jdichahid 

Il fait nuit et il fait trop froid ce soir là, suite à la retombée de cet hiver glacial qui s’est accaparé de ma ville El Jadida.

Faute de mieux, je me suis tapi dans mon refuge habituel, ressassant mes amertumes tout en léchant stoïquement mes blessures du jour à l’instar de ces innocentes créatures qui tombent sous les coups de la lâcheté et de l’ingratitude.

Fort de mes raisons et dans ma raison, je n’aspirais qu’à écouter le feutrement de la terre qui tourne et rester attentif aux bruissements des feuillages qui poussent.

Il se trouve aussi que ce soir là, lorsque je me suis laissé emporter béatement par la douceur de ce sommeil qu’on qualifie de réparateur, je n’étais ni trop stressé par la vilenie du traitre quotidien qui nous attend à chaque détour et encore moins enfiévré sous la provocation des coups de froid qui harcèlent et sèment les graines de la peur.

Je croyais pouvoir enfin disposer de quelques heures de solitude interne pour m’abreuver à satiété du nectar de l’oubli et goûter aux délices de ce grand voyage vers l’inconnu. Seulement, les agitations répétées de cet enfant rebelle qui vit en moi ne cessent de brouiller mon enchantement et compromettre la quiétude de mon sommeil.

Il parait qu’en parcourant les sentiers de ce monde parallèle, indéfinissable et peuplé de nuits,  l’enfant qui vit en moi, a rencontré un hideux cauchemar. Il n’a pas fait de cauchemar, mais c’est ce dernier qui l’a abordé. Il lui a même soufflé dans l’oreille des choses et des choses en le pressant de le suivre dans une brume oppressante d’où surgit une gigantesque cité aux bâtisses  poisseuses et délabrées. Un interminable enchevêtrement de quartiers de rues et ruelles grouillants de monde et bruissants sous toutes les désagréables sonorités. Un semblant de ville sans nom, sans passé, sans âme et dont les zombies qui la peuplent se bousculent, se repoussent et se regardent sans même se voir.

Un peu plus loin, ses pas hésitants le conduisent vers ce promontoire qui devait être autrefois une belle et verdoyante colline aux confins d’une ancienne ville de rêve. le paysage qu’il y  découvre s’avère des plus hallucinants. C’est un monde au visage lugubre et un vaste champ d’une aridité déconcertante où poussent à perte de vue de géants champignons qui ont tendance à flétrir avant terme. Les peuplades mosaïques qui s’y entassent, fourmillent avec frénésie à la recherche d’un de ces trous qu’on leur a creusé à même le tronc de ces champignons et qu’on se plaît d’appeler, sans trop de gêne des        groupements d’habitat social.

Dans ce tourbillon qui violente tous les sens de sa perception, l’enfant qui s’est armé du courage des braves a oublié toute sa répulsion et suit toujours dans un silence pétrifiant les traces de son guide des ténèbres, qui le mènent cette fois vers un semblant de grand parc où les fleurs ont renié depuis longtemps les devoirs de la nature et s’abstiennent de bourgeonner. Même les oiseaux chanteurs ont déserté leurs nids pour céder leurs foyers et leurs aires de jeux aux invasions d’une espèce moins noble qui hante les lieux et empeste l’environnement.

Poussé par un pressentiment indéfinissable, l’enfant ne cherche plus à se détacher de son cauchemar, tout au contraire, cette fois-ci c’est lui qui veut en voir plus, en savoir plus afin de donner un sens au cheminement de toutes ces scènes et images aussi effroyables les unes que les autres.

Abordant le côté mer de cette ville fantôme, l’enfant qui vit en moi croit voir dans ce paysage insolite quelques indices à peine reconnaissables qui lui rappellent les traits de sa belle et doucereuse El Jadida. Seulement, cette grande bleue qui lui souille les pieds est une mer sans vie, sans embruns iodés et sans chuchotement de ressacs. Son sable aussi a perdu ses teintes dorées et l’éclat émaillé de ses incommensurables grains qui sont censés briller au couleurs des diamants en réponse aux caresses des rayons du soleil.

 

Serait-ce rien de plus qu’un mauvais et terrible cauchemar dont les remous qu’il inflige disparaissent avec les premiers rayons du soleil levant? Un mauvais présage qui prophétise à outrance l’avenir toujours incertain d’une ville livrée à elle même ? ou encore un avertissement qui lui vient d’ailleurs?

Outrepassant toutes ses craintes et sa frayeur, il a voulu interroger son guide de cette nuit froide et sinistrement suggestive sur la signification de cette plongée dans les abysses des incertitudes. Mais, malheureusement ou peut être heureusement, sa vision s’est diluée ne laissant derrière qu’un enfant agité, perturbé et chargé d’amertume.

Chahid Ahmed

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