eboueur 1

S’il existe des citoyens qui méritent mon respect le plus déférent et devant les lesquels je dois m’incliner en signe de reconnaissance, ce sont bien ces jeunes et moins jeunes dont le “noble” métier est de nous débarrasser de nos ordures et de toutes les saletés qui dérangent nos intérieurs et qu’on a hâte de confier à une barcasse du coin, ou le plus souvent, à jeter aux pieds d’une benne loin d’être totalement chargée.

Des citoyens qui se réveillent avant nous et qui entament leur journée sous les effluves du pourri et des relents qui soulèvent les nausées. Des ouvriers qui ont renié leur égo et leur dignité pour soigner la nôtre, sans qu’on leur jette, ne serait-ce qu’un regard de compassion ou de reconnaissance.

J’ai la certitude que certaines personnes vont me rétorquer que la communauté de cette catégorie sociale ne fait  qu’exercer le métier pour lequel elle est rétribuée.  D’autres plus magnanimes me diront qu’il n’y a pas de sot métier et qu’il n’y a pas de quoi s’offusquer.

Je reconnais que les uns comme les autres peuvent avoir plus au moins raison, tant qu’ils ne se eboueurmettent pas dans la peau de ces ouvriers à part et ne sondent pas ce qui bout dans leurs tréfonds comme sentiments d’indignation refoulée et de complexes d’une infériorité difficilement maîtrisée.

le jeune homme que j’ai rencontré tôt ce matin là et à qui j’ai adressé la parole alors qu’il lavait à jets d’eau des barcasses du côté du marché central d’El Jadida, semble emmagasiner au fond de lui même toute l’amertume du monde qui n’est trahie que par ce triste regard qu’il m’a lancé lorsque je l’ai abordé et cette voix chevrotante avec laquelle il m’a répondu “ Vous ne pouvez jamais comprendre notre calvaire ni cette sensation d’offense que nous ressentons lorsque quelqu’un qui passe à notre proximité se bouche le nez ou crache son dégoût à nos pieds”.

Je croyais que le tout a été dit dans ces quelques mots, mais lorsque le bonhomme a su que je fais partie du corp de la presse, son amertume n’a fait que prendre de l’ampleur tout en me confiant “ Savez-vous combien on me paye pour ce travail de forçat ? pour ces jours et ces semaines où je dois supporter l’affront du citoyen et les désagréments de mon travail?…une misère qui ne peut même pas assurer le minimum de confort à mes deux enfants pour lesquels j’ai accepté de perdre ma propre  dignité”

Personne ne nous défend, continue-il sur sa lancée, “ Le tout nous tombe sur la tête s’il y a des choses qui ne marchent pas, et bien sûr quand les citoyens sont satisfaits grâce à notre labeur, les lauriers reviennent à nos employeurs comme si nous, on n’existe pas”.

Sans vouloir en entendre plus, je me suis retiré poliment tout en ruminant les paroles émouvantes de ce bonhomme, qui fait partie de cette catégorie sociale à laquelle on accorde rarement un regard, qu’on appelle tout indifféremment les éboueurs.

On oublie souvent que ce sont des hommes qui méritent plus d’estime aussi bien de la part de la société que du côté de ceux qui s’enrichissent à leurs dépens pour la bonne raison qu’ils osent poser la main, là où le dégoût ne manquerait pas de soulever les cœurs les plus accrochés.

Ahmed Chahid

nettoiement.tetouan

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