Aid Al Kébir entre hier et aujourd’hui

mouton 25

Par: Khadija Benerhziel

L’Aïd El Kébir, Aïd El Adha, la fête du mouton,  plus qu’une simple fête,  cette journée est le symbole d’une adoration religieuse, des expressions de joie et de bonheur, des réunions  familiales et un synonyme de partage , de générosité envers les pauvres et les nécessiteux,  dans la mesure où le mouton du sacrifice une fois égorgé et dépecé,   doit être partagé en trois parts égales, une pour la famille, une pour les voisins et amis, et la troisième est réservée aux pauvres.

Mais de nos jours,  cette fête a perdu ce cachet qu’on lui a toujours connu et a revêtu de nouveaux aspects , à tel point que certains la zappent ou bien vont la passer ailleurs ( certains grands hôtels proposent des packages à des prix défiant toute concurrence pour des séjours durant cette période) . Quant à ceux qui décident de la célébrer, surtout parmi les petites bourses,  ils économisent, ils contractent des crédits bancaires ou chez les proches plus nantis,  vendent les bijoux de madame, que ne ferait- on pas pour acquérir  ce sacré mouton ( au sens propre et figuré)  qui rendra heureux les enfants . Quel bon  prétexte, les enfants! Alors que ce sont leurs parents qui s’empiffrent le plus.

Malgré toute l’agitation qui précède la fête du mouton (eh bien oui, c’est à lui qu’on va faire la fête) , cette occasion a perdu tout son charme. La pression sociale est devenue très forte accompagnée du m’as-tu vuisme, c’est à qui acquerra le plus gros mouton, avec de grosses cornes de préférence.

La fièvre acheteuse s’empare des gens, les grandes surfaces et les petits marchés sont pris d’assaut où légumes, fruits  gâteaux limonades et jus sont raflés, à croire qu’il y aura un état de siège.

Par ailleurs, certaines traditions ancestrales sont presque perdues. Pour exemple, les familles ne se font presque plus les visites de courtoisie pour se souhaiter une bonne fête,  tout au plus le font- elles par téléphone ou par whatsApp.

Certains profitent de cette période pour passer des vacances à l’étranger ou pour s’éloigner des mauvaises odeurs du mouton. Justement, parlons-en de ces relents fétides qui s’exhalent de nos rues post hawli.

Après les festivités pantagrueliques de l’Aid , il y a les pollutions visuelles et olfactives des tas de déchets des aliments restés dans les rues, les boyaux et les cornes des moutons jetés à tout va, les haydora ( peaux des moutons) , dont les gens se débarrassent, et qui, avec la chaleur deviennent une vraie source de prolifération de microbes. Ces peaux que nos grand mères se faisaient un plaisir de laver, de frotter et de blanchir pour en faire de beaux tapis de prière ou pour décorer.

 

Ces peaux aussi dont les gens se revêtaient le soir de la fête pour s’adonner au rituel du sbâa boul btayn. Une autre tradition qui s’est vue revêtir d’ un autre aspect de peur et d’horreur ,c’est celle qui a lieu le deuxième jour de la fête , à savoir hlilou, auparavant,  les gens s’aspergeaient d’eau propre dans une ambiance de joie et de liesse,  de nos jours,  c’est la totale horreur , des jeunes de touts les acabits investissent les rues en jetant sur les passants des œufs pourris, des matières infectées et pire encore , de l’acide. Gare à ceux qui auraient le malheur de passer dans leur rayon.

 

Comme elle a fait le bonheur de nombreux spéculateurs en vente ovine, de nombreux petits métiers qui ne fleurissent que pendant cette période ( faux bouchers,  aiguiseurs de couteaux, grilleurs de têtes,  vendeurs de charbon , etc..) ,et  après toute cette effervescence,  c’est le tour des médecins dont les salles d’attente se remplissent de malades qui ne sont pas allés mollo avec tous les plats délicieux de viande dont le gras fait beaucoup de bobo.

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