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Edgar MORIN et Mustapha SAHA

ELJADIDASCOOP

La vieille notion coloniale d’intégration ayant épuisé ses effets discriminatoires, c’est le concept « inclusion » qui prend le relais dans la rhétorique des gouvernances à la mode. Les concepts ne sont jamais neutres. Ils sont les outils de transformation du réel quand ils sont dynamisés par une volonté d’action. Avec l’inclusion, intériorisée comme un signe de progrès social. il  s’agit, ni plus ni moins,   d’un retour, sous habits neufs, de l’équation obsolète insertion-intégration-assimilation. Se dissimule sous apparence attractive, une tentative de revendre une façade ravalée, parée de faux avant-gardisme, qui n’a d’autre finalité que la reproduction de la société pyramidale inégalitaire. Il est utile de rappeler, tout d’abord l’origine étymologique du substantif  inclusion, du latin « inclusio », qui signifie « emprisonnement », « enfermement », avec la même charge sémantique que réclusion. La théorie de l’inclusion sociale se développe dans les pays anglo-saxons comme un ersatz mercatique pour récupérer, dans les minorités ethniques, les enfants surdoués comme serviteurs gratifiés des élites dirigeantes. Le cas du président Barak Obama en est le cas le plus récent et le plus spectaculaire. Il aura servi d’anesthésiant le temps de renverser la vapeur.

L’inclusion sociale a  été théorisée par le sociologue allemand Niklas Luhmann (1927 – 1998), dans le cadre des rapports entre individus et système dominant, entre singularités subjectives et structure culturelle cloisonnée, d’où il ressort que les particularités culturelles endogènes et exogènes (notamment l’ethnos et l’habitus des immigrés),  doivent s’acculturer, se dépersonnaliser, se couler dans le moule hégémonique, se conformer au fonctionnalisme unidimensionnel. Les critères de cette sélection sociale sont suffisamment éloquents : aisance matérielle, opportunités de développement humain, implication dans les projets régénérateurs de l’ordre établi. Il suffirait ainsi d’assouplir les structures écrasantes, de baliser les trajectoires promotionnelles, de réglementer les plateformes promotionnelles, pour absorber les contradictions institutionnelles, surmonter « le dilemme désintégration-continuation ».

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Noam CHOMSKY et Mustapha SAHA

 L’universitaire Niklas Luhmann était fonctionnaire en début de carrière, conscient des disfonctionnements endémiques du système. Il a, toute sa vie,  façonné des curations palliatives, neutralisatrices des initiatives citoyennes. La vie sociale ne réduit pas aux mécanismes performatifs du système légal. Jürgen Habermas, penseur de l’agir communicationnel, s’oppose vigoureusement à ses replâtrages réformistes. L’hermétisme luhmannien  recèle, en vérité, une redoutable stratégie technocratique de robotisation sociétale. Sa métathéorie enchevêtre les problématiques conceptuelles pour dissoudre la complexité des  résistances réelles. Le filtrage des initiatives émanant de la base, libérées de leur gangue étouffante par l’émergence de la révolution numérique, se profile ainsi comme ultime recours d’un ordre hiérarchique en survie, qui ne retient de la submersion télématique que les récupérations mercantiles et les combinaisons logarithmiques  de contrôle. La communication est envisagée, dans cette perspective,  comme interface abrogative de la pensée libre. L’intelligence critique est considérée comme une contingence parasitaire. Le sens de l’existence n’est, dans cette logique, qu’un moment éphémère où une possibilité programmatique s’actualise, se concrétise, et planifie les virtualités successives. Le paradigme technocratique trouve, dans cette théorie, sa consécration définitive. Le contrôle des possibilités, par la multiplication des barrières sélectives, dévoile ainsi son idéologie tacite, le conditionnement des attentes selon des objectifs prédéterminés et l’élimination des risques par la conformation générale aux normes prédestinés.

Dans cette conception, le système, identité distincte close sur elle-même, et son environnement, sélectivement structuré,  interagissent mécaniquement, selon leur code binaire procréatif. Cette construction débouche sur une société dichotomique, fondée sur la bipolarité inclusion-exclusion,  et sur une communication automatique, sans intervention humaine. La société inclusive, prise en charge systémique de toutes les interconnexions sociétales,  est un non-sens sociologique et une aberration éthique. Dans le pathos technocratique en vogue, le vocable viral « inclusion » contamine les insignifiances cognitives et les grandiloquences politiques.  La centralité refoule les interférences hors frontières. Noam Chomsky remarque avec pertinence que les grands médias, façonneurs de l’opinion publique, au service des oligopoles financiers, sont devenus « des fabriques d’assentiment ». L’institutionnalisation des relations sociales, sur le seul critère de la régulation pyramidale, leur ôte toute spontanéité vivifiante, toute imprévisibilité tonifiante, toute créativité signifiante. La vie est anti-systémique par nécessité dynamique.

Les jaspineurs marocains succombent de plus en plus au conformisme pédantesque, insèrent allégrement l’adjectif « inclusif » dans leurs discours pour paraître à la page. Les traditions maghrébines ne sont pas communautaristes, contrairement aux sociétés anglo-saxonnes où la ségrégation raciale a séculairement creusé son nid séparatiste, où s’est développée, comme soupape de sécurité,  les notions d’inclusion et de discrimination positive, qui dévoilent leurs effets pervers au fur et à mesure qu’elles sont expérimentées sur le terrain. Le génie marocain puise ses prouesses novatrices dans l’heureuse conjugaison de  sa diversité ancestrale et de son interactivité culturelle, connective aux transformations planétaires, à l’opposé des fonctionnalismes élitaires et des superficialités tributaires. Pourvu qu’il soit préservé des modélisations intrusives et des stérilisations inclusives…

Par: Mustapha Saha, sociologue, poète, artiste peintre.

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