El Jadida : Les enfants à besoins spécifiques, ces laissés pour compte

Depuis 1992, la Journée internationale des personnes handicapées est célébrée chaque année le 3 décembre à travers le monde. Elle vise à promouvoir les droits et le bien-être des personnes handicapées dans toutes les sphères de la société et du développement, et à accroître la sensibilisation sur leur situation particulière dans tous les aspects de la vie politique, sociale, économique et culturelle.

Ce sont, en tout cas, les objectifs visés par la célébration de cette journée.

Ce jour-là, ce 3 décembre 2020, pandémie oblige (ou inconscience) est malheureusement passé inaperçu. Un jour qui n’a eu presque aucune attention médiatique.

On constate, avec un pincement au cœur, qu’avec la crise économique liée au COVID-19, les inégalités préexistantes et révélant l’ampleur de l’exclusion se sont amplement creusées. Selon l’enquête nationale sur le handicap réalisée en 2014, le Taux National de Prévalence du Handicap est de 6,8%. C’est donc près de 3 millions de personnes de la population totale du Royaume, qui ont des incapacités à divers types et degrés. En termes de ménages, un ménage sur cinq déclare avoir au moins une personne en situation de handicap. Ces personnes sont les plus exclus de la société et comptent parmi les plus durement touchées par la crise actuelle, en termes de complications de décès, vu leur vulnérabilité et la fragilité de leur état général de santé.

Nul n’ignore que même en temps normal, elles ont un accès moindre que quiconque aux soins de santé, à l’éducation, à l’emploi ou tout simplement à la vie sociale. Elles sont exposées à un risque élevé de pauvreté, de violence, de négligence, et sont les plus marginalisées dans les communautés touchées par la crise. Comme elles subissent, de façon disproportionnée les incidences, directes ou indirectes, de la pandémie de COVID19, leur situation n’a fait que s’aggraver.

Que dire de cette catégorie de personnes, à besoins spécifiques, et qui bien que citoyens à part entière, ont malheureusement eu la malchance de naître et d’évoluer dans un pays où même ceux qui bénéficient de toutes leurs capacités physiques et mentales, ne jouissent pas pleinement des droits que leurs garantit la constitution ?

Et que dire quand il s’agit de citoyens ayant eu également la malchance de naître dans une petite ville, riche en ressources naturelles, certes, et en plein essor économique aussi, mais qui ne tient nullement compte du bien-être de ses citoyens, qu’ils soient en possession de toutes leurs facultés ou qu’ils aient une quelconque incapacité.

J’ai nommé El Jadida, où tous les droits sont bafoués, surtout ceux des personnes souffrant d’une incapacité, aussi bien physique que mentale, et qui sont, avouons-le, laissées pour compte.

On ne peut que constater que la nature ne les a pas gâtés. Quand ils ont une incapacité physique, chacun de leur déplacement devient un vrai parcours du combattant, car toutes les infrastructures sont prévues pour des individus bien portant.

Et quand ils ont une incapacité mentale, leur rejet devient flagrant, et le mépris se lit sur le visage de ceux qui les côtoient et qui se sentent les plus « normaux ».

Il faut se rendre à l’évidence que même quand les lois existent, elles ne sont pas respectées par manque de mesures coercitives. Seules les familles qui comptent parmi leurs membres, des personnes portant une déficience, peuvent ressentir cette impuissance devant l’état de leurs proches.

La loi, 10-03 relative aux accessibilités, instaure l’obligation de l’Etat de prévoir des dispositions relatives à l’accessibilité dans les règlements généraux de construction, sans pour autant prévoir de mesures coercitives en cas de non-respect de ces normes.

Par ailleurs, la loi fondamentale que garantit la constitution a bien banni la discrimination fondée sur le handicap. Elle a prescrit, certes, des mesures positives pour lever les préjudices subis par les personnes en situation d’handicap en tant qu’individus vivant en société. Mais sur le plan pratique, on ressent leur exclusion et les droits auxquels ils prétendent sont souvent bafoués.

En effet, l’article 34 fait obligation aux pouvoirs publics d’élaborer et de mettre en œuvre les politiques visant à réhabiliter les personnes en situation d’handicap et à garantir leurs droits, mais les textes sont loin d’être appliqués.

Nul ne peut contester les efforts déployés pour l’intégration, dans certaines grandes villes du Royaume, de cette catégorie de personnes afin de lui assurer une vie plus ou moins décente.

Mais qu’en est-il à El-jadida où les associations pour ces citoyens sont presque quasi-inexistantes ? Ou même quand elles existent, elles n’offrent pas les conditions adéquates pour que ces personnes soient épanouies, souvent par manque de ressources, qu’elles soient financières, matérielles ou humaines.

Le personnel est souvent mal adapté, car ne disposant d’aucune formation spécifique répondant aux besoins de cette catégorie.

Ces associations, même avec toute leur bonne volonté, se débattent seules, sans aucune aide conséquente des autorités, avec le seul appui des parents qui, souvent, sont nécessiteuses.

Ces familles se retrouvent devant une situation où leurs mains sont liées par manque d’infrastructures adéquates, et de moyens d’accompagnement indispensables pour rendre le quotidien de ces enfants, un semblant décent.

Un autre constat non moins important, c’est que dans ces centres, tous les handicaps sont traités de la même manière. Ce qui rend ces structures, plus des institutions de surveillance, que de prise en charge dans un objectif d’amélioration et d’évolution de la personne atteinte.

Dans pareilles situations, on se retrouve impuissant, et on se demande alors où est passé le discours médiatique lancé simplement pour apaiser certaines consciences.

Où sont passés ces slogans qu’on ne cesse de clamer et qui tentent de faire croire que nul ne peut bafouer les droits des citoyens ? Ces slogans qui font, hélas, miroiter des illusions, auxquelles on veut croire, par espoir, par souhait de voir ces chers concitoyens, vivre décemment, dans la dignité et dans le respect total de leur être, bien que quelque peu différents.

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