El-Jadida des années soixante : Lebbar-Jack Lamotta, Marcel Cerdan-Le « Beauxeur » -montée-KO-, p’tit Omar

said112La photo à la base de cet écrit

el jadid.MARHABA

Par:Said E. Cherkaoui…Fils de la Perle Bleu de l’Atlantique, Mazagan, ma Demeure reste fondée et enracinée dans les profondeurs de tes sables éternels et parmi tes murs anciens et nouveaux comme une enclave érigée dans le territoire de ta pensée libre et de celle de tes enfants exilés.

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Ma grande Sœur Lalla Khadija Cherkaoui, Madame Bouafi, nous envoya cette photo paradoxale de destruction et de renouveau du berceau du paysage Mazaganais.

Afin de sauver les gouttes de sueur des générations précédentes de la sécheresse des bulldozers, je décidai d’écrire cette vision de notre Passé Simple, de notre Mémoire Tatouée et d’offrir ici un Hommage à ces deux géants de la littérature Mazaganaise tout en créant une auréole autour des personnalités de notre Cite.

Cette vue m’inspira d’écrire sur les murs tombés de cette demeure, mes pensées sur des personnages qui avaient vu déferler leurs silhouettes et leurs ombres sur ces mêmes murs, sans peindre leur empreinte dessus, comme graffiti sur notre passé simple mais qui ont accompagné notre marche vers la confection d’une mémoire tatouée par leur personnalité unique.

Ici je rends hommage a deux piliers de nos fondations littéraires en l’occurrence Driss Chraibi, dont la famille était amie de mon père et dont  mes cousins Cherkaoui de Marrakech avaient une Mère Chraibi aussi et Abdelkebir Khattibi, notre Ouled Fassi, notre voisin du quartier Sfa, dont le Père était l’un des piliers du commerce des graines a Mazagan.

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 Mon récit est le suivant :

Entre la Composition de notre Passé Simple et l’Effacement de Notre Mémoire Tatouée : les Deux Piliers de notre pensée Libre mais figée dans le Devenir de la Peuplade de Mazagan – El Jadida:

La piscine partie sous les flots de la concentration et la spéculation urbaines de piscine?  Aie Aya Aye quel gâchis?  Ils vont construire un immeuble et Hasta la visita a cette vue panoramique des Palmiers de la Polynésie que tous le Visiteurs étrangers de Mazagan-El Jadida décrivaient comme la villes des Cocotiers.  Hey, on est en Afrique, eh bien avec notre politique de promotion du tourisme aveugle et ignorant, on abouti a recevoir des stéréotypes, il ne manquait à la description que les singes.

La Réalité des Personnages de Mazagan :

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 La déformation de l’image de Mazagan est aussi héritée de la période durant laquelle le Marocain était tellement petit que son Journal Principal s’appelait « Le Petit Marocain » et celui qui avait sa distribution dans les rues de Mazagan s’appelait aussi et par extension  « P’tit Omar, »

Quand  » P’tit Marocain » ne pouvait plus fréquenter et remplir les bars tous les jours et la Vigie Marocaine tous les soirs et assouvir les soifs du savoir dans des virées nocturnes, pleines de dérapage, de bières « Stork »  (Aicha Touila), Doumi (Dam Al Keleb) et Chaud de Soleil, (Bou labbader),  « P’tit Omar » perdit sa fonction de distribuer les nouvelles et se reconvertit dans la vente sur des plateaux et des cônes de papier blanc, les amandes et les arachides grillées. Une conversion des bars et des épiceries d’alcool et une conversion des professions subalternes adjacentes.

Durant la même époque, la Boxe et le Catch rejaillissaient à Mazagan comme des leviers sociaux, pour atteindre la renommée civile. Et  des substitutions économiques à d’autres professions, condamnées à la disparition.

el.bureau.arabe (2) Lebbar-Jack LaMotta, le Gardien des Espaces Verts, des Cultures Pugilistes Universelles :

A cette époque, on identifiait les boxeurs par la forme de leur visage et surtout de leur nez, qui devait porter les marques  des coups de poings reçus sur le ring.

Un jour, quelqu’un arriva dans une salle de boxe et demande à devenir  boxeur. L’entraineur lui demanda s’il est prêt à se faire aplatir le nez à n’importe quel moment.

S’il dit non, il savait d’avance que l’entraineur allait lui montrer le chemin de la sortie.  Et que S’il est déterminé, quels qu’en soient les conséquences, l’entraineur lui permettrait d’intégrer le club.

