Chronique de Mustapha Jmahri : Disparition de Serge Létang ancien directeur de Bank Al-Maghrib à El Jadid

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Je suis passé ces derniers jours par le quartier du Plateau devant la villa de Serge Létang, ancien Directeur de Bank Al-Maghrib à El Jadida de 1952 à 1960 et j’ai tout de suite pensé à lui. J’ai connu Serge dans le cadre de mes travaux de recherche sur le passé cosmopolite de cette ville. Il était d’ailleurs l’un des fidèles lecteurs de mes publications « Les cahiers d’El Jadida » dont il ne ratait aucun numéro.

Ainsi je pensais à lui quand sa fille, Marie-Odile, résidant en France, m’informa par message que son père a quitté notre monde mercredi 13 juillet 2022. Agé de 102 ans, le défunt n’a jamais coupé les ponts avec le Maroc, pays où il s’est installé avec ses parents en 1920, alors qu’il avait juste six mois.

C’est en 2013, que j’ai rencontré Serge et sa famille. Notre rencontre s’est déroulée dans les salons de l’hôtel Palais de l’Andalous ornés de zelliges et d’une décoration traditionnelle. Il y avait, auprès de Serge, son frère Charles et trois de ses quatre filles Marie-Odile, Huguette et Marie-Paule. Les filles Létang ont fait leurs études primaires à l’école Notre-Dame de la Jeunesse où Raymonde Létang, née Cano, leur mère, était institutrice.

Serge Létang, né à Thaon-les-Vosges le 19 mars 1920, au foyer d’Eugène Létang et de Camille Barroy, quitte les Vosges à six mois, sa famille s’installant à Casablanca. Il reviendra à Épinal pour ses études au lycée supérieur professionnel catholique Saint-Joseph. En 1939, diplôme en poche, il espère rejoindre l’École nationale des officiers de la marine marchande à Dunkerque, mais la guerre éclate. Il est affecté au 7ème régiment de Tirailleurs marocains à Meknès, son rêve d’études s’envole.

Lors de son arrivée au Maroc, en 1920, la famille Létang, s’était installée à Casablanca. Après des études primaires et secondaires à Casablanca notamment à l’école industrielle de 1932 à 1936 (actuellement lycée El Khawarizmi), Serge rejoint en France le lycée supérieur professionnel catholique Saint-Joseph à Epinal. Il prépare le concours d’entrée à l’école des officiers de la marine marchande de Dunkerque, mais la déclaration de la Guerre de 1939-1945 met un terme à son projet. Il rejoint ses parents au Maroc en juillet 1939 et sera mobilisé au 7ème RTM à Meknès puis à Fès à l’Etat major qu’il quitte en avril 1942. C’est le débarquement américain en Afrique du Nord. Il s’engage volontairement au 6ème RTM.

Serge Létang participe à la campagne d’Italie, au débarquement de Provence à Marseille en 1944, puis à la campagne de libération de la France et continue le combat en Allemagne et en Autriche. Après l’armistice du 8 mai 1945, il rentre à Casablanca, tutélaire de nombreuses décorations.

A Mazagan-El Jadida, il sera nommé directeur de Bank Al-Maghrib de 1952 à 1960. La famille réside d’abord dans une grande maison près de l’hôtel Marhaba à l’emplacement actuel de la clinique des Palmiers (maison appartenant à M. Garcin, agent du tertib). Ensuite, il construira, au quartier du Plateau, une villa dont la réalisation fut confiée à l’entrepreneur Calcidonio Zanca. Parmi ses voisins de l’époque : Robert Lopez, Buisson, Becq, Garcia, Saure, Paul et Dr Sauer.

Serge Létang était un sportif confirmé au Maroc. Il excellait en plusieurs disciplines : athlétisme, football et basketball. Il joua avec l’US Fès, à l’USM de Casablanca et, à El Jadida, il faisait partie du club de tennis avec Fabre, Dr Carbou, Larédo, Mainetti, Gavagnac, Roger Paul et de Gaillande. Pour le basketball, il faisait partie et du comité et de l’équipe présidés par le nationaliste marocain Si Abdelouahed El Kadiri. Cette équipe, affiliée à la FMBB, comprenait : Santiago Canizares, Al-Yacoubi, Llul, Mouine et Benabou. Les réunions du comité se déroulaient au domicile du président au quartier Bouchrit.

De retour en France, Serge vivra à Strasbourg et Epinal où il se consacrera au monde associatif. Il apportera notamment aux anciens militaires musulmans toute son aide dans leurs démarches administratives pour faire valoir leurs droits.

Que Dieu ait son âme.

Légende photo : Serge Létang et ses filles, Marie-Odile et Huguette, avec Mustapha Jmahri à El Jadida en 2013

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