2: « Ce qui se défend doit être défendu »

Par : Jilali Derif   j.derif     derifjilali@hotmail.com

En Avril 1541, suite aux menaces d’êtres attaqués dans l’ancien Mazagan (Mazagan Velho) par les Saadiens, les portugais avaient tenu, sous les ordres du Roi du Portugal Jean III, un conseil de guerre où il fût décidé la construction d’une forteresse autour de l’ancienne Redoute militaire portugaise, au bord de la mer. Le Gouverneur de la place, Luiz Loureiro [1]  appliqua ainsi le plus ancien et célèbre axiome des fortifications: «Ce qui se défend doit être défendu».

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 –« …il vaudrait mieux que la ville n’existât pas et que la citadelle sans elle serait plus forte.» disait Luiz de Loureiro dans une lettre adressée au Roi Jean III. Le 13 Avril 1541, en réponse à la lettre de Loureiro, le Roi du Portugal laissa au gouverneur toute liberté d’évacuer la ville  au cas où «il jugerait bon et estime que ce soit la meilleure solution» [2]. La ville ici, où résidaient les portugais depuis la conquête de la région en Septembre 1513, correspond à Mazagan Velho (Mazighane) citée par Marmol sous le nom d’El Medine, et la Citadelle correspond à une Redoute militaire connue sous le nom de Castelo de Mazagan. Cette Redoute était construite en 1514 par Antonio Leité  à l’emplacement d’une petite tour, L’brija.

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 Plan de Situation

 Au mois de Mai 1541 un Architecte-Sculpteur bien connu, Diogo de Torralva arriva à Mazagan pour étudier les lieux et préciser les gisements de pierres de taille, des  moellons et des sables. La mission de Diogo de Tarralva était de courte durée, puisqu’il est rentrée au Portugal le 27 Juin pour présenter son rapport au Roi Jean III. Au mois de Juillet l’Ingénieur Italien Benedetto de Ravenna, qui n’a pas visité Mazagan, présenta le plan de la forteresse  (bastions, murs, portes, fossés, lices et demi lunes) en se basant probablement sur le travail de Diogo de Torralva.

La conception de l’enclave portugaise, qui va dominer la célèbre baie de Mazagan durant 228 années, était basée sur deux systèmes de défense:

– l’enceinte de la forteresse avec fossés et demi-lunes, et

– un système externe de lices et de retranchements.

– La Forteresse

Vers la troisième semaine de Juillet, les travaux ont débuté sous les ordres du Gouverneur Luiz Loureiro mobilisant 50 maçons,  50 tailleurs de pierres et 300 manœuvres. Deux chantiers étaient ouverts au début d’Août en face de la terre ferme par les deux architectes et maîtres de travaux, Joào de Castilho et Joào Ribiera. En quelques semaines la face prétorienne de l’enceinte, exposée aux attaques des ennemis,  était déjà dressées avec une muraille reliant trois bastions.[3]

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Partie prétorienne

face prétorienne de la forteresse orientée vers le continent – d’après Anrique Corréa Da Silva 1602.

Sous le bastion des gouverneurs s’ouvrit la porte principale de la forteresse considérée comme  porte prétorienne (Porta Prætoria)  et dans le bastion St. Antoine s’ouvrit la porte de trahison (Porta da traição) qui communiquait avec le bastion des gouverneurs par un chemin couvert.[4]

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 Illustration porte principale –Gouverneur

Bastion du Deux autres chantiers étaient ouverts du côté de la mer . Deux Architectes, souvent oubliés dans l’histoire de la construction de Mazagan, avaient dirigés dans de très mauvaises conditions les  travaux de la face arrière de la forteresse ou décumane (Decumana): Il s’agit d’Estevam Gago   dans la construction du bastion de l’Ange ou (baluarte do mar) et de Francisco de Bairros dans la construction du bastion St. Sébastien.[5]

 

 

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Partie mer

face orientée vers la mer; face décumane , d’après Anrique Corréa Da Silva 1602.

-La porta da Ribeira désignée par la lettre L  est une porte interne qui communiquait avec la grande porte à herse externe ou porta de mar.

Porte de la mer (Porta do mar)

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D’après le Gouverneur de la place de Mazagan  D. Jorge de Mascarenhas (1615-1619) Il y a dans la forteresse 66 canons:  30 grosses pièces de bronze sur les cinq bastions avec 6 dans les casemates le long de l’eau du fossé, et 30 canons aux courtines de l’enceinte et la porte de la Ribeira (porte de la mer).[6]

  –Le système de défense externe.

Il s’agissait d’un système extérieur de fortification qui protégeait la forteresse et qui comportait:

-Une ligne de lices avec des petites tours de guet (facho) qui va de mer en mer sur une distance de 2244 brasses (≈3635m) . Ces lices servaient fréquemment à fermer.

-Les retranchements des chemins, avec les traverses,  avaient surtout pour but d’empêcher la cavalerie ennemie de manœuvrer.

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  Forteresse avec un système de défense externe

 -Facho d’alagoa, ou tour de guet du lac (Daya), se trouvait au quartier Alkalâa.

  – facho masmoras, ou tour de guet des Silos, se trouvait sur la dune Sidi Yahia au sud de la forteresse. Ces Silos (masmoras) en forme de labyrinthes étaient découverts au début des années 1980 sous le mur de clôture du dispensaire Sidi Yahia.

– Rotamal ou retamal cité parfois sous retameira, correspond à une zone entre Mazagan Velho et Azemmour où poussent des arbuste de genêt (Retama monosperma)  connue localement sous le nom de Rtam ,et en arabe classique l’Adir نبات العادر. d’où parait l’origine du nom donné à cette région.

– la zone désignée  en haut à droite par pedreira sur la carte du siège de 1769  correspond à la carrière d’extraction des pierres de taille utilisées dans la construction de la forteresse de Mazagan.

 A suivre…

[1]- Luiz Loureiro nommé gouverneur de Mazagan était arrivé le 23 Mars 1541. dix jours après la Chute de Santa Cruz (Agadir).

[2] Les sources inédites sur l’histoire du Maroc- Robert Ricard- Tomme III Ch. 108-page 390 d’après manuscrit 4758, fol.62  — Département des manuscrits,Bibliothèque Nationale de Lisbonne.

[3] Les sources inédites sur l’histoire du Maroc- Robert Ricard- Tomme IV -pages 9 à 12

[4] Les sources inédites sur l’histoire du Maroc- Robert Ricard- Tomme IV Ch.25-page 70 à 73 lettre de Joao Castilho au Roi Jean III 18 Juillet 1542.

[5] Les sources inédites sur l’histoire du Maroc- Robert Ricard- Tomme IV -pages 9 à 12

[6] Un document portugais sur la place de Mazagan au début du XVIIe siècle – R. Ricard.publications de la section historique du Maroc- 1932.

Planta de Mazagão Anrique Corréa Da Silva 1602

Plan de la forteresse de la place de Mazagan – Jean Baptiste Claude Bélicard 1757.

Figure du siège de Mazagan 1769. Luis Dalincourt. Ed. 1814.

Prespéctiva Cavalheira de Mazagão.

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