Nul ne pourrait s’échapper à ses souvenirs d’enfance ni d’adolescence. Ils sont là, rangés dans les tiroirs de notre mémoire. Il suffit d’un déclic pour qu’ils ressurgissent. On écoute une chanson, on regarde une photo, et voilà qu’on est ramené à une époque et à un lieu. Ils déferlent,  parfois en avalanche tels un torrent de montagne houleux, parfois en un flux lent où la nostalgie se fait encore plus insistante avec des pointes pénibles de mélancolie… 

Les jdidis de la génération des années 60/70 ont sûrement connu cette sensation en écoutant juste une chanson de Abdehalim Hafez , ou d’Oum keltoum, Al atlal, parmi d’autres, en sentant l’odeur des beignets sucrés ou en passant au hasard d’une promenade devant l’ancien emplacement du café Najmat Al mouhit , qui n’est plus que les ruines ou atlal d’un lieu  jadis très animé et qui évoque  une pléiade de souvenirs ensoleillés. 

Lieu emblématique et symbolique pour toute une génération, il fut  construit pendant le protectorat, sur une hauteur du parc Mohammed V, au dessus de la plage. Il appartient à la mémoire artistique et culturelle de la ville, à l’époque où il n’y avait pas de festivals ou de rencontres artistiques. C’était sans contestation un haut lieu d’animation musicale, dont les grands amplificateurs diffusaient les chansons d’Oum keltoum, Abdehalim Hafed, Farid el Atrache, Mohammed Al hyani, Doukkali et d’autres artistes célèbres de l’époque, dont les mélodies voyageaient dans l’air iodé des soirées estivales, et composaient avec le ressac de la mer et le son du vent dans les arbres du parc un ensemble musical inoubliable.

Nombreux sont ceux qui ont appris par cœur les fameux quatrains de Omar Al khayame que la diva Oum keltoum interprétait. Les visiteurs venant de plusieurs villes et notamment les marrakchis  dressaient les tables devant les cabines de la plage,  et se délectaient de ces belles mélodies tout en papotant en toute convivialité.

Pendant les weekends, des orchestres locaux donnaient de magnifiques prestations musicales , par des guitaristes et des chanteurs talentueux.

A côté de ces concerts musicaux qui ont connu aussi la présence de Vigon avec sa belle voix, se tenaient également des soirées animées par les comédiens Dassoukine, Zaâri et feu Benbrahim.

Toutes ces soirées se passaient dans une belle ambiance bon enfant et très sécurisée, qui ne connaissait ni drogue ni manifestations de violence.

Najmat Al mouhit a été aussi  le premier café qui a préparé les beignets saupoudrés de sucre vanillé dont l’odeur appétissante se humait  à des centaines de mètres et dont le goût était sans égal.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, ce lieu a connu la visite du roi Mohammed VI, alors enfant, qui passait souvent ses vacances à El jadida, et jouait au billard avec les enfants jdidis.

L’année 1994 connût la fin de l’histoire de ce lieu qui a tatoué la mémoire de la ville, qui a été amputée par là , d’un endroit plein de charge historique pour tous les jdidis, et de souvenirs dont il ne reste  plus que des odeurs imperceptibles, des impressions confuses et tenaces, des images nostalgiques que le recul de l’âge adulte transforme en sensations brumeuses  et mélancoliques…

Khadija Benerhziel

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