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Par: Driss TAHI

A El Jadida, la côte nord prend naissance à la limite du môle du port et du mur d’enceinte du Mellah.

elle s’allonge sur une ligne tortueuse sur plus de cinq km qui débouche sur l’tata02entrée de la célèbre station balnéaire Sidi Bouzid , en passant devant le grand et mythique quartier Sid Daoui et le tombeau de son marabout , puis elle longe le non moins célèbre quartier Mouilha, connu surtout pour son légendaire phare: « phalora « qui surplombe une grande partie de cette côte où le rivage se distingue nettement , sombre à marée basse , inhospitalier et infréquentable.

Absolument rien à avoir avec les superbes plages au sable fin et doré à Haouzia ,  Deauville ou Sidi Bouzid qui grouillent de monde en été ,et qui se trouvent juste à quelques encablures de ce malheureux site.

Quand la mer se retire à marée basse, l’espace qui se découvre laisse apparaître une surface au relief rocheux, caillouteux, et un sol argileux, où l’on aperçoit par endroits les vestiges d’une écluse « mochkira » datant de plus d’un siècle (fameux piège à poissons fait de murets en pierre en forme de fer à cheval, utilisé avant l’apparition du filet en nylon)

tata01Pas la moindre trace de sable ; en somme rien d’attrayant pour les promeneurs, encore moins pour les baigneurs qui ne s’y aventurent jamais.

avec son aspect informe cette partie du littorale représente son coté agressif.

la face lépreuse de la ville, d’où se dégage un aspect d’une âpreté telle qu’on évite de s’y arrêter , et qui est par conséquent impropre à la baignade.

Une route qui suit sa courbe, et une corniche ont été aménagées dernièrement à coup de millions de dirhams dans le but de mettre cette côte en valeur, mais rien n’y fait

Pour les estivants le paysage demeure sans importance. C’est l’horreur même à certains points accentuée par le mauvais traitement qui lui est infligé, par les tas d’ordures et les déblaies du bâtiment qu’on y déverse sans arrêt ça et là, et les odeurs fétides qui en résultent. De l’incivisme , et le vandalisme de certains citoyens qui s’ajoutent à la passivité manifeste des autorités .tata00

Cependant, ce rivage même dédaigné par tous, il n’en demeure pas moins une mer et un champ pour les travailleurs d’un genre spécial, ceux qui triment des heures durant en mer sans être marins. Des corps sans visages enfouis à moitié ou jusqu’au cou dans les eaux parfois très froides et boueuses de l’océan.

des pêcheurs sur chambre à air qui bravent les vagues, et d’autres sur échasses face à tous les imprévus, les ramasseurs et ramasseuses d’algue marine avançant difficilement dans l’eau sous le poids de leurs ballots. Les chercheurs en sous sol qui creusent des fosses  dans la glaise à la recherche du fameux ver « bokho » très prisé comme appât pour la pêche à la dorade. Les nombreux chasseurs de poulpe. Tout ce monde s’active et fourmille sur un terrain source de vie certes, mais combien dangereux parce glissant, où au moindre dérapage on se retrouve les quatre fers en l’air, le corps charcuté par les impitoyables bords coupants des rochers, avec des blessures parfois très graves.

tata03Aussi, seuls les plus intrépides et les plus aguerris osent s’y confronter.

Rien de surprenant au fait, puisqu’il s’agit là des habitants des quartiers front de mer, ceux qui se considèrent comme étant les propriétaires de cet espace marin  « moualine Labhar » , une chose que personne d’ailleurs ne conteste.

M’hamed septuagénaire est l’un d’eux ;

« Enfant, dés que j’ai pu marcher je me suis retrouvé dedans. C’est mon école, mon lieu de travail. Tout ce que j’ai appris durant toute ma vie me vient d’ici « , pointant la mer du doigt.

M’hamed est une sorte d’épave maritime qui s’accroche encore à la mer, comme le coquillage au rocher. Trainant depuis des années déjà un corps affaibli et rongé par des maladies contractées à force de contact quotidien avec l’humidité et le froid des eaux, surtout en hiver.

Malgré son âge et son état de santé Il compte encore sur ce qu’il appelle « labhar  » pour nourrir les siens, « même si je n’en tire que des clopinettes … »disait ce vieux loup de mer du haut de son échasse, fatigué après qu’il eut pratiqué durant longtemps toutes sortes de pêches, et par tous les temps.

L’échasse est une invention artisanale récente qui a vu le jour il y a juste quelques années, depuis que le poisson à commencer à fuir les bords de mer à cause de la pollution et la surpêche

Une structure en acier ou un poteau de plus de quatre mètres de haut placé à un endroit bien choisi et avancé en mer, à une centaine de mètres du bord ,et dont l’embase est scellée au béton avec du ciment marin ,et calée avec de grosses pierres ,avec au bout un siège . le pêcheur s’y installe à marrée basse avec son attirail et ses provisions, il y reste jusqu’à ce que l’eau baisse. cinq ou six heures perché dans la position d’un arbitre de tennis, utilisant une canne pour la pêche à la touche, et une autre pour le lancer.

« Les prises ne sont pas toujours fameuses, elles sont maigres parfois mais on ne rentre jamais bredouille », lance M’hamed avec un sourire qui laisse apparaitre ce qui restait de ses dents.

Et d’ajouter : «le spectacle des pêcheurs perchés sur leurs échasses, et dont le nombre augmente chaque année un peu plus, pourraient devenir une attraction pour les touristes, et du coup les autorités seront obligés de regarder de ce côté. Qui sait ?  »

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