Cité Portugaise/A la redécouverte du Patrimoine Caché: 2- Les accès de la façade marine: Porta do mar -Porta secreta (Poterne)-Porta Ribiera (porte du rivage, interne).

Par: Jilali DERIF    j.derif

En principe, une porte principale ne donne jamais accès directement à l’intérieur d’une forteresse; ce constat a poussé certains intéressés du patrimoine portugais de Mazagan de supposer que la porte de la mer (porta do mar) n’existait pas au temps de la présence  portugaise, (avant Mars 1769), et d’autres à avancer une théorie explicative qui indique «  le grand portail comme effectivement portugais, réalisé pendant la période de construction de la fortification et laissé ouvert pendant la période de construction pour permettre aux embarcations chargées des lourds matériaux de construction d’aborder » .[1]

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1-   La porte de la mer

Sans crainte d’être contredit, on peut affirmer que la porte de la mer (Porta do mar) et la poterne, faisaient partie de l’accès de la façade marine; construite  par les portugais à la fin  des travaux des fortifications en 1543, la porte de la mer n’a jamais servi comme passage des embarcations chargées de lourds matériaux de construction [2] : il convient de préciser ici que les pierres taillées utilisées dans la construction des fortifications et des monuments  proviennent d’une carrière (Pedreira) de strates calcaires qui n’était située qu’à 250 m environ à l’Ouest du Bastion St. Antoine.

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2-   La porte de la mer et la poterne (du four à pain traditionnel)

D’après l’historien Marocain Ennaciri dans son ouvrage « Kitab Al Istiqsa » édité en  1895, la porte de la mer  était murée (probablement avec la poterne) lors des restaurations effectuées en l’an 1280 de l’hégire  (1863/1864), elle n’a été réouverte qu’en 1925, après la fin des travaux du nouveau port, quant à la poterne elle a été réouverte pendant les années 1960.

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3-   La porte de la mer et la poterne murées. C.P de 1913

Jusqu’à nos jours, on ne dispose pas du plan de Mazagan établi par l’ingénieur Italien Benedetto de Ravenna, seule l’étude des correspondances officielles sur l’avancement des travaux peut nous donner une idée sur l’exécution de ce plan.  En effet, on remarque d’après les lettres adressées au Roi João III pendant la première année (Août 1541/ Août 1542) par le gouverneur de la place Luis Loureiro  et les architectes João de castilho et João Ribeiro, que la construction de la façade principale terrestre et des deux façades latérales avec les fossés, n’ont pas posé de problèmes techniques, et qu’il n’y avait pas de suggestions de modifications ,  par-contre la conception de la façade marine était décidée sur place  suite à des suggestions adressées au Roi João III [2].

La porte de la mer et la poterne étaient ouvertes  sur une petite crique (Calheta da porta do mar) où des petites barques pouvaient amarrer; un anneau d’amarrage en pierre  taillée existe encore sur le mur. Défendues par des canons du bastion de l’Ange et de la muraille, la porte et la poterne communiquaient avec l’intérieur de la forteresse par un couloir et une porte interne ouverte sur la rue principale; cette porte interne  et désignée sur des plans anciens et nommée  Porta da Ribeira sur le plan d’Anrique Correa da Silva de 1602,  f.4 .

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4-   Extrait du plan d’Anrique Correa da Silva – année 1602.

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5-   Extrait du plan de J. Baptiste Claude Bélicard- année 1757.

1-La porte de la mer (Porta do mar)

Comme on voit sur la photo ci-dessous (f.6), la porte de la mer, est un arc plein cintre, en relation directe avec la muraille du rempart qui mène au bastion de l’Ange.

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6-   Porte de la mer – vue de l’extérieur et l’anneau d’amarrage de l’ancienne Calheta .

Dans la surface intérieure de l’arc (l’intrados) se trouve le vestige d’une rainure par où glissait une herse manœuvrée par un treuil, on peut voir les vestiges de la cache de la herse et la loge du treuil sur le chemin de ronde qui surmonte la porte (photos 1).  La porte garde encore sur la façade interne l’emplacement d’un gond en pierre, ce qui permet de supposer, qu’en plus de la herse, la porte de la mer était défendue aussi par deux vantaux en bois.

