achoura.15

Par: Khadija Choukaili

En ces merveilleux jours de fête, débutant généralement le 1er jour de l’an de l’Hégire et se poursuivant jusqu’au 10ème jour qui marque le jour de 3achoura, on constate une certaine effervescence dans toutes les villes du Royaume.

Les étalages de jouets, de fruits secs, de tam-tams … jonchent tous les recoins des villes et  des campagnes.

Mais d’où nous vient cette tradition de 3achoura ?

Il faut savoir que bien avant d’être une fête musulmane, 3achoura était une fête juive, appelée « Yom Kippour » qui signifie « jour d’expiation ».

Cette fête représentait la commémoration de la délivrance du peuple d’Israël par le prophète Moussa.

Historiquement, en 622, le prophète Mohammed observa les Juifs achoura2faire le jeûne le jour de Yom Kippour et s’aperçut que leurs pratiques étaient proches de celles des musulmans.

Il conseilla à ses fidèles de jeûner ce jour, et pour le différencier des fêtes juives, il recommanda le jeûne du neuvième et dixième jour du mois de Moharram. D’où le nom d’Achoura, qui provient de « achara » signifiant dix en arabe.

3Achoura est également l’occasion de distribuer la Zakat.

Le principe étant de donner aux plus démunis un dixième sur les économies de toute l’année écoulée, qui représente en quelque sorte un impôt imposé par la religion pour la bonne cause de l’équité économique

Cette fête est donc célébrée par les musulmans selon certaines coutumes. Cependant, le jeûne bien que recommandé, n’est pas obligatoire. Et selon les deux courants de l’Islam, cette fête est conçue différemment par les sunnites et les chiites. Pour les chiites, l’Achoura correspond au jour de deuil qui commémore la mort de l’Imam Hussein, figure emblématique du chiisme et petit-fils du prophète Mohammed, décapité en 680 à Kerbala.

Pour les sunnites, 3achoura est considérée comme une fête moins importante que les autres et a une signification différente selon les pays.

Au Maroc par exemple, des concepts culturels ont été ajoutés aux cérémonies religieuses.

Au fil du temps, cette fête est devenue une fête dédiée aux enfants. Le 9ème jour du mois de Moharram les enfants reçoivent des cadeaux sous forme de jouets de tout genre et à la tombée de la nuit, aussi bien garçons que filles expriment leur joie en allumant des pétards et en jouant de tam-tam autour d’un feu appelé cha3ala.

Le matin du 10ème jour, appelé jour de zem-zem, la fête continue et la tradition veut que les enfants aspergent les passants d’eau dans un rituel où la joie est le maitre mot.

Cependant, au fil des années, les coutumes ont commencé à se perdre, et ce qui était jadis un pétard allumé pour exprimer une joie s’est transformé en véritable explosif, si bien que nombre d’accidents plus au moins graves ont commencé à se produire.

Les jeunes s’en donnèrent à cœur joie, sous l’œil totalement indifférent  des autorités.

De sérieux problèmes ont commencé à apparaitre car le commerce de ces explosifs est devenu florissant et on a assisté à un réel essor de la contrebande de ces explosifs acheminé illégalement via les frontières marocco-algérienne.

Du jour au lendemain, on a commencé à se rendre de plus en plus compte que ce phénomène qui paraissait anodin au début s’est développé en véritable trafic. L’intervention des autorités a commencé timidement sur la base de directives internes mais sans toutefois parvenir à une interdiction expresse de la loi du commerce de ces explosifs.

Il faut rappeler qu’il existe 3 Dahirs relatifs à la réglementation du commerce et de l’utilisation des matières explosives à usage civile datant de 1914, 1932 et 1954. Cependant,vu le développement technologique et économique, ces dahirs sont devenus désuets et ne répondaient plus aux critères de sûreté nationale et internationale.

Suite donc à d’innombrables accidents ayant causé des dégâts importants notamment en vie humaines et en handicaps physique ou mental de plusieurs victimes, la loi  22-16 a enfin vu le jour cour combler le vide juridique qui a primé pendant de longues années.

Cette loi, concernant les explosifs à usage civil, vise, entre autres, à réglementer la fabrication, l’importation, la commercialisation et la détention des matériels contenant des substances pyrotechniques, y compris les artifices destinés au divertissement, tels que les pétards.

L’interdiction est accompagnée d’un endurcissement des sanctions. L’article 54 du de la loi, en particulier, stipule que les contrevenants sont sanctionnés d’une peine de 2 à 5 années d’emprisonnement et d’une amende allant de 50.000 à 500.000 dirhams.

Ainsi, les artifices de divertissement, ont été classés en quatre catégories, pour distinguer ceux qui seront interdits de ceux qui devraient être encadrés.

La catégorie C1concerne des artifices de divertissement qui présentent un danger très faible et négligeable au niveau sonore et qui sont destinés à être utilisés dans des espaces confinés, Ces explosifs sont donc interdits à l’importation, à la fabrication, au stockage, à la commercialisation et à la distribution, et en cas d’infraction, l’auteur est puni d’une amende de 10.000 à 20.000 DH.

achoura (2)Les catégories C2, C3 et C4 correspondent quant à elles respectivement :

1) aux artifices de divertissement qui présentent un danger faible et un faible niveau sonore et qui sont destinés à être utilisés, à l’air libre, dans des zones confinées;

2) aux artifices de divertissement qui présentent un danger moyen, qui sont destinés à être utilisés, à l’air libre, dans des grands espaces ouverts et dont le niveau sonore n’est pas dangereux pour la santé humaine.

3) aux artifices de divertissement qui présentent un danger élevé et qui sont destinés à être utilisés uniquement par des personnes ayant des connaissances particulières, normalement désignés par l’expression «artifices de divertissement à usage professionnel» et dont le niveau sonore n’est pas dangereux pour la santé humaine.

L’emploi des artifices de divertissement des catégories C2, C3 et C4 doit être effectué par des personnes ayant les qualifications requises en la matière et possédant une carte de contrôle d’explosifs.

La forme et les modalités d’obtention de cette carte sont fixées par la règlementation en vigueur.

Le transport de ces marchandises est également soumis à la loi 30-05 relative au transport par route de marchandises dangereuses. Cette loi prévoit des peines allant jusqu’à 2 ans d’emprisonnement en cas d’infraction.

Plus généralement, la loi prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour quiconque détient, ou se livre à l’introduction illicite des artifices de divertissementsans motifs légitimes ; ou se livre à la fabrication illicite des produits explosifs et des artifices de divertissement. Dans ce cas les explosifs sont confisqués et détruits dans les conditions fixées par la réglementions en vigueur.

Mais bien que la lacune juridique soit comblée, il n’en reste pas moins que ce commerce d’explosifs de divertissement continue son développement et rien ne semble dissuader ni les commerçants ni les utilisateurs, si bien que les risques d’accident continuent à planer dans le ciel si peu serein de ces jours de 3achoura, où on se croirait dans un vrai champs de bataille à force d’entendre les détonations continues des pétards censés donner un air de joie plutôt que celui d’une guerre.

En ce jour commémoratif d’une festivité, on en est à se demander si l’on doit blâmer les autorités qui n’appliquent pas la loi, ou ces gentils parents qui désirent tant voir « exploser » la joie de leur enfants.

De grâce, chers concitoyens, semez l’amour et pas des explosifs de guerre … (OUPS !!! ma langue a fourché à force d’explosifs), j’allais dire« explosifs de joie ».

 

3achoura moubaraka

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