Chronique de Mustapha Jmahri : Pierre Tuillé, champion du Maroc d’haltérophilie

Pierre Tuillé est né à Ben Ahmed au Maroc en février 1922 où il n’y est resté que deux ans, lorsque son père fut affecté comme ingénieur des Travaux publics à El Jadida. La famille résidait au numéro 15 rue de Foucauld, aujourdhui rue Hafid Ibrahim, dans une villa que ses parents avaient construite.

Dans son enfance, dans cette ville, il parlait couramment l’arabe dialectal. Après lécole primaire, il regagna le collège industriel de Casablanca où il obtint le brevet industriel. En mai 1937, son père décède à El Jadida alors qu’il na que quinze ans. Michèlle Pailhès, fille de Pierre Tuillé, résidente en France, précise que la tombe de son grand-père enterré à El Jadida est difficile à trouver : son père leur a toujours dit que la sépulture avait été emportée, comme, peut-être, certaines autres, lors d’un raz de marée survenu à la fin des années 1930.

Très sportif, il pratique différentes disciplines au point de devenir à 19 ans, champion du Maroc dhaltérophilie. À 20 ans, il fait les « Chantiers de jeunesse » qui remplacèrent, à partir de 1940, le service militaire.

Lors du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale il est appelé dans un régiment dartillerie hippomobile équipé dun matériel vétuste datant de la Guerre de 1914-18. Il est alors nommé brigadier d’observation équipé par l’armée américaine. Son régiment s’est ensuite dirigé vers l’Italie occupée par les troupes allemandes. Pendant la campagne d’Italie, il prend part notamment à la bataille de Monte Cassino, bataille à laquelle participèrent des engagés marocains. Toute l’armée d’Afrique y a participé, sous l’autorité du général (puis maréchal) Juin.

Souffrant d’une pneumonie double, il est hospitalisé dans un hôpital de campagne américain qui expérimente sur lui le 18 novembre 1944 un traitement à base de « pénicilline » qui le sauva.

En fin de campagne, son régiment quitte l’Italie et débarque en Provence sous un déluge de feu où il perd plusieurs de ses camarades. La montée vers le nord de la France se poursuit difficilement. Dans le secteur de Remiremont, il participe notamment à l’immobilisation d’un char allemand dans des circonstances plutôt rocambolesques. Les troupes françaises et américaines sont encerclées pendant près de trois semaines dans une poche de plusieurs kilomètres dite « poche de Colmar » où elles subissent de lourdes pertes.

Dans la région de Cornimont, dans les Vosges, lors d’une reconnaissance, son capitaine qui le précède meurt à ses côtés, atteint de plein fouet par un obus lancé dun Panzer. Leurs troupes s’approchent du Rhin, Brumath, Wissembourg. Le 17 mai 1945, une de leurs divisions traverse le Rhin à Seltz et se positionne à Renchen en Allemagne.

Bénéficiant dune permission de quatre jours, Pierre Tuillé se marie en 1943 avec Marie-Louise Hanssens, issue dune famille lilloise installée au Maroc. Ils eurent quatre enfants dont trois nés à Casablanca.

A la fin des hostilités, en mai 1945, il quitte l’armée et se dirige vers ses activités civiles à Casablanca. Pendant quelques temps il est interprète au tribunal militaire de Casablanca.

Il passe le concours civil d’ingénieur architecte du Protectorat et travaille pour la Marine nationale en tant qu’architecte dessinateur. Dans ce cadre, il participe à l’étude du transport du pétrole ainsi qu’aux études de construction et de pose de deux plateformes pétrolières « Ekofisk » et « Ninian » en mer du Nord. Courant 1959, à la demande du ministère des Travaux publics, il conçoit un bateau de 90x15m poseur de pipeline en eau profonde. Invention qu’il a omis de breveter, précise sa fille

Michèlle.

Muté à Paris en 1955, il déménage avec sa famille pour la région parisienne.  Seule sa mère resta à El Jadida jusqu’en 1970, date à laquelle elle sera rapatriée. Il résida dans différentes villes de France : Argenteuil, Meudon puis le Chesnay depuis 1981.

Pour s’être distingué pendant la Seconde Guerre mondiale, Pierre Tuillé a reçu la Légion d’honneur en novembre 2021. Il rendit l’âme en juillet 2022 après avoir fêté ses 100 ans en présence de ses 30 enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. 

jmahrim@yahoo.fr

Légendes des photos : 1, Pierre Tuillé et 2, Michèle Pailhès, fille de Pierre Tuillé, à l’entrée de leur ancienne villa à El Jadida lors de sa visite en 2015

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