El Jadida-Hay Al Matar : l’obtention de la garde de sa fille, pousse un homme à faire arrêter son ex-femme pour « zina »

Une femme divorcée a été arrêtée à Hay Al Matar dans la soirée du vendredi 27 août 2021, en compagnie d’un homme marié, sur plainte de son ex. 

Le divorce ayant eu lieu en fin 2020 et la garde de leur fille de 5 ans revenait de droit à la mère.

L’ex-mari, selon la plainte qu’il a déposée, aurait eu des doutes sur une éventuelle relation de son ex-épouse avec un homme marié et a continué à la surveiller et à suivre ses moindres gestes, pour obtenir une preuve de flagrant délit, lui permettant d’avoir la garde de sa fille.

Il est certes incontestable que l’adultère est un crime pour la charia. Il fait partie des crimes d’honneur et toute relation en dehors des liens du mariage est défini comme « zina ». Notons aussi que le droit marocain pénalise les relations extraconjugales dans les articles 491 et 492.

Cependant, il est des situations qui appellent à la clémence et à l’indulgence. Car au-delà des désaccords entre les parents, les enfants sont les réelles victimes des divorces et paient de leur épanouissement et de leur avenir les erreurs des parents et les conséquences de leurs mésententes.

Il est déconcertant de constater cette haine nourrie envers une femme avec qui on a passé tout un pan de son histoire personnelle et de sa vie et ce « complot » pour lui arracher la garde de son enfant.

Certes, nul n’ignore que le divorce et la séparation ont des répercussions directes sur le développement des enfants, qui entrainent des problèmes gravissimes tels que les difficultés académiques ou un taux élevé de comportements perturbateurs (consommation et abus alcool et de drogues).

Il faudrait donc tenter d’atténuer les discordes pour le bien des enfants, qui vivent mal le divorce de leurs parents et présentent souvent les taux les plus élevés d’humeur dépressive, une estime de soi plus faible et une détresse émotionnelle.

Loin de plaider la solidarité féminine, et à quelques exceptions près, la garde de l’enfant devrait toujours revenir à la mère, qui généralement, fait tout pour sauvegarder l’équilibre de son enfant.

Mais au-delà des considérations liées aux conséquences du divorce, la question qui reste soulevée est la vie personnelle d’une femme ayant la garde des enfants après le divorce.

Il faut rappeler que certaines affaires liées aux relations de couples en dehors des liens du mariage ont remis aux devants de la scène le débat sur la réforme du code pénal.

Le Collectif « le printemps de la dignité » qui est une coalition d’ONG qui défend  une législation pénale en mesure de protéger les femmes contre la discrimination et la violence, avait appelé à la dépénalisation de l’adultère et avait présenté une note sur les amendements à apporter au projet de code pénal notamment, les articles 491 et 492 qui incriminent l’adultère.

Plusieurs organisations féministes s’en sont saisi pour rappeler leur combat pour la dépénalisation de l’adultère et des relations sexuelles hors mariage.

Il faut rappeler qu’en 2018, 3 000 personnes ont été poursuivies pour adultère au Maroc, au regard des articles 491 et 492 du Code pénal, et les deux protagonistes ont dû écoper d’un an à deux ans de prison ferme. Des emprisonnements de parents à réprimander, certes, mais dont les conséquences sont néfastes pour des enfants en bas âge.

L’avocate et fervente militante dans le collectif « Printemps de la dignité » Khadija Rougani, avait déclaré lors d’une conférence de presse organisée le mardi 9 juillet 2019 « qu’on ne devrait pas criminaliser les relations consensuelles entre adultes, sans quoi une grande partie de la société serait en prison, la loi devrait être réaliste et conforme aux changements socioculturels que vit le pays.

Une déclaration qui comporte, qu’on le veuille ou non, une réalité qu’on constate tous les jours, vu les relations entre couples que le quotidien révèle et qui, avouons-le, se banalisent de plus en plus.

La dépénalisation des relations extraconjugales est une revendication que ce Collectif réclame depuis plusieurs années, au nom du respect des libertés individuelles. Selon ces adeptes, la loi ne devrait pas interférer entre individus adultes et consentants.

De son côté, Fouzia Assouli, présidente de la Fondation euro-méditerranéenne des femmes (FEMF) et présidente d’honneur de la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF), a soutenu à son tour, dans une déclaration au site Yabiladi, que « le Code pénal doit être fondamentalement revu, en raison de sa philosophie conservatrice, contre les droits humains ».

Elle dénonce le flou juridique qui entretient l’amalgame entre prostitution et relations sexuelles hors mariage.

Un débat qui n’a pas fini de défrayer la chronique surtout quand il s’agit de personnalités publics.

Un débat qui continuera entre les adeptes de la dépénalisation de l’adultère et des relations extraconjugales, et ceux qui prônent de s’en remettre à la chariâ.

Et dans ces conditions de polémique et d’avis et de contre-avis, l’intérêt des enfants continue à être bafoué tant que les désaccords entre adultes sont maintenus, et tant que leur débat n’a pas trouvé d’issue.

Khadija Choukaili

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