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Ayant accepté, en dépit des risques, l’entraineur le laissa s’entrainer   tranquillement afin de lui faire  aimer ce sport Et lorsqu’il le jugea suffisamment prêt , il le mis enfin devant le sac, pour lui apprendre à  maitriser l’esquive et la riposte.  Et c’est au moment où le nouveau prétendant  pense qu’il est en train d’apprendre les premières ficelles du métier  que l’entraineur et son assistant se mettent à lui balancer ce même sac sur le visage.

C’était leur manière pour baptiser un boxeur.  Ensuite, suivent, le saut à la corde, puis le ring

Cette marque apposée sur le visage (aplatissement du nez), était le logo de reconnaissance physiologique des boxeurs.  A Mazagan, la seule personne qui pouvait avoir des stigmates d’un tel genre et portait les médailles des combats antécédents sur la face comme dans sa démarche était notre Grand Oncle Lebbar.

On avait appris de lui des choses que personne d’autre, ne pouvait nous inculquer, surtout après avoir remplacé, un ancien membre des Tabors Marocains : Si Abbas,  pour le gardiennage du Parc Lyautey.

Auparavant, Lebbar fut adopté par mon père jusqu’à son âge  adulte.  On avait peur de lui par respect et aussi, parce qu’il était un Boxeur et gare a celui qui lui cherchait noise, car c’était un Oncle de grande taille. Et lorsqu’il nous faisait face, il commençait immédiatement par nous balancer des coups, pour voir si nous pouvions les esquiver et les parer.  C’était sa manière de jouer avec nous et de nous apprendre à se défendre.

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En dehors de cet épisode d’entrainement et de jeu, il était tendre comme un agneau et  gardait des bonbons pour nous.  Ils les achetaient d’un carrosse blanc qui stationnait tous le temps devant le Parc Lyautey.

Ces « écarts » honorables de notre Oncle Lebbar,  nous avaient permis de comprendre le sport a travers ses témoignages.  Lebbar était une encyclopédie vivante du noble art.  En fait, c’était Lebbar qui nous raconta la vie de Marcel Cerdan que nous ne connaissions pas.  C’était Lebbar qui nous racontait la vie de Jack LaMotta.  C’était Lebbar qui nous introduisit dans les coulisses de la boxe et par extension dans le domaine de la chanson et du cinéma français adjacent, jusque’â même Maurice Chevalier et Edith Piaf.

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Lebbar parlait le français comme un Parisien, il mâchait ses mots et  nous,on croyait que c’était une déformation supplémentaire, due à la pratique de la boxe.   Que non, c’était juste la manière des Durs de Paris, ce que je découvris par la suite, dans les films noir et blanc et à Paris même.  Lebbar était le Parisien de Mazagan et notre Beauxeur de la première Heure.

Lebbar ne voulait nullement retourner au ring et avait définitivement accroché les gants.  Il restait une référence et ne voulait nullement devenir complice d’une dégringolade sociale.  Par contre, la Boxe restait attirante pour les individus cherchant une voie de mutation et une issue à leur misère.

Reconversion : de simple cireur, à un « Bombardier Marocain » – Un Mirage des Açores:

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Situé juste entre le Magasin de Hassan, oû on pouvait être l’éminent acheteur des slips « éminence made in France » et le Café du Commerce, tenu par Robert Puglisi, un Adroit Cireur réalisa  que l’exemple de Marcel Cerdan peut être réalisé a Mazagan et que la Boxe, pouvait lui fournir un meilleur tremplin social que ces étourdis-ivrognes, qui ne se souciaient que de  la brillance de leurs chaussures.

Il y avait un air des Folies bergères, puisque la plupart de ces ivrognes avaient en fait, perdu leur boulot de Bergers dans les campagnes de Doukkali dorénavant envahies par les méthodes modernes d’élevage et par la construction de canaux d’irrigation qui ne nécessitaient plus dans certaines régions le voyage quotidien au puits attitré du Douar.

Notre Cireur voulait donc, redorer son blason et identifia dans la pratique de la Boxe, le moyen de percer dans la société.

C’était un jeune homme qui n’avait pas du tout l’air méchant et malgré son manque d’agressivité, il décida d’imiter  Marcel Cerdan dans sa préparation. A son avantage, une allure à la Rocky Balboa. Il faut dire qu’il était Doukkali, pur jus, et que de ce fait, il était plus grand de taille que Marcel Cerdan et Silverster Stallone.  Il  était aussi blanc que la neige. On aurait dit  un Suédois.  Grand avec des épaules larges, fruit d’un travail acharné et d’un labeur répétitif, plutôt que d’une quelconque préparation physique  dans une salle des sports.  En fait, il était naturel, sous toutes les coutures.

