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El Jadida Scoop

En abordant un sujet aussi tabou que la prostitution, la principale difficulté à laquelle on est confronté c’est de nommer les choses par leurs noms. Des noms qui écorchent la langue, et qui écorchent en même temps nos sentiments, notre vision de ce phénomène ô combien connu mais très peu abordé, par pudeur, par timidité et peut-être même par éducation.

Bien que les mentalités aient changé dans notre pays, il n’en reste pas moins que le cheminement de la sexualité demeure oppressé, réprimé et même archaïque. Si bien qu’aborder ce sujet, relève de l’impudeur et même du manque d’éducation.

Lorsqu’il est question de sexualité, le langage sait se contorsionner pour expliquer les choses sans les nommer. Notre langue regorge d’astuces sémantiques qui nous enseignent que ce qui s’entend fort bien, ne s’énonce pas ouvertement, les interdits moraux et religieux nous imposent certaines limites. Mais prenons le taureau par les cornes pour décortiquer le quotidien de ces malheureuses femmes contraintes de vivre, à la longue, ce calvaire.

Que de noms n’a t on pas inventé pour les décrire. Ces femmes dont chacune cache une histoire poignante. Ces femmes qui pour assurer leur survie et celle de leur proches, se vendent pour quelques sous. Ces femmes dont le quotidien loin d’être une partie de plaisir (sans jeu de mots) est bel et bien une succession de situations où se mélangent maltraitance, traumatisme, et dans le meilleur des cas, humiliation.

On les appelle les filles de joie, les filles faciles, les dévergondées, les p…

Les maisons qui les accueillent sont appelées, paradoxalement, closes, tout en étant bien ouvertes à qui veut bien y pénétrer pour un moment dit « de plaisir ».

Que de souffrances subissent ces femmes entre les murs bien clos où se passent tant de choses. Plaisir pour certains et calvaire pour d’autres. Ces malheureuses se parent de leur accoutrement « indécent » pour procurer quelques instants de plaisir à des mâles assoiffés de satisfaire leur désir bestial. Et paradoxalement, ce  « métier » dit, de plaisir ne représente pour elles que tortures et douleurs de toute sorte.

Leur supplice quotidien est d’être confrontées à de parfaits inconnus, dont, des abjects et des immondes auxquels elles doivent se soumettre et subir parfois les pires humiliations, tout en s’exposant à des risques certains de maltraitance et/ou de maladie.

C’est en passant dernièrement par »Derb 3annagni » près de la souika d’Allah Al Kasmi, et en remarquant ces femmes légèrement vêtues, en train de faire discrètement du racolage, que la réflexion sur ce sujet m’est venue à l’esprit.

Chez les habitants de cette ville, particulièrement les plus de 40 ans,  nul n’ignore ce qui se passe à « Derb 3annegni », mais tout le monde passe son chemin en feignant de n’avoir rien vu ni entendu. Les statistiques indiquent qu’en 2017, 1,3% des prostituées marocaines ont été atteintes du virus du SIDA.

Les risques engendrent également  leur confrontations aux autorités qu’elles doivent contourner. Elles sont contraintes de subir aussi le mépris des citoyens à leur encontre qui n’est pas sans conséquence sur leur amour propre, qui, à  force, devient malheureusement impropre et leur fait perdre jusqu’à leur dignité.

Loin de vouloir faire l’avocat du diable, il faut se rendre à l’évidence que pour la majorité d’entre elles, ce choix leur a été imposé par les circonstances socio-économiques. Le vécu qu’elles trainent dénote la terrible souffrance  que chacune à dû subir. On côtoie parmi elles, les orphelines en bas âge qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans foyer, les mères célibataires, les répudiées, les veuves, les violées,  et puis celles qui se sont même essayées aux travaux de femmes de ménage ou tout autre activité qui s’est avérée très mal payée…

Ces filles de joie ont plutôt une vie morose à la place de la vie en rose dont elles ont tant rêvée. Leur quotidien est semé d’embûches et chaque jour leur réserve son lot de mésaventures et de problèmes. Leur avenir est toujours incertain, car, hélas, imprévisible.

Que dire ? Sont-elles à blâmer ? Sont-elles à mépriser ? Sont-elles à condamner ou à défendre ? ou encore pire… sont-elles à proscrire ?

La seule certitude est que leur situation est inadmissible et loin d’être enviable. Elles survivent, tant bien que mal, dans un monde sans pitié, un monde où règne la loi de la jungle et où elles espèrent retrouver un jour un semblant de dignité.

Accordons-leur, au moins  le bénéfice du doute que la vie ne les a certainement pas épargnées, et que, sous d’autres auspices, elles parviendraient certainement à changer  leur destinée.

 

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