El Jadida : Des motards en folie

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Par: Abdelmjid Nejdi

Un son strident qui s’approche, le tympan surexcité, faites gaffe : c’est une motocyclette préparée justement pour produire cette pollution sonore. Favorisée par une topographie aux « platitudes » avérées, les « bi-roues » de la déchéance circulent partout dans la ville d’Eljadida

Même à l’approche d’un barrage de sécurité, le bipède conducteur de la bi-roue ne fait pas grand cas de la présence de l’agent de l’ordre, provoquant ainsi, crescendo, la hargne micmac-tectonique de sa moto. Au contraire, des coups saccadés d’accélérateurs hâtent, dans l’implicite du message gestuel évident, l’agent de l’ordre à laisser libre la voie, et plus vite que ça, à ces tournées assourdissantes qui suscitent au quotidien le mépris, l’indignation et l’ahurissement des populations jdidies en quête de virées nocturnes paisibles. Ainsi, environ 65c/o des accidents, enregistrés à Eljadida sont causés par des vélomotoristes. Par ailleurs, l’excès de vitesse, slalomer entre véhicules en déplacement et se frayer des brèches de chemin entre les passagers, en dehors des désagréments produits, des accidents, parfois mortels, sont enregistrés par moments. C’est ce qui est arrivé à une jeune lycéenne qui a trouvé la mort , il y q deux ans,près du nouveau Palais de Justice de la province tandis que le motard s’est enfoui après avoir percuté de plein fouet une voiture. Des gamins percutés ou encore télescopage en direct contre des obstacles fixes ou en mouvement sont autant de cas relevés à longueur de la semaine, surtout au niveau des points de jonction des chemins de quartiers et des routes ou au niveau des carrefours. Cela s’explique par le fait que les bruits assourdissants émoussent la capacité de contrôle et de maîtrise du mouvement ainsi que la reconnaissance et l’appréciation en temps réel de l’espace et des orientations à prendre.

Avenue Ibn Khaldoun, Mohammed V, Mohammed VI, Nabeul, Ibno Badiss, Jabrane Khalil Jabrane, places Abdelkrim El Khattabi, El Hansali, quartier Lalla Zahra, les quartiers du Plateau et Sâada, la route de Sidi Bouzid ou même le centre-ville d’Eljadida sont autant d’endroits où circulent à l’aveuglette des coups d’accélérateurs, échappements rasés à même le moteur, des écervelés en euphorie de vitesse. Les « Pauvres » habitants de ces endroits ont aussi, comme leurs semblables des quartiers huppés, le tympan fragile. Il faut tracasser dans leurs retranchements ces arrogances. Entre

70 et 45 décibels, respectivement le jour et la nuit, ces normes de sonorisation s’avèrent largement dépassées en l’absence d’actions coercitives pour rappeler à ces « Producteurs » de surdité chronique qu’il ne faut pas trop faire hurler leur « Take May Brother Way, non pardon, cela n’a rien avoir avec la Harley Davidson ». De nombreux citoyens crient chaque jour haro sur le big-bang quotidien des « pétaro-cyclettes » pour dénoncer ce phénomène, qui se contredit avec le minimum du civisme, sont restées lettre morte. Et ce, sans parler « des violations» des sens interdits, au vu du visu, s’apparente parfois à une sémantique de non sens. Sens dessus, sens dessous, les conducteurs de motocyclettes ne font pas souvent grand cas du sens aller, du sens retour. Ils pointent de partout et surgissent parfois même du néant, attention ça sillonne tous azimuts. Un guêpier tendu ces derniers jours, par les forces de l’ordre sur la place Mohammed V s’est soldé, dit-on, par la mise hors d’état de « déflagrations quotidiennes » d’un lot important de « pétaro-cyclettes » pour diverses infractions commises, même les grandes cylindrées de luxe n’étaient pas, cette fois, absoutes de cette opération de décontamination de la pollution sonore même si le motard est un fils à papa. Cependant, il faut aussi signaler que certains agents de la police font des dépassements allant même jusqu’à réprimer les propriétaires de motos même s’ils sont en règle et roulent tranquillement, comme fut le cas ces derniers jours sur la route de Sidi Bouzid lorsqu’un un agent a arrêté et a embarqué deux jeunes, un garçon et une fille tout en disant à cette dernière « âakli âliya mlih (rappelle-toi bien de moi !». N’était-ce pas un acte de vengeance de cette pauvre fille ? Nous ne sommes pas contre l’application de la loi, mais elle doit être appliquée dans le bon sens et avec conscience. N’est-ce pas, monsieur le commissaire central ?

Bref, si le terrorisme routier fait 4000 morts/an et constitue au regard des chiffres un fléau à l’échelle nationale, nous ne nous étonnons pas que l’on parlera demain aussi de la surdité comme un fléau de santé publique, de surcroît qu’un « ventre affamé n’a point d’oreille ».

Motards en folie

L’image des motards en folie est souvent synonyme d’inconscience, de violence, mais aussi de liberté, de solidarité, de passion. C’est précisément ce qui rend les motards si différents, si inaccessibles et tellement difficiles à comprendre par tout le monde. Autonomes, libres et ignorant les règles routières, les motards sont souvent qualifiés de fous ! Ces personnages n’ont souvent pas conscience des risques qu’ils prennent. Leur vie est souvent en jeu. C’est pourquoi les notions de prise de risque, inconfort, rébellion viennent poser une question essentielle: Pourquoi ces jeunes sont-ils, dans une certaine mesure, disposés à enfreindre les lois?

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