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Par: Khadija Choukaili

Que dire de cette catégorie de personnes, à besoins spécifiques, et qui bien que  citoyens à part entière, ont malheureusement eu la malchance de naître et d’évoluer dans un pays où même ceux qui bénéficient de toutes leurs capacités physiques et mentales, ne jouissent pas pleinement des droits que leurs garantit la constitution ?

Et que dire quand il s’agit de citoyens ayant eu également la malchance de naître dans une petite ville, riche en ressources naturelles, certes, et en plein essor économique aussi, mais qui ne tient nullement compte du bien-être de ses citoyens, qu’ils soient en possession de toutes leurs facultés ou qu’ils aient une quelconque incapacité.

J’ai nommé El Jadida, où tous les droits sont bafoués, surtout ceux des personnes dans l’incapacité, aussi bien physique que mentale, pour les défendre.

On ne peut que constater que la nature ne les a pas gâtés. Quand ils ont une incapacité physique, chacun de leur déplacement devient un vrai parcours du combattant, car toutes les infrastructures sont prévues pour des individus bien portant.

Et quand ils ont une incapacité mentale, leur rejet devient flagrant, et le mépris se lit sur le visage de ceux qui les côtoient et qui se croient « normaux ».

Il faut se rendre à l’évidence que même quand les lois existent, elles ne sont pas respectées par manque de mesures coercitives. Seules les familles qui comptent parmi leurs membres, des personnes portant une déficience, peuvent ressentir cette impuissance devant l’état de leurs proches.

La loi, 10-03 relative aux accessibilités, instaure l’obligation de l’Etat de prévoir des dispositions relatives à l’accessibilité dans les règlements généraux de construction, sans pour autant prévoir de mesures coercitives en cas de non-respect de ces normes.

Par ailleurs, la loi fondamentale que garantit la constitution a bien banni la discrimination fondée sur le handicap. Elle a prescrit, certes, des mesures positives pour lever les préjudices subis par les personnes en situation d’handicap en tant qu’individus vivant en société. Mais sur le plan pratique, on ressent leur exclusion et les droits auxquels ils prétendent sont souvent bafoués.

En effet, l’article 34 fait obligation aux pouvoirs publics d’élaborer et de mettre en œuvre les politiques visant à réhabiliter les personnes en situation d’handicap et à garantir leurs droits.

C’est un principe constitutionnel, certes, et l’Etat est donc appelé à remplir ses obligations conventionnelles et constitutionnelles en concertation avec les organisations des personnes à mobilité réduite. Cependant, le handicap ne se limite pas aux personnes souffrant d’incapacité physique. Car celles ayant une déficience mentale se comptent en milliers et le degré de leur handicap varie d’une personne à l’autre, sachant que ces citoyens peuvent accomplir des tâches manuelles à la perfection.

Pourtant cette catégorie de personnes est en perpétuelle accroissement, suivant ainsi la situation démographique. Et d’après les résultats de l’enquête nationale sur le handicap réalisée du 1er au 30 juin 2014, un ménage marocain sur quatre (soit 24,5%) compte en son sein au moins une personne en situation de handicap, sur un total de près de 7,2 millions de ménages. En tout, 6,8% des Marocains, soit près de 2,3 millions de personnes, ont déclaré avoir des incapacités selon différents degrés, sur une population totale de référence de 33.304.000.

Nul ne peut contester les efforts déployés pour l’intégration, dans certaines grandes villes du Royaume, de cette catégorie de personnes afin de lui assurer une vie plus ou moins décente.

A Salé, à titre d’exemple, le Centre d’Insertion et d’Aide pour le Travail (CIAT), vise l’intégration socio-professionnelle des jeunes en situation de handicap mental. Il dispose d’ateliers de production agricole et horticole, de services de restauration et de boulangerie-pâtisserie, d’espaces de conditionnement et de commercialisation des produits du centre, d’un atelier de montage de chaises roulantes… Diverses activités professionnelles sont proposées à une cinquantaine de jeunes hommes et femmes qui ont intégré le centre dans le but d’apprendre un métier leur  permettant d’avoir une certaine autonomie financière.

Cependant, les disparités sont flagrantes quand on s’éloigne de ces handi5grandes villes où les associations d’insertion des personnes à besoins spécifiques foisonnent.

Qu’en est-il à El-jadida où les associations pour ces citoyens sont presque quasi-inexistantes ?

Les familles se retrouvent du jour au lendemain devant une situation où leurs mains sont liées par manque d’infrastructures adéquates.

Les plus démunis sont parfois contraints de garder leurs enfants souffrant d’un handicap, chez eux et bon nombre d’entre eux se voient dans l’obligation d’abandonner un travail pour prendre en charge la surveillance de l’enfant atteint. Le quotidien de maintes familles s’en trouve bouleversé.

Et dans certains cas, même quand ces associations existent, elles n’offrent pas les conditions adéquates pour que ces personnes soient épanouies.

Le personnel est souvent mal adapté, car ne disposant d’aucune formation spécifique répondant aux besoins de cette catégorie.

Le handicap mental se réparti en plusieurs déficiences, qui peuvent aller d’un léger retard mental, aux degrés de déficience les plus lourds. Et le protocole de prise en charge ne peut pas être le même pour tous.

Malheureusement, dans ces centres, tous les handicaps sont traités de la même manière. Ce qui rend ces structures, plus des institutions de surveillance, que de prise  en charge dans un objectif d’amélioration et d’évolution de la personne atteinte.

Mais que peuvent faire les proches quand les infrastructures de base sont inexistantes. Il est à noter que les prises en charge effectives de ces personnes ayant effectivement des besoins spécifiques sont multiples. Elles ont trait aussi bien à l’apprentissage du langage, qu’à la manipulation relative à la motricité … sans parler des difficultés de compréhension des handicaps lourds tels que l’autisme à ses degrés avancés.

Dans pareilles situations, on se retrouve impuissant, et on se demande alors où sont passés ces merveilleux slogans qu’on ne cesse de clamer. Ces slogans qui nous font  croire que nul ne peut bafouer nos droits. Ces slogans qui font, hélas, miroiter des illusions, auxquelles on veut croire, par espoir, par souhait de voir ces chers concitoyens, vivre décemment, dans la dignité et dans le respect total de leur être, bien que quelque peu différents.

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