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Par:Haj Abdelmajid NEJDI

Si les Jdidis fréquentent encore de nos jours les hammams (bains maures), ils ne le font plus pour les mêmes raisons qu’autrefois. Ainsi, sa dimension sociale n’est plus tout à fait la même.

Le hammam est un lieu de palabres, un lieu intime où l’on se confie, et où règne au milieu des brumes parfumées une ambiance extraordinaire faite de bruits d’eau, de rires et de murmures. La tradition du bain maure remonte à plusieurs siècles. Elle est issue de la fusion des traditions grecques, romaines et turques. Avec l’expansion de l’Islam, le bain maure s’est imposé comme partie intégrante de la culture maghrébine.

À El-jadida, le hammam était une destination incontournable. Et si on remonte l’histoire, on se rend compte que le hammam a fait, de tout temps, partie des coutumes de toutes les familles Jdidies de toutes les couches. En tant que lieu public, le hammam était l’unique endroit où il n’existait aucune distinction sociale. Toutes les catégories s’y côtoyaient.

Selon Si Mohammed Ben Salah et Hadja Khaddouje Bent Abderrahmane Ennassiri: «Le hammam faisait partie de nos traditions, comme il était partie prenante de notre quartier. Une virée à l’intérieur de cet établissement méritait le détour. Le hammam se divisait en trois enceintes. La première appelée « Galsa » servait de salle d’attente. Un rideau y était accroché lors de la séance pour femmes. Il est bon de préciser que le hammam était un lieu que partagent les matinées les femmes et en fin d’après midi, voire les débuts de soirées, les hommes. C’est pour cela qu’un écriteau était placé juste devant la porte pour indiquer la présence d’une telle ou telle catégorie. La deuxième enceinte (Bit barad), où la température était un peu douce, était un espace où on se savonnait, se lavait et on faisait ses ablutions. La troisième salle est nommée « Bit eskhoun » ou chambre chaude était une salle ornée d’arcades au style mauresque. La température y variait entre 40° et 60°, saturée à 100% d’humidité. On y trouvait un grand bassin pour l’eau chaude. À signaler que les victimes de dépressions et d’angoisse, emmenées par leurs siens sur les lieux, « épousaient » le bien-être et la forme « mentale », une fois le corps et « l’âme » étaient au hammam».

Les femmes se rendaient toujours au bain avec une cousine ou une amie, parfois même en groupe. Le seau était un ustensile majeur dans le rituel du hammam puisqu’il contenait l’ensemble des produits traditionnels : le gant de crin (kisse) idéal pour le gommage corporel, le savon noir (saboune baldi), ghassoul (sorte de pâte noire très épaisse et onctueuse faisant office de savon), l’huile d’amande douce parfumée parfois à la fleur d’oranger (zhar). Par conséquent, le vrai rituel commençait dès l’entrée au hammam. Une femme se chargeait des vêtements et des affaires des clientes, une autre au comptoir pour leur donner des produits qui leur manquaient. À l’intérieur de la grande salle chaude du hammam, une femme, appelée tayaba ou kessala (masseuse) était chargée de masser et gommer à l’aide du gant de crin et de laver aussi les enfants. Si la tayaba jouait un rôle majeur dans le rituel du hammam, elle faisait office d’espionne pour certaines familles. Elle a toujours été respectée, car elle était au courant de tout et beaucoup d’alliances se sont faites grâce à son sens de la communication. Toutes les portes des maisons lui étaient ouvertes. Plusieurs accords de mariage se sont déroulés dans un hammam sous la conduite vigilante d’une tayaba. Les jeunes filles n’avaient pas le droit d’élever la voix au hammam, encore moins d’offenser la tayaba, de peur de ne jamais figurer sur la liste des prétendantes au mariage.

Pour les hommes, il s’agissait d’un homme assez costaud, un gaillard, appelé « Kassal». Cet homme avait une grande carrure, une bonne musculation et surtout un grand souffle, sachant qu’il passait son temps dans une salle à la température très élevée. Le « Kassal» se chargeait du massage et du gommage.

Le hammam augurait d’un espace de liberté qui permettait d’y discuter librement de sujets tabous, comme la sexualité, que les femmes ne pouvaient aborder chez elles. Ainsi, le hammam était à la fois un endroit intime et surtout de détente où toutes les filles apprenaient secrets de beauté et secrets de famille. Leurs mères leur transmettaient tous les rituels que leurs grand-mères leur avaient appris, des secrets de beauté, mais aussi des histoires de famille, qui se tissaient autour de ce lieu et qui n’étaient dites qu’entre les murs du hammam. Ainsi, les femmes ne pouvaient pas couper avec la tradition du hammam. On s’y rendait une fois par semaine dans le meilleur des cas pour de véritables soins beauté.

Le hammam incarnait aussi un lieu de réconfort, où la température élevée calme tensions musculaires et courbatures, permet d’éliminer les toxines, ramollit la peau. Le hammam était donc un peu le spa traditionnel. Mais aujourd’hui, la forme actuelle du hammam a totalement changé, le grand bassin est supprimé et remplacé par des petits éviers en marbre avec des robinets d’eau chaude et froide, épargnant ainsi aux baigneuses ou baigneurs l’effort d’aller chercher l’eau. Par conséquent, on va aujourd’hui au hammam pour se laver et sortir puisqu’il n’est plus un lieu de rendez-vous. Pourtant, hiver comme été, le hammam était très fréquenté.

Les hammams traditionnels d’El-jadida, véritables repères de l’histoire, sont presque tous aujourd’hui dans un état vétuste et nécessitent un peu d’attention de la part des autorités concernées par la sauvegarde du patrimoine, car c’est une véritable architecture qui dépérit.

Après la disparition de plusieurs bains maures tels Bourouah, Azzitouna, Lmatroussa, El Bazi, seuls Aâmara, Lachhab, Chraïbi, Sid Lyazid, Drayjate (Lihoud), El Kobba, Louraoui et El Mellah, qui ont chacun une histoire, un nom, résistent encore aux aléas de la vie. Ces hammams traditionnels ont une extraordinaire architecture qu’il serait criminel de ne pas s’y intéresser de plus près. Ils doivent faire l’objet d’une meilleure attention, et surtout d’une meilleure sensibilisation auprès de leurs propriétaires plus inquiets par le chiffre d’affaires que de l’entretien.

Baraka d’un hammam

Des études effectuées un peu partout dans le monde incitent certaines catégories de personnes qui souffrent d’anxiété, de stress, de déprime… à faire une cure thermale pour s’en sortir plutôt que de prendre des antidépresseurs dont les effets indésirables ne sont plus à démontrer. Et pourtant, ce n’est qu’une eau qui est en contact avec le corps de l’individu qui est derrière tous ces bienfaits sur son psychisme…Ce genre d’études démontre en effet l’intérêt médical du thermalisme dans la prise en charge du trouble anxieux où les psychiatres ont tendance à favoriser le thermalisme dans certains cas aux traitements médicamenteux.

 

 

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