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Par: Najib Abdelhak

De plus en plus de personnes à travers les plages du Maroc s’équipent en détecteurs de métaux pour tomber sur la pièce rare. A El-Jadida nous avons suivi quelques jeunes qui ont fait de ces balades en bord de mer un métier lucratif.

Il fait très beau. Ciel bleu. Journée limpide. La mer est calme. De petites vagues viennent lécher le sable, en fin de course. Pourtant, peu de baigneurs. C’est normal, on était au mois du Ramadan et il est à peine 11h du matin.

Une plage presque vide en ce moment, mais elle n’est que plus belle…à part quelques détritus, ici et là. Mais pour le paysage et le cadre, c’est une magnifique plage.

C’est là qu’Aziz et Driss fouillent le sable. Ils trimballent un engin qui fait un drôle de bruit au contact du sable.

C’est un détecteur de métaux, qu’ils ont acheté pas cher à un Français qui habite à Sidi Bouzid : «Il nous l’a presque cédé pour rien. C’est un chic type. Le Français était un grand chercheur de pièces sur toutes les plages du Maroc. Il a été jusqu’au Sahara pour trouver des trucs. C’est un fou ce mec. Mais nous, on a appris comment manier cet engin et on se fait la main ici à El-Jadida. Parfois, on va de l’autre côté, vers Sidi Bouzid, El Haouzia. On ne sait jamais. Quand on entend parler d’un type qui a trouvé une pièce quelque part, on va sur le lieu et on tente notre chance», explique Driss, convaincu qu’un jour il va décrocher le jackpot.

Mythes de richesse

Si on en croit ce qui se dit entre rumeurs et vraies-fausses vérités, il y auraitor.chercheur des gars qui ont trouvé des pièces anciennes. Ils les auraient revendues au prix fort : «Je ne l’ai pas vu cet homme, mais d’autres personnes nous affirment qu’ils ont vu la pièce. C’est une pièce espagnole qui date de plus de 200 ans. On dit qu’il l’a revendue à un musée. Il a touché beaucoup de millions pour cela. Mais il a cherché pendant plus de deux ans, tous les jours».  C’est vrai. Ce travail peut être fastidieux. Chaque jour, du matin à la tombée de la nuit, penché, les yeux rivés sur le sable à chercher. Et il faut s’appliquer. On ne balaye pas le sol sablonneux à la va-vite. Non, il faut prendre son temps. Doucement. Scruter chaque parcelle avec beaucoup de minutie. Et surtout une bonne dose de calme.

«Depuis plusieurs mois, avec mon ami, on vient ici tous les jours à 6 heures du matin. Il n’y a pas un chien qui rôde dans les parages. On se met à arpenter la plage, entre l’hôtel Ibis et la salle des sports. Il faut prendre son temps. Les pièces peuvent être enfouies profondément dans le sable. Si on marche vite, on peut louper la chance de devenir riches». A la question, est-ce qu’un jour vous allez trouver la pièce rare ?  Les deux compères répondent de concert, une lumière soudaine dans le regard : «Tu peux en être sûr, on va trouver. C’est sûr. Tout le monde finit par trouver. C’est un métier de longue haleine. Il faut beaucoup de patience. Mais je sais qu’un jour, cette plage ou une autre me rendra riche».

Des pièces et des hommes

On a demandé aux deux chercheurs de trésors combien sont-ils à prospecter dans ce périmètre. La réponse est surprenante : «Une vingtaine au moins. Mais chacun vient à son heure. Certains attendant le soir avant le coucher du soleil. D’autres viennent ici à l’aube avec les pêcheurs. Chacun sa tactique. Chacun sa technique. Nous on aime quand la marée est basse et surtout pour des raisons de sécurité on préfère bosser le jour. On ne sait jamais, on trouve la pièce et quelqu’un vient nous la prendre en nous zigouillant. Tout peut arriver. Faut pas croire  que c’est un métier peinard. On les voit pas d’ici, mais il y a des gars qui guettent de loin et surveillent tout ce qu’on fait». Paranoïa de chercheurs d’or ? Vraie peur de se faire lyncher le matin très tôt par d’autres chercheurs ?

On ne saura jamais. Sauf que ce type de recherche est toléré par les autorités. «La police nous voit, mais on ne fait aucun mal. On cherche quelque chose sur une plage. On fait ce qu’il faut et on ne dérange jamais personne. On se fait petits et discret et la police nous laisse tranquilles. En tout cas quand on trouve une pièce, on est obligé d’aller la déclarer  pour la revendre à un musée», assène Aziz,  sûr de ce qu’il dit.

Sauf que ce métier ouvre grandes les portes aux trafics et autre contrebande. Aziz lui-même raconte que certains chercheurs ont eu recours à des receleurs, des intermédiaires, des collectionneurs pour des prix assez alléchants. Pièces anciennes en argent, morceaux de bijoux en or ou en argent, ce sont là les seuls objets que l’on peut trouver. Pièces françaises, pièces de monnaie marocaines anciennes, monnaies espagnoles et portugaises, il y a de tout sur les plages.  Quand on a la passion d’un chercheur de trésor, il faut juste débourser quelques centaines de dirhams pour acquérir un détecteur de métaux et aller marcher sur la sable en évitant les cris des sirènes et surtout les rumeurs des marchands de sable.

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