KHAKHA 1

 

Katiba Moundib a vu juste en choisissant  “Bribes d’une vie” comme titre à son nouvel ouvrage… à dessein assurément. Elle s’est suffi de ces quelques fragments de souvenirs, qui ne peuvent à eux seuls récapituler toutes les étapes d’une vie fortement chargées de nobles  grandeurs de fortes émotions et surtout de cette indéniable joie de vivre.

Elle s’est contentée de ces douze chapitres qui semblent la marquer le plus, non pas parce que le reste s’est enlisé dans les méandres de l’oubli ou que son impact est de moindre importance dans les sentiers printaniers parcourus par khatiba.

Il se trouve seulement que chaque personnage cité par khatiba, chaque événement, chaque scène, chaque endroit, chaque instant …mérite tout un volume de détails de réminiscences et de tendres nostalgies.

Je n’ai pas fait que lire l’ouvrage de katiba, je l’ai lu et vécu, j’y ai même découvert des trésors qui m’appartiennent, des proches que j’ai idolâtré et qui vivent toujours en moi, des scènes qui s’animent au point qu’il me tarde de tourner les pages pour en voir plus, des visages et des noms que j’ai presque oublié et qui dessinent nettement leurs traits pour me rappeler ce que c’était l’amour, la générosité et la tendresse.

Oui, Khatiba est ma cousine et la grande maison

où elle a vécu et dont elle parle avec modestie est beaucoup plus imposante en matière de bienfaits, de tolérance, d’ouverture sur l’autre, de rayonnement religieux et culturel, de lieu de pèlerinage aux proches et à tous ceux qui souffrent des malaises de la précarité… une imposante maison qui ne désemplit pas,qui ne ferme pas et qui dégage une sensation quiétude, de sérénité et d’apaisement. Les habitants du quartier Sfa qui formaient pour la majorité une seule et même famille, n’avaient nulle idée de ce qu’est un tribunal pour régler leurs différends ou d’orienter leur regard ailleurs quand ils sont dans le besoin… Hbibti ( Allah Yarhamha), cette grande dame qui incarnait la sagesse et la  main de fée, était toujours là pour panser les plus délicates des blessures.

C’est donc dans les profondeurs de cette fertile générosité que s’ancrent les racines de khatiba, c’est dans cette atmosphère imbue de valeurs traditionnelles, de chaleur humaine, de joie et d’insouciance que vit et grandit khatiba.

Ainsi donc, les premiers chapitres de “Bribes d’une vie” ne font que refléter quelques étapes de l’écoulement serein du temps de khatiba l’enfant disciplinée, khatiba l’adolescente studieuse, cultivée et tournée vers la modernité, khatiba l’adulte qui ne peut se détacher de ses sources, khatiba l’humaine qui ne peut perdre les siens sans cette lancinante douleur de la séparation éternelle.

Tout au long de ce flashback, khatiba n’a fait que se remémorer et rapporter à ses lecteurs une partie d’elle même.Un vécu linéaire, naturel, spontané où elle évoque ses racines à travers   Ba Azizi, le patriarche de la famille, Hanna la grand mère fée, Hbibti et Hbibi, les parents aussi discrets qu’omniprésents.

Elle évoque aussi avec amour et grand respect Dada Lyakout,  Oumlkhir, Oummi Soussia, lalla Khouyti……ces anciennes esclaves affranchies à prix fort par le patriarche et qui font partie intégrante de la grande famille.

Elle évoque ses frères et soeur avec qui elle partage les mêmes valeurs et décrit les grands moments de liesse qui couronne leur divorce avec le célibat. Tout un panorama de portraits presque parlants et de festivités grandioses, magnifiées par les us et coutumes de l’époque qui portaient en eux mille et un symboles et qui ont tendance à disparaître au grand regrêt de cette Doukkalie de pure souche.

Le dernier chapitre de “Bribes d’une vie”, Khatiba a voulu le consacrer à sa douleur, sa grande, lancinante et indélébile douleur.

Une douleur aussi brusque que brutale qui a tout cassé en elle, lorsqu’une traître main a versé dans son calice de bonheur un poisson sans antidote. Abdelkrim (Allah yrahmou), son frère, son ami et son confident vient d’être assassiné lors de l’attentat terroriste qui a endeuillé tout le pays en cet inoubliable vendredi 16 Mai 2003.

“un seul être vous manque et tout est dépeuplé”, c’est dans les profondeurs de cette petite  phrase annoncée par khatiba et qui sent l’oraison, où se tapit toute l’amertume du monde que cette courageuse femme veut garder pour elle seule en signe de recueillement éternel.

Pour khatiba comme pour sa famille, ses amis,  ses proches et ses collègues, Abdelkrim incarnait l’éclat de ces pierres précieuses qui ne ternissent pas. Sensible jusqu’à la moindre petite fibre de son être, d’une culture à large spectre, homme d’honneur et de pardon Abdelkrim aimait et appréciait la beauté sous toutes ses formes…

C’est donc pour immortaliser cette image tout en rendant le plus vibrant des hommages à son frère, ami et confident que khatiba refuse toute notion de deuil et continue à bercer son jeune frère dans tous ses souvenirs ainsi qu’à travers les vers de ses poèmes.

Chahid Ahmed

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