12ème édition d’andaloussyates, pour qui et… pourquoi ?

andalyssiat

Par: Abdellah Hanbali

Le samedi 05 décembre, le complexe Mazagan Beach Resort a été le théâtre de la 12ème rencontre internationale des musiques andalouses.

Cette rencontre initiée par la Province d’El Jadida et l’association des amateurs de la musique andalous du Maroc tend, parait-il, à mettre en avant l’art des Musiques Andalouses et à l’enrichir à travers de nouvelles rencontres entre l’art Andalous, les musiques du Maroc et une ouverture sur les musiques du monde.
L’objectif majeur est, d’après les organisateurs, de porter la Musique Andalouse dans toutes les régions du Royaume, jusqu’aux cœurs des foyers.
Et ce sont ces « mélomanes » prétendant avoir en commun, une passion inconditionnelle pour le patrimoine artistique andalous et soucieux, disent-ils, de sa préservation et de sa déperdition, qui vont se « sacrifiés » pour nous rendre ce service (on ne les remerciera jamais assez).

Dès lors, ces « fervents défenseurs » de cet art séculaire n’eurent de cesse d’œuvrer pour sa propagande et sa modernisation, en organisant chaque année et en présence des mêmes têtes d’affiches et leurs familles, des rencontres d’andalussyates dans des lieux clos et  impossibles d’accès au citoyen lambda.

Pourquoi le choix de tels lieux, si les organisateurs ont   pour principal souci, la « propagation » de cette couleur musicale dans la société ?

Pourquoi ce choix, alors que cet évènement représente une occasion d’ouverture sur l’Autre, sur les cultures comme les villes qui les abritent ?

Des villes marquées d’ailleurs, par leur histoire et qui ont accueilli les civilisations Arabe, Berbère, Portugaise, Andalouse, Turque et Africaine.
Est-ce en allant s’enfermer au mazagan, avec amis et familles proches, que l’on cherche vraiment à sauver cette couleur musicale de l’oubli, et à maintenir en vie une tradition ancestrale?

Ne sommes-nous pas devant une simple « Ksara », financée par le contribuable ?

On a beau cherché le culturel dans une telle organisation, on n’en voit nulle part !
La Musique Andalouse c’est avant tout, un art de création Populaire et ce n’est pas de cette manière, élitiste et snob, que l’on mettra un terme à sa tendance à se perdre.
Il faut dire à ces « organisateurs » (qui n’organisent rien de leurs poches), qu’ au-delà d’un « simple » Art, il a été à l’origine de la création d’un vaste mouvement intellectuel fondé sur la liberté de la pensée.

La musique Andalouse c’est aussi une philosophie, un Mouvement, une façon de penser et d’être et c’est le seul art traditionnel commun à Tous les Marocains.

Et s’il est relégué aujourd’hui au rang de curiosité du passé, ce n’est pas avec le comportement adopté par nos « mélomanes autoproclamés » qu’il vivra un éventuel retour en grâce.

Mais que signifie le mot  culture pour certains?

Est-ce,  organiser des festivals à coups de millions et de milliards de centimes tout au long de l’année ?

Loin de là, la culture c’est aussi bâtir des conservatoires de musiques, des centres culturels, des salles couvertes poly disciplinaires, des théâtres, des maisons de jeunes, des cinémas, des bibliothèques….

La culture c’est aussi asseoir une plate forme solide, en commençant par investir dans le moyen terme.

En occident, les festivals sont venus couronner des investissements déjà opérés. Ils s’adressent à un citoyen ayant grandi dans un milieu imbibé de culture.

Mais chez nous, que peuvent valoir ces festivals de cinéma dans des villes sans le moindre cinéma ?

Que valent tous ces festivals de musiques dans des villes sans le moindre conservatoire de musique ?

N’a-t-on rien d’autre à faire de ces millions et de ces milliards, dans nos villes ?

Il y a longtemps que les pays qui nous devancent ont compris que les zones industrielles équipées et même avec usines délivrées  clés en main, les technologies de pointe, les machines les plus perfectionnées, les hôtels les plus luxueux ne peuvent suffire à assurer le décollage ou la relance économiques souhaités, sans la participation effective de l’homme : un homme productif, conscient de sa valeur et de son rôle majeur de citoyen déterminant dans l’élaboration de la richesse et de la stabilité de la nation.

Un homme situé au centre de toutes les politiques et qui doit être l’objectif ultime de toutes les démarches officielles qui feront aboutir à son instruction et l’aider à se reconstruire pour enfin trouver sa voie.

Nous devons contribuer pour qu’il retrouve son humanité et sa dignité. Pour y réussir, il doit être pris en main pour se faire une place dans la société.

Or nous constatons, non sans amertume, que cet homme qui doit être le centre de nos préoccupations et notre première richesse, continue à être négligé, marginalisé, méprisé, sous-alimenté et sous-payé.

Que pourrait-on attendre d’un être piétiné, sous-estimé, asocial et se sentant mal dans sa peau ?

Négligez un élément de l’équation et c’est tout l’édifice, toute la politique, tous les efforts accomplis qui se rétrécissent progressivement, telle une peau de chagrin, jusqu’à l’anéantissement et l’échec total. C’est malheureusement le phénomène auquel nous assistons, impuissants, depuis des décennies.

L’illustration en est faite  par ces armées de mendiants, de clochards, d’alcooliques, de drogués et d’enfants abandonnés qui sillonnent nos rues et boulevards. Sans oublier aussi l’image négative renvoyée par ces jeunes, dans la force de l’âge, qui ne pensent qu’à l’émigration par n’importe quel moyen, au péril de leur vie.

Idem pour ceux qui constituent la matière grise, le fleuron et la fierté de nos écoles supérieures et qui, pour un salut (chimérique) sous d’autres cieux, désertent le pays.

Nous avons besoin d’une autre mentalité et d’une autre approche du   socioculturel. Loin de toute démagogie et de toute philanthropie hypocrite et dangereuse.

Et lors de son Discours à l’occasion de la fête du Trône le 30 Juillet 2010, quand Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait dit (…Mais, pour importants qu’ils soient, les acquis qui ont été enregistrés risquent de rester purement formels, s’ils ne sont pas confortés par le renforcement des droits socioéconomiques et culturels de nos concitoyens et par le raffermissement de la solidarité. Ce sont autant d’exigences à inscrire au centre des politiques publiques de notre pays…) c’est à ça que Sa Majesté voulait en parler.

Il n’a jamais encouragé un quelconque responsable à organiser des Festivals de cinéma dans des villes sans cinémas ; des festivals de musique, dans des villes sans le moindre conservatoire, voire des « Ksara », sous l’étiquette de « festival ».
A voir la «  touche » et « l’approche» adoptée, encore une nouvelle fois, pour que  «  la musique Andalous puisse tisser sa toile », on peut dire que la prise de conscience nécessaire pour réhabiliter et préserver cet art ancestral, n’est pas pour demain.

Rappelons que le théâtre Afifi a abrité une soirée  le 03 décembre. Une soirée à laquelle n’ont  pratiquement assisté, comme à l’accoutumée, que les fonctionnaires de la province, leurs familles, leurs proches… sans oublier leurs lèches bottes…et le contribuable finance.

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