Il opta donc, de participer au premier rendez-vous  de boxe à Mazagan et organisé a la Salle des Sports par des promoteurs venus d’autres  villes et d’anciens boxeurs à la retraite.

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Les rouages de la machine pour la fabrication des champions :

Notre Cireur, le Nouveau Beau Marcel, avait déjà un sparring-partner  de taille dans les bas fonds de Mazagan, en la personne d’un Jeune, du nom de H’sina.  En effet, le premier boxeur qui passa par Dar AChabab à Derb Hajjar était H’sina. C’était la Nouvelle terreur montante du Souk Kdim, un copain de FFikya,  autre colosse de la Kissariya des Atara, devant le Souk des Blaghiya (commerce des babouches) et le Foundouk de Ch’rifa Fatima Adlouni, mère d’un autre géant du Souk également et frère de Larbi, un de mes grands copains des bancs du collège Poly.

Dans cet univers où a baigné H’sina depuis son jeune page, existait une rivalité inter-quartiers : Souk Al Kadim-Derb Hajjar et Lalla Zahra-Derb Ghalef-Moulha…  Nous dans les Quartiers de Hwira, Sfa et Derb Berkawi et Brarek, nous étions plutôt portés vers le sport, et cela au vu, peut être de notre environnement adjacente à la plage, la Salle des Sports, Nour el Kamar, Saniya Khawiya et le terrain de football (El Abdi).  On n’avait que l’embarras du choix. D’ailleurs, nos prestations sportives étaient honorables.

On avait aussi pour habitude, de côtoyer les jeunes du Kalaâ et de la Cité Portugaise, avec qui on maintenait des liens très amicaux.

Dans ce prochain combat de l’élite pugiliste de la médina, on optait pour la neutralité, puisque nous respections les deux parties sur le ring.  Pour cela, on eu accès au spectacle gratuitement.  C’était la meilleure manière pour avoir la paix dans les gradins et autour de la salle des sports qui se trouvait et se trouve toujours à la limite de nos quartiers respectifs.

Notre Cireur voulait occuper la tête d’affiche et se faire reconnaître comme le Nouveau Lebbar de la ville de Mazagan et un futur Marcel Cerdan chez les amateurs de la Boxe locale.

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Pour mieux marquer la différence, on surnomma notre cireur, le Marcel de Masagan, par opposition au vrai Marcel de Casablanca

Juste avant le combat, des pourparlers eurent lieu, dans les vestiaires. Et comme par magie, on changea le programme des combats.

Face a H’sina, les organisateurs choisirent un débutant qui  allait se révéler  assez coriace et H’sina eut de la peine à remporter la décision finale face a ce « boujadi ».  En fait, les arbitres favorisèrent H’sina  et il gagna finalement par les points.

Le public était à ce moment aux anges et cherchait l’apothéose avec le boxeur suivant de Mazagan. Il soutenait de toutes ses cordes vocales notre Marcel, surtout que qu’il doit maintenant faire face a un Boxeur expérimenté ayant sous sa ceinture plusieurs combats.

L’entrée Fracassante de Notre Cireur – Marcel Cerdan :

Notre Cireur  était  favori, pour nous, puisqu’il était affable, d’une gentillesse sans commune mesure et dont les frères étaient mes amis.

Après la victoire donc  de H’sina, le public était emporté et avec nos cris d’encouragement, notre Marcel de Mazagan commença à sautiller sur les pointes des pieds comme disait Mohammed Ali, comme une abeille.  Cependant, avec cet emportement, il dansait avec ses pieds et oublia de monter sa garde.  Il fut cueilli d’un direct qui l’envoya directement au tapis.

Un silence a envahi la Salle des Sports.  Notre Marcel ne bougeait plus, on comptait plusieurs fois le 8 fatidique et notre Marcel était toujours aux vapes. Lui qui  rêvait d’être un brillant pugiliste.  La blancheur de son corps allongé sur le tapis, rendait la scène  macabre pour le devenir du pugilat à Mazagan.  Ces gants étaient énormes, tellement grandes pour sa profession antérieure, qu’il ne pouvait plus faire étalage de sa dextérité entre les cordes du ring. Lui qui avait une souplesse des doigts sans égales avec la brosse et les lacets (cordes) des chaussures.

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Un rêve prit fin, une nouvelle profession qui s’évanouissait …  Il sombra dans un sommeil profond,  emportant  notre rêve loin des rivages de Mazagan.   Personne n’a vu venir ce coup magistral, même pas les arbitres.  Les commérages allaient bon train.

On  a dit que notre Marcel fut payé pour se coucher sur le tapis.  Il était fatigué, le pauvre, après toute une journée à renifler le cirage.

Il a suffit d’un seul coup, pour qu’un rêve se brise.

