El Jadida : L’utopique préservation du patrimoine de la ville

Certes, il est parfois difficile de concilier modernité et protection du patrimoine dans une ville, notamment quand il s’agit d’une ville en plein essor économique et surtout en plein explosion démographique.

On est souvent confronté au problème de la concentration des habitants et des services administratifs au niveau du centre-ville, ce qui altère fortement l’image esthétique de la ville ainsi que la qualité de vie des citoyens.

Nul ne conteste que vivre dans un centre-ville ancien, c’est bénéficier, certes, d’un cadre historique d’une architecture exceptionnelle. Cependant, ces bâtiments qui donnent cette sensation de nostalgie ont été édifiés à une époque où la population était réduite et où le nombre de véhicules en circulation ne dépassait pas quelques dizaines, si bien que le problème de places de stationnement n’effleurait même pas l’esprit de ces jeunes architectes talentueux qui ont si bien conçu la majorité de ces édifices que l’on tague  actuellement de patrimoine.

A cette belle époque où la pollution sonore n’existait pas, il faisait bon vivre dans un appartement qui n’a pas probablement  la qualité désirée, mais sis à un emplacement idéal où tout est à proximité : boulot, marché, épicerie, magasin, librairie, salle de sport, et même cafés et cinémas.

Cependant, cette époque est bien révolue et de l’eau a bien coulé sous les ponts de la mythique Mazagan qui s’est transformée en un pôle économique depuis la réalisation du grand port de Jorf Lasfar.

La ville a ébauché son décollage économique mais également sa descente aux enfers à cause de l’avidité de ceux qui en ont pris les commandes par leur corruption et leurs aspirations mal intentionnées d’en faire leur principale source de richesse en la délestant de tous ses biens.

Il faut rappeler que le réaménagement du centre-ville devrait mettre en relief la qualité des espaces urbains et de leurs usages, à savoir le rapport au site géographique, en accordant une attention particulière à la traversée de la ville, en agençant magasins, salles de cinémas (pourquoi pas ?), réhabilitation du théâtre, lieux de loisirs tels que des salles de jeux, et bien entendu tout ce qui a trait à l’aspect touristique tels que hôtels, cafés, restaurants…

Ce n’est que de cette façon qu’on redonnera au centre-ville ses lettres de noblesse vu son emplacement stratégique à proximité de la plage et de l’incontournable parc Mohammed V qui gagnerait à être réaménagé, et surtout entretenu comme il l’a été auparavant.

Certes, nul ne peut nier l’attachement des générations des années 1960-1980  à certains édifices tels que l’immeuble Cohen, l’Office des Mines, le deuxième Arrondissement de la Commune, le Commissariat Central, la Perception, le deuxième Arrondissement de la Police…qui sont ancrés dans leur mémoire et qui constituent des repères incontournables de cette époque dont ils gardent une certaine nostalgie.

Cependant, la ville évolue et son Plan Directeur devrait suivre la cadence pour en faire une ville moderne, en préservant ses atouts et en améliorant son côté urbanistique.

Il faut rappeler que le centre-ville devait être décongestionné en délocalisant tous les services publics officiels vers Hay Al Matar, où un quartier administratif avait été aménagé du côté de la mosquée. Un projet qui n’a jamais vu le jour, laissant le centre-ville encombré de véhicules de citoyens venus régler leur paperasse, juste en face de la plage où d’autres cherchent désespérément une place de stationnement, trouver un banc libre pour un simple moment d’évasion.

Le glas n’aurait-il pas encore sonné pour qu’El Jadida puisse s’enorgueillir d’avoir une corniche où il ferait bon se promener et respirer l’air frais ?

N’est-il pas encore temps de céder la place occupée par ces administrations aux grands hôtels et restaurants biens animés, pour oser vanter l’aspect touristique de la ville et lui redonner son qualificatif de cité balnéaire ?

Il est grand temps de se rendre à l’évidence et penser sérieusement à rebâtir la « nouvelle » qui nous a été léguée par le protectorat et qui gagnerait, après ce grand essor économique qu’elle a connu, à être « re-planifier » sur le plan architectural et urbanistique, pour redevenir le Deauville marocain et s’enorgueillir d’être réellement la capitale des doukkalas.

Khadija Choukaili

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