers qui chevauchent les nuages a moins que cela figure le baroud d’une fantasia dans un pays en liesse. D’autres aperçoivent une ville aussi bien grouillante et vivante que structurée et en cours de civilisation. L’œil de l’artiste transmet a sa main une œuvre d’art.

Ahmed Ben Yessef, un pilier de l’école figurative du Nord
Ahmed Ben Yessef est  l’un des artistes pionniers sur la scène artistique nationale et internationale. Ses peintures, dessins, gravures et photographies décrivent le parcours de cet artiste allant des premières études à l’Ecole des beaux-arts de Séville jusqu’aux pièces monumentales récentes. «Ce travail traduit mes expériences personnelles et indique l’homme et les mutations de la vie», indique Ahmed Ben Yessef. Bien au-delà de l’hommage mérité, Ben Yessef entend mettre en exergue les étapes et outils décisifs qui ont forgé le style de Ben Yessef. « Mes créations s’appuient sur les œuvres de la collection privée de l’artiste, significatives de son attachement à des sujets aussi chers que les portraits de ses proches, ou encore sur des choix décisifs de motifs récurrents, telle la colombe. Autant de strates profondes que l’âme de l’artiste traverse, pour nous en laisser l’empreinte. D’ailleurs, Ahmed Ben Yessef est l’un des principaux piliers de l’école figurative du Nord. Son style, à lui seul, est une école. «Son œuvre humaniste, porteuse de paix et d’espoir, lui vaut la reconnaissance internationale et une place parmi les artisans du dialogue interculturel». Après des études aux Beaux-arts de Tétouan, l’artiste s’est installé à Séville en 1967 grâce à une bourse pour la prestigieuse Ecole supérieure des beaux-arts Santa Isabel de Hungria. Cet artiste s’est distingué très tôt par des aptitudes exceptionnelles au dessin et à la peinture et une acuité dans l’observation du réel. Il a raflé plusieurs prix dans son parcours. Il a été décoré par feu SM le Roi Hassan II à Rabat en 1993 et par SM le Roi Mohammed VI à Madrid en 2000. L’artiste-peintre figuratif Ahmed Ben Youssef est aussi celui qui immortalise les grands rendez-vous de notre Histoire grâce à nos billets de banque de cent dirhams qui sont son œuvre. Parmi les œuvres, qui resteront gravées dans l’histoire du Maroc, une peinture sur toile de quatre mètres sur le thème d’Al Massira, qui a été reproduite sur une pièce de 100 DH pour la commémoration des 25 ans de l’accession au Trône de feu SM Hassan II, et plus tard sur le billet de 100 DH. Ahmed Ben Yessef n’est pas uniquement un peintre. Il a écrit et publié également des poèmes et des études critiques.

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