Chronique de Mustapha Jmahri : Jean-Pierre Saint-Marc, enfance à Oualidia

Jean-Pierre Saint-Marc est né à El Jadida-Mazagan en 1948. Il a passé presque ses premiers vingt ans au Maroc avant de rentrer en France, pour la première fois, en 1964. Ses parents exploitaient deux fermes à Oualidia et à Zemamra. Dans ce récit, élaboré en commun, Jean-Pierre a bien voulu évoquer cet épisode de sa vie.

Mes parents vivant à Oualidia, j’y ai passé toute mon enfance jusqu’à notre départ pour la France en 1964. Ma première classe d’école fut dans cette petite localité balnéaire avec Mme Grange comme institutrice. Son mari Jean-Pierre Grange travaillait au service des Eaux et Forêts. Mon ami Moulay Ahmed, gérant du restaurant-hôtel L’Araignée Gourmande était mon camarade de classe pendant plusieurs années. Il y avait également avec moi les filles de Paul Frédéricq, Denyse et Claire, dont le père exploitait une ferme à Ain Rhor près de Tnine Gharbia. Ensuite est arrivé un nouvel instituteur, M. Guoliez. Ce dernier y passa deux années scolaires puis, comme les Grange, il dû continuer ses activités dans une autre ville. Guoliez habitait à côté de l’auberge de la lagune, alors que les Granges habitaient à la sortie de Oualidia en direction de Zemamra.

Après le départ de ces deux enseignants, je me suis retrouvé à Mazagan à l’école primaire européenne derrière le marché central. J’étais en pension chez Pierre Ormières qui habitait en face du garage Renaudin, sur la rue Richard d’Ivry, devenue avenue Hassan II. Il était voisin de la famille Malgouyres et de la pharmacie de l’Italien Ingarào. Pierre Ormières était né à Zemamra où ses parents tenaient une ferme. Il travaillait au service du Génie Rural sis après l’ancien commissariat de police. Quant aux filles Frédéricq, elles furent mises en pension chez les religieuses de l’école Notre-Dame des Flots proche de la caserne des Sapeurs-pompiers. Le weekend, mes parents et les Frédéricq, à tour de rôle, venaient nous chercher pour aller à Oualidia. Il nous arrivait au passage de prendre José Rodriguez, dont le père mécanicien réparait les camions des fermes à Sidi Moussa sur la route de l’Oulja. A l’école primaire je me souviens de M. Malgouyres comme instituteur et M. Bouyge en CM2.

A l’époque, j’étais encore enfant mais je me rappelle de certaines personnes de Oualidia. Par exemple, M. Certain qui a tenu le restaurant La Brise à Sidi Moussa après les années 1940. A l’Indépendance, dans les années 1956-60, Certain était gérant de l’hôtel L’Hippocampe à Oualidia avec Jacky son neveu, ayant lui même travaillé en France. Quand il quitta Oualidia, Jacky prit sa suite en 1960-62. A cette époque, mon ami Moulay Ahmed arriva à L’Hippocampe et appris le métier auprès de ce dernier. Ahmed était très apprécié de Jacky et de sa femme Theresita et les secondait en leur absence. Après, M. Certain a tenu un établissement à l’Oukaimeden, la principale station de ski du Maroc.

En 1962, je suis passé au Lycée ibn Khaldoun pour poursuivre ma scolarité. Mais, au lieu d’intégrer l’internat du lycée, j’ai préféré rester en pension chez Pierre Ormières. J’ai quitté le lycée en 1964, date à laquelle mes parents sont rentrés en France dans le Gers, où ils ont repris une exploitation agricole. J’ai donc poursuivi mon enseignement dans le Gers, séparé de mes amis d’enfance. J’ai eu du mal à me refaire d’autres camarades, car, en France, j’étais considéré comme un étranger du fait que je suis né au Maroc. Fort heureusement les mentalités changèrent depuis.

Je garde toujours un lien affectif avec la ville d’El Jadida car mon grand-père Salvini Saint-Marc y est enterré depuis 1955 dans la caveau familial près de sa mère. Son histoire dans les Doukkala a fait l’objet d’une chronique publiée en 2020 dans le livre de Mustapha Jmahri intitulé « El Jadida, fragments de vie ».

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