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Par Driss Tahi

Je n’étais alors qu’un adolescent , un collégien , quand j’ai vu Mohamed Riday pour la première fois sur une scène, et c’était en plein air.
En ce temps là , Mohamed Saïd Afifi dirigeait le théâtre municipal, on y jouait entre autres pièces, les grands classiques de Shakespeare ; Othello , et Macbeth , quand le théâtre passionnaient les jeunes , et surtout ,ceux qui faisaient leurs débuts sur les planches, comme Lahrach, Nejdi , Benbrahim, Jeddad, Bouasria , Demkila , et d’autres….
Non loin, à chaque occasion qui se présentait , les jolies majorettes en costume de parade battaient le rythme, et le pavé, sur la fanfare, lors de défilés impressionnants , menés par Mme Robert , et Mohamed Naïm, que rien à cette époque ne semblait pouvoir arrêter…
Le DHJ pendant ce temps brillait par ses exploits , et faisait des émules ,dirigé par Paul Orotz, sous la présidence inoubliable de Feu Lyazid Chergui , lorsque Maâroufi et les autres copains de l’équipe : Krimou, Ouazir, Dezzaz , Spagna , baba… , le vent en poupe, offrirent gloire sur gloire aux Jdidis , et donnèrent à la sélection nationale quelques-uns de ses meilleurs joueurs.
C’était la belle époque, quand tout réussissait à El Jadida (la malédiction n’était pas encore là ), du Judo, à la natation, en passant par la gymnastique, le volley, le Handball…
Tout baignait dans l’huile, pour qui savait s’y prendre . Il fallait alors , tout juste aimer sa ville , et lui témoigner de la reconnaissance, pour qu’elle vous le rende … et citoyenneté alors ,rimait naturellement avec Amour.

C’était peut être la fin des années 60, Riday lui ,était jeune, et plein de vie , les cheveux longs , et l’allure d’un artiste , il suivait des cours de musique au conservatoire municipal de Casablanca, il avait déjà ses lunettes de vue, jouant comme un fou en solo sur une guitare électrique, ou ,dans un groupe avec d’autres membres , dont Bettioui et ChaÄrani … la mode était aux tubes des Rolling stones, Led Zeppelin ,les Beatles, Elvis Presley , Nass El Ghiwane, et d’autres groupes de rock qui faisaient vibrer le corps, et le cœur d’une jeunesse à la recherche de liberté, d’émancipation, de réponses à un tas de questions…, mais aussi , avide d’apprendre, de s’instruire, et de s’ouvrir à d’autres cultures , à travers la lecture , le cinéma, et les voyages … ,les images du festival de Woodstock, et L’Ile de Weigt sur « Paris Match », et « Salut les copains », faisaient rêver les quelques rares adeptes du mouvement hippie parmi les jeunes , ce qui faisait fleurir les groupes de rock un peu partout au Maroc , la ville d’El Jadida n’était pas en reste.

lorsque s’habiller dans le vent n’était pas l’apanage de tout les Jdidis , et seules quelques jeunes filles de chez nous avaient eu l’audace , de se payer une coupe à la stone , et troquer leurs jupes plissées contre un blues jeans avec large ceinture, et pattes d’éléphant…
Essayer certaines choses , encore interdites pour l’époque , sortir seule, braver certains tabous, voyager, surtout à l’étranger… relevait aussi d’un privilège qui n’était pas donné à n’importe qu’elle fille, à fortiori dans une petite ville…
C’était une évidence, que seule une poignée de veinards pouvaient se permettre le luxe d’avoir un tourne disque à la maison , et organiser pour les copains une surprise partie , une fois par semaine , quant les moins lotis, se postaient près de la fameuse boutique « au grillon » seul endroit à El Jadida, où l’on pouvait écouter en rêvant les dernières nouveautés musicales.
Lorsque s’attabler à la » Royale » chez Madame Philippe , était certes chose difficile pour beaucoup de gens ( salon réservé à une élite) qui y venaient déguster le meilleur café crème de la ville , et un croissant, ou une brioche ,comme on en trouvait nul part ailleurs , mais comme on dit  » chaque temps fait ses hommes  »

Pendant ce temps là , Riday étudiait toujours la musique au conservatoire municipal du bd de Paris , et se perfectionnait en côtoyant les grands professeurs de l’époque, comme Diaz Cano : guitare , et Ahmed Suleimane Chawki: luth , il en sortit lauréat en 71. Depuis, ses manifestations en tant que créateur se faisaient plus fréquentes , malgré ses occupations professionnelles. Il composa plusieurs morceaux de musique instrumentale, pour son groupe d’amis Jdidis.
Ses premières compositions de chansons arabes , ont été réalisées , en complicité avec le jeune poète Saïd Etachfini , et eurent un grand effet sur le public, et sur le monde de la chanson .
On était au début des années 80 , et Riday fit un triomphe avec  » Bahr Al Jamal  » interprétée par Said Bennani au festival national de la chanson à Mohamedia, où la participation de Abdelouahab Doukkali avec la chanson « kan ya ma kan » fut l’unique obstacle pour une première place … à ce propos, personne, ni aucun jury ne pouvait à l’époque décerner le premier prix à un participant , aussi talentueux soit il, lorsque Doukkali était en lisse… »à tout seigneur, tout honneur » .
Ensuite ce sont d’autres participations au festival de la chanson en 86 , et au théâtre de l’enfant en 88 , couronnées toutes de succès, comme l’operette , « Asmaa Al Asami » , et  » quand les enfants parlent  » toujours sur des textes du poète Said ETTACHFINI, avec le comédien El khamouli.
Riday composa à ce propos , un répertoire de plus de cinquante chansons pour enfants, dont certaines furent primées à plusieurs festivals.

J’ai toujours eu un respect particulier pour cet homme, un intellectuel , avec une double culture , un artiste attitré, musicien éclectique , un fin connaisseur des choses de la vie , d’une grande expérience dans plusieurs domaines ,et surtout en ce qui touche à l’art .
Chaque fois que je l’avais rencontré , et la dernière , c’était quelques jours avant sa disparition , en compagnie de notre ami commun , Saïd Etachfini, où les discussions tournaient autour de projets de chansons que le grand compositeur eut la patience de nous faire écouter, malgré qu’il était mal en point , sa présence m’avait toujours procuré une sensation de réconfort , une envie de parler avec lui plus longtemps, mais surtout de l’écouter.
Il avait quelque chose d’indicible ,que peu de gens pouvaient ressentir , ou déceler chez lui , un magnétisme …
Riday eût par malheur des déboires durant son parcours professionnel, sur une question de prêt non remboursé, qu’il avait octroyé en tant que directeur d’une banque, à l’un de ses clients, un homme d’affaires, qui s’est avéré par la suite non solvable, la responsabilité de la dette non honorée, fût endossée à Riday , qui dût alors écoper d’une peine d’emprisonnement , ce qui l’a marqué sur le plan santé…., mais pas moralement, puisque l’homme, et l’artiste, fort de ses convictions, surmonta tant bien que mal l’épreuve, et revint dans un élan de défi, finir ses jours dans la ville de tous ses amours, il y créa le conservatoire de musique Al Mawcili, où beaucoup d’élèves bénéficient depuis, et jusqu’à ce jour, de ses cours , ce qui restera comme une empreinte, et témoin de son passage en tant qu’artiste sur le sol d’El Jadida.

Mohamed Riday

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