L’émergence du Nom et la Conversion de « Monté KO » a El Jadida :

Depuis lors, les Mazaganais le surnommèrent « Monter Kawe – Monter K.O » et cela dans la lignée de la tradition populaire.

Depuis ce jour, il n’a jamais repris ses sens, ni sa clarté.    Progressivement il mit de côté son métier de cireur, évitant par la même occasion les moqueries des passants et principalement celles  des ivrognes qui sortaient du Café du Commerce.

Le paradoxe de ce surnom, c’est que bien que perdant  le surnom  de Marcel, il devint vraiment  populaire suite à cette brusque et étincelante apparition sur le ring.

La Stratégie de Transformation des Moqueurs en Clientèle :

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En fait, Monte KO était devenu le premier Pugiliste Mazaganais mis KO au premières secondes d’un combat. Mais malgré cela, il continua à être chéri et reconnu  comme une Grande Star de Mazagan.   Il a eu le courage de combattre un chevronné de la boxe, que les organisateurs  lui désignèrent à la dernière minute.  Il n’hésita pas et ne recula pas et monta sur le ring pour décrocher un titre de combattant et non seulement de boxeur. Ce titre était effectivement « Monter- KO»  qui mettra une  épaisse couche de cire sur sa profession précédente.

Désormais, plus personne ne le désigna  comme  Cireur, mais comme un boxeur d’élite qui eu la malchance de tomber sur le ring, parce qu’il tomba sur des manipulateurs, dans les vestiaires.

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Le Vent du Changement, du Ring a la Concurrence Marchande Ambulante :

Notre BeauXeur décida de faire comme « le Petit Omar », au lieu d’être tout le temps le porteur des nouvelles sportives de la Boxe et de faire partie de l’ancien « Petit Marocain », surtout dans sa rubrique des Faits et méfaits, il décida une reconversion a la « Petit Omar»  et commença à sillonner les bars, le Club Nautique avec un  plateau fourni d’ Amandes et de cacahuètes grillées, tout en y ajoutant, des bonbons, du chocolat et des chewing gum.

« Le Petit Omar » avait dorénavant un sacré concurrent, avec une audience saoule qui chantait l’exploit de notre Montée – KO et l’invitait à la joindre pour écouter sa version de son combat.

Pour sauver son affaire de la nouvelle concurrence de Montée KO.  « Petit Omar » avait comprit, que s’il ne faisait rien, il sera terrassé par Montée -KO.  Il était urgent de prendre une initiative et essayer de contrer ces « punchs » publicitaires, sinon le « Petit Omar » sera obligé de jeter l’éponge.

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La Mythique Salle des Sports (Première salle couverte du Royaume)

 La base des lecteurs du Journal n’était plus dans la rue comme dans le bon vieux temps, un seul journal par Café couvrait tous les besoins.

« Le Petit Omar » eu l’idée ingénieuse de fréquenter le stade de foot et à chaque fois que le Diffaâ jouait a domicile, il se plaçait derrière les filets du gardien de l’équipe visiteuse.  Chaque fois que le ballon se perdait derrière les filets, « Petit Omar » lui courait après, le récupérait et avant de le remettre au gardien, il l’embrassait fortement en priant et disant au ballon : « ne te perds pas comme ça, rentre dans les filets, ne viens pas me voir comme ça ».

Quand un but est marqué, le nom de « Petit Omar » est scandé par le public et quant un but  tardait a se réaliser, le nom de « Petit Omar » est scandé aussi.

« Petit Omar » était le premier a Mazagan de faire le transfert du ramassage de balles du tennis du Parc Spiney et l’Hotel Marhaba, au terrain de football. Peut être même le premier Marocain à faire ce travail qui était en fait bénévole. Tout ce qu’il recevait en échange était d’assister gratuitement au match. Et cela â côté d’une autre figure historique de Mazagan, le photographe d’en face de cinéma Taj -Rif et de l’ancienne gare routière, Abdellah Souware ( le photographe).

Abdallah était  le seul photographe pouvant s’asseoir derrière les filets de Ben Mhamed El Abdi, le gardien du DHJ.

Ces passages  sont des clichés et des photos de notre mémoire  et que les bulldozers avaient ensevelies sous terre. Comme cette image de la destruction de cette villa, qui date du temps de notre enfance.  Ce n’est pas seulement des villas qui changent, c’est toute une mémoire, tout un repère qui disaprait avec.

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Hasta la visita Mazagaoa, Hasta Luego Mazagan et Rebonjour La Nouvelle Mazagan avec des Casinos pleins d’ivrognes suicidaires mais sans « Petit Omar » ou « Montée KO».

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