Effondrement insolite à Beni Helal Les scientifiques éclairent la situation

Par: CHAHID AHMED

Tout récemment et plus précisément le 06 Février dernier, l’effondrement d’un terrain agricole prés du Douar Laab dans la commune de Beni Helal a crée la panique au niveau des résidents limitrophes, tout en donnant libre cours aux diverses et multiples voies de l’imaginaire qui trouve un terreau très fertile en milieu rural, surtout lorsqu’on est confronté à certains phénomènes inconnus voire insolites.

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Il faut dire qu’il y a vraiment de quoi inquiéter les habitants de la zone, puisque au-delà du coté imprévisible du phénomène en question, c’est surtout l’ampleur de la fosse et la superficie du terrain touché qui ont aggravé la tension des locaux.

Face à cette situation dont la compréhension dépasse l’analyse du simple citoyen, le flambeau a été cédé aux hommes des sciences, beaucoup plus habilités à déchiffrer tous les éléments en mesure de donner corps à cet état de fait qui intrigue et qui risque d’instaurer une peur permanente dans cette zone très fréquentée par les agriculteurs et qui se situe à quelques dizaines de mètres des lieux d’habitat dont notamment Dour Laab.

C’est dans ces circonstances que les spécialistes de la Facultés des sciences d’El Jadida et plus précisément ceux qui relèvent du Laboratoire de Géosciences et Techniques de l’Environnement (LGTE), ont répondu positivement à cet appel qui entre dans le cadre de leur ouverture sur les milieux extérieurs, en constituant une mission qui s’est rendue sur le site du sinistre, mobilisant ainsi les moyens disponibles afin de donner les premiers éléments de réponse à la problématique. L’équipe ainsi formée a été composée de Mr. Abderrahim EL ACHHEB, Professeur Hydrogéologue, Mr. El Mostafa ETTACHFINI, Professeur Géologue-Stratigraphe Mr. Mohamed OUADIA, Professeur Géologue-Géomorphologue, Mr. Khalid IBNO-NAMR, Professeur en Sciences du sol, ainsi que Mr. AbdelAziz OUAAKKA Ingénieur Chef de Département à l’ORMVAD.

Les principaux objectifs de cette sortie sur le terrain qui a eu lieu le 15 Février ont porté sur trois niveaux dont notamment la localisation du site d’affaissement. La reconnaissance des données existantes sur la nature du sous sol, essentiellement par l’analyse du contexte géologique et des sondages existants dans la zone. En plus d’une enquête hydrogéologique à travers le diagnostic de la nature et des modalités de la circulation de la nappe dans le secteur.

Les premiers diagnostics tels que relevés par l’équipe des scientifiques démontrent en ce qui concerne la localisation et  l’identification du site d’affaissement indiquent que le lieu d’affaissement, est situé dans les périmètres irrigués de Sidi Smail, à environ 2km du centre Jamaa Beni Hilal, à gauche de la Route provincial P3426 reliant ce centre et la route Nationale. Il s’est produit au centre d’un terrain agricole situé à 150 m d’un bâtiment du Douar LAAB. Il s’agit d’un affaissement formant un trou d’environ 8m de diamètre et 15m de profondeur. Causé vraisemblablement par un phénomène naturel et fréquent dans la zone du Sahel Doukkala – Abda.

Selon Mr Abderrahim EL ACHHEB, Professeur Hydrogéologue, les cas classiques décrits dans la littérature montrent qu’on est ici en présence d’un effondrement de type « Fontis » ou « Suffosion ».

Prenant en considération l’existence de roches gypsifères à des profondeurs autour de 50m, La principale conclusion qui se dégage, quant à l’origine de l’effondrement, est par rapport à la position de la situation de l’affaissement dans une zone avec un fort potentiel de circulation d’eaux souterraines. Les conséquences sont en effet directes sur le degré d’altération et de dissolution des roches en profondeur. Le développement des cavités karstiques est probablement accéléré par les fluctuations du niveau d’eau de la nappe et l’activité de la dissolution qui en résulte, la diminution ou l’augmentation de la pression interne pouvant entraîner l’effondrement au-dessus de cavités ouvertes sous des roches peu cohérentes.

La présence du gypse dans les formations en profondeur peut provoquer la formation de karst gypseux. On est probablement dans une zone où se poursuit le lessivage du gypse, là où il existe un fort déséquilibre géochimique, dû au drainage latéral et vertical (recharge de la nappe par les eaux d’irrigation et circulation rapide des eaux dans les cavités et fractures).

A noter aussi qu’il s’est révélé que ce phénomène naturel parait fréquent dans la zone du Sahel Doukkala – Abda  puisqu’il a été signalé en Février 2007 à Sebt Saïss ; en Décembre 2015, dans la région de Moul Lbergui). Et selon le témoignage d’un habitant de la région il a été  rapporté que pas loin de l’endroit sujet à l’actuelle étude, à  environ 400m, un fontis de dimension similaire était apparu il y a 9 ans.

D’où l’importance des recommandations formulées par l’équipe des scientifiques et dont peut résumer la teneur comme suit « En plus des mesures de sécurité nécessaires autour du site et des dispositions à prendre pour sa future réhabilitation, il est recommandé de réaliser deux ou trois sondages de reconnaissance à positionner dans une position intermédiaire entre la zone effondrée et les proches habitations ainsi qu’au sein même du Douar. En plus des informations additionnelles que ces sondages apporteront, ils pourront éventuellement être transformés en forage(s) d’exploitation ou de piézomètre de contrôle.

A la lumière des résultats des forages, des méthodes complémentaires d’investigations peuvent être utilisées.

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