Chronique de Mustapha Jmahri: Le journaliste Mohamed Jibril présente « Malaise dans la société »

Comme annoncé, sur l’affiche de Paper’s Club à Casablanca, c’est à 18.30 h. pile que la rencontre autour du livre « Malaise dans la société » eut lieu, vendredi 4 février 2022, en présence de son auteur Mohamed Jibril. C’est ce qui a poussé Hinde Taarji, modératrice, à lancer, sur un ton de l’humour, mais non sans raison : « Nous sommes ponctuels car nous venons du siècle dernier ».

C’est l’une des rares rencontres conviviales où un parterre d’amoureux de la culture s’étaient réunis autour d’un vétéran de la plume et du journalisme dans toute sa noblesse. Toujours égal à lui-même, Jibril a gardé toute son humilité et sa bonhomie légendaire qui ne l’a jamais quittée. L’occasion de cette rencontre était la parution de son recueil de chroniques de quarante années d’actualités sociétales marocaines.

L’occasion aussi pour moi de quitter mon fief jdidi pour revoir Jibril. La première fois que je l’ai rencontré, c’était en 1976, grâce à un autre Settati, le poète défunt Miloudi Belhaddioui. A presque 24 ans j’avais publié, à compte d’auteur, mon premier recueil de nouvelles en arabe « Amouaj » et l’ami Belhaddioui m’avait suggéré une rencontre avec Jibril, et accompagné à son domicile, pour lui en remettre un exemplaire. Les deux compères étant presque voisins. Jibril a lu ce qui était mon premier essai de jeunesse, en a parlé dans un numéro de Lamalif et m’a conseillé d’éviter, autant que faire se peut, le populisme. Conseil que j’ai suivi pour mes trois autres recueils, tous publiés chez l’éditeur. Evoquant notre ami commun, j’ai remis à Jibril l’ouvrage, en arabe, des anciens du lycée Imam Malik à Casablanca qui comprenait justement un récit sur le poète défunt.

Durant cette rencontre à Paper’s club, qui prit fin vers 21h, la question de la culture et de son rôle dans la société marocaine, aujourd’hui comme hier, en fut le fil conducteur. Hinde Taarji a modéré le débat tout en rappelant que le parcours de Mohamed Jibril était profondément imprégné par cette culture engagée qui a profondément marqué les générations des années 60 et 70 et alimenté l’espoir et le rêve.  Mohamed Jibril né à Settat, regagna le lycée à Marrakech en tant qu’élève. Après un bref passage par l’enseignement, il prit ses distances : entre temps, il fut arrêté et passa six mois en prison, période qu’il mit à profit pour lire Balzac et Dostoïevski dans la bibliothèque de l’établissement. Puis, ce fut la période russe : il résida six ans à Moscou, de 1964 à 1970, pour faire des études de journalisme. Il aurait préféré suivre son idole Paul Pascon et entamer un cursus de sociologie. Mais les choses tournèrent autrement. Durant ce « Moment russe », il rencontra celui qui allait devenir son autre ami Abdeslam Cheddadi, qui lancera plus tard Le magazine littéraire du Maroc. Ce sera alors, en Union soviétique, témoigne Jibril, « une belle période qu’on passa dans un total bouillon de culture entre Bolchoï, opéra, théâtre, cinéma et même presse occidentale. Tout gratis ».

De retour au Maroc, il travailla à Maghreb Informations, organe de l’UMT, puis, par l’entremise d’Abdellah Stouky, il fit des piges pour Lamalif jusqu’en 1978 avant d’intégrer la rédaction du magazine. Il exerça auprès de l’emblématique Zakia Daoud et vécu à fond ce riche et long épisode dont il dira « ayant une fibre militante je n’ai pas souhaité faire du journalisme militant. Je ne prétendais pas à l’objectivité totale, mais simplement à exercer ce métier avec le maximum d’honnêteté ; car, malgré certaine embûches, on pouvait dire ce qu’on voulait mais d’une manière intelligente ». 

D’autres points seront également débattus au gré de cette rencontre. Réagissant à une question de la salle, Mohamed Jibril remarqua que la crise de la jeunesse marocaine commença à partir des années 80 notamment après que la fonction publique, atteinte par la paupérisation et la dévalorisation, ne puisse plus être le vivier traditionnel de l’emploi des jeunes diplômés. Situation problématique qui trouva son corolaire, aussi, dans la crise de l’école publique, suite à la suppression de la philosophie et à une arabisation bâclée. Sans perdre de vue que le phénomène de l’exode rural accentua, en quelque sorte, la paupérisation des villes.

A la fin de la rencontre, l’auteur dédicaça son livre à ses nombreux lecteurs. Des noms parmi l’assistance : Mohammed Berrada, ancien directeur général de Sapress, le réalisateur Hassan Benjelloun, Belaïd Bouimid, Imane Benzeroual, la sociologue Soumia Nouamane-Guessous, Chakib Guessous, le politiste Ahmed Hamid Chitachni, Soad Begdouri Khammal, Mohamed Laroussi, Touria Hadraoui, Hafsa Bekri-Lamrani,..

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