El Jadida : mais que sont devenus nos beaux quartiers où cohabitaient riches et pauvres en bonne entente ?

S’il est des choses nostalgiques qui ont marqué les générations des années 60 et 70, c’est bien celles relatives à cette cohabitation sociale qui a totalement disparues de nos villes et particulièrement d’El Jadida.

Pendant cette belle période qui a marquée l’enfance des anciens jdidis, toutes les relations sociales se distinguaient par l’esprit de solidarité et de tolérance. Une époque où cohabitaient dans une même rue, riches et pauvres, musulmans chrétiens et juifs, sans aucune distinction sociale ou religieuse. Le « voile » et les barbes n’avaient pas encore fait leur apparition dans notre société encore imprégnée du mode de vie colonial.

Dans nos vieux quartiers, la notion de  logements sociaux, n’existait pas encore et n’effleurait pas l’esprit des « riches et pauvres », qui cohabitaient en bonne entente, dans des maisons simples qui ne laissaient transparaitre aucun signe de richesse, de disparité ou d’inégalité. Une simple cordelette pendait à la porte de chaque habitation, comme une invitation à entrer, car la confiance régnait et personne dans le quartier  n’était considéré comme étranger.

Il faut rappeler que dans l’imaginaire collectif marocain en général, et jdidi en particulier, la solidarité était une valeur fondamentale qui s’est dissipée au fil du temps, si bien que tout parait, aujourd’hui, différent et brouillé. L’image de la ville décrit une réalité complexe et trouble, marquée par les inégalités flagrantes qui se constatent par l’effondrement des valeurs anciennes où la notion de « villas » et de quartiers huppés n’avait pas de place, ni dans les mentalités, ni dans les plans urbanistiques de la ville, gérée à l’époque par des responsables qui ne faisaient aucune distinction sociale entre les quartiers.

La nouvelle cité « urbaine » qu’est devenue El Jadida, est hétérogène et segmentée. Le territoire de la ville a éclaté en morceaux inégalement aménagés. Les disparités entre les citadins et les néo-citadins, entre les classes aisées et les classes démunies, entre les citoyens des quartiers huppés et ceux des quartiers marginalisésou des zones des constructions anarchiques, ont pris de l’ampleur.

Il faut reconnaitre que les frontières entre les groupes socio-économiques deviennent de plus en plus infranchissables. Les valeurs référentielles ont disparus et le système de gestion urbaine est loin de cette société traditionnelle basée sur les valeurs de la solidarité, et ne produit plus qu’inégalités et discriminations.

Bien que les anciens quartiers existent toujours, tels que Derb Ben Driss, Sfa, L’qalâa, Derb Ghallef… on constate qu’il est loin ce temps où l’esprit de sociabilité prévalait.

Il faut également souligner que le nouveau modèle du tissu urbain  qui a été instauré probablement pour  prémunir les quartiers huppés, a malheureusement, mis en place certaines limites qui ont accentué la disparité sociale  entre ces nouveaux quartiers riches et les quartiers populaires.

Qu’il est triste de se remémorer, avec un pincement au cœur, ce bon vieux temps où on tirait simplement sur la cordelette pour se retrouver dans une ambiance de convivialité chez nos voisins.

Khadija Choukaili

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