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7-   Schéma de la porte de la mer. J.D

2- La poterne:

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8-   La poterne murée par des briques, transformée en une                                                       ouverture protégée par un panneau contreplaqué .Sommier et contre sommier de l’arc de la poterne sedégradent  par les marées à quelques mètres –photos prises le 28/08/2016.

   La poterne était ouverte sur la Calheta da porta do mar, elle est située à plus de 2,50m de la base d’un mur protégé par la tour de la muraille qui mène au bastion St. Sébastien (tour-portes). Considérée comme porte de secours dans le cas de sièges,  cette poterne donne accès à un couloir couvert transformé dès la cinquième décennie du XXe siècle en four à pain traditionnel.

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9-   La poterne vue de l’intérieur du four à pain.

  A l’intérieur du four à pain on peut constater derrière l’arc en cintre de la poterne deux gonds et la rainure où glissait une herse, ceci nous permet d’affirmer que la poterne était défendue par une porte à deux vantaux  et une herse interne.

3- La porte interne (Porta da Ribeira)

Aujourd’hui murée, cette porte dont on ignorait son existence, mesure environ plus de 3,50m de haut et 2,50m de large, elle a été défendue par deux vantaux qui s’ouvraient du côté de la rue principale de la ville. On note aussi l’existence de deux assommoirs (trous de défense) percés dans la voûte du couloir du côté de cette porte; un assommoir est exploité comme cheminée du four.

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10- Porta da Ribeira

 

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11- Porta da Ribeira murée- les 2 vantaux de la porte s’ouvraient à l’extérieur.

4- Conclusion:

Les accès externes de la façade principale marine, ouverts sur une petite crique (Calhéta) où peuvent amarrer des petites barques, étaient réalisés lors de la construction des fortifications de Mazagan (1542-1543); lors de leurs conceptions, les principes fondamentaux des fortifications étaient tenus en considération; La porte de la mer et la poterne étaient munies de deux systèmes de défense, une porte à vantaux et une herse, et donnent accès un couloir qui mène à un accès interne défendu par une porte à vantaux et des assommoirs.  la sûreté des accès externes était renforcée par la présence d’une tour-portes ronde et des canonnières de la muraille et de la batterie basse du bastion de l’Ange.

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12- Extrait du plan de Simao Dos Santos (1718-1723)

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13- Systèmes de défense de l’accès marine de la forteresse de Mazagan

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[1]- L’héritage portugais au Maroc, un patrimoine d’actualité- Romeo Carabelli- trad. fr. Mme Marie-Anne Marin- 2012 page 65.

[2]- On note qu’après 16 mois du début des travaux, le fossé d’eau de mer qui entourait la Citadelle (l’ancien réduit de Mazagan où sera construite la citerne d’eau) existait encore avec la tranchée qui le relie à la mer. Luis Loureiro, capitaine de la place demanda au roi Jean III l’autorisation de combler ce fossé et la tranchée .

« J’estime, Sire, que le goulet  (Gualheta)  ne servira à rien et que c’est de l’argent perdu ; en effet, à la pleine mer et même à mi-flot, le courant qui a frappé sur le rempart revient avec tant de force qu’aucun navire ne peut entrer dans le chenal, quelle que soit la poussée de la marée. Des gens du métier et d’autres personnes disaient ici qu’il serait bon de faire, du côté du Nord, par où vient le flot, une chaussée que l’on conduirait dans la mer au delà du niveau des basses marées et qui empêcherait le flot de battre avec tant de force 2. Ce serait encore, à mon avis, une dépense inutile et V. A. doit ordonner de combler ce goulet et de construire sur l’emplacement soit l’église, soit des greniers ou des magasins. En effet, pour débarquer à basse mer, le passage du Caiz suffit et l’on peut même s’en servir jusqu’à un quart de pleine eau 3. Au moment de la pleine mer, les navires iront par le fossé jusqu’à l’entrée de la ville, sans que l’on puisse de nulle part les en empêcher ; on peut également débarquer par tous les gros temps, à partir de la mi-flot, par un petit passage qu’on a laissé derrière l’extrémité du rempart du côté du Sud. Lope de Pina en parlera à V.A. » Lettre de Luiz Loureiro à Joao III de Mazagan le 15 Décembre 1542. Sources Inédites sur l’histoire du Maroc – De Castries- p.144.

 

Jilali Derif : Secrétaire général de l’Association Mazagan El-Jadida pour le Patrimoine . ame2p.

https://ame2p.wordpress.com/author/ame2